Les fruits et légumes préviennent-ils vraiment les maladies ?

Il n'est pas facile de montrer l'impact des fruits et légumes sur la santé. Et selon le chercheur Christian Remésy, cela le sera d'autant moins à l'avenir
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Selon un rapport de l’ Inra de 2007 sur < Les fruits et légumes et l’alimentation >, les fruits et légumes auraient un impact plus ou moins certifié dans sept grandes pathologies. Leur plus fort impact concerne sans doute l’obésité.

En consommant plus de fruits et légumes et en diminuant les lipides, les personnes en surcharge pondérale voient leur poids diminué. Maladie nutritionnelle, le diabète de type II, lié à la situation de < pléthore alimentaire > et une faible activité physique, pourrait être évité préventivement en consommant des fruits et légumes. Mais < il est impossible d’évaluer leurs effets propres. Des études prospectives ont donné des résultats équivoques quant aux effets de la consommation en fruits et légumes sur la prévention de cette maladie .> indique le rapport.

Pour les maladies cardiovasculaires, les conclusions de l’ Inra ne sont pas aussi tranchées que ne le laisse supposer les résultats de l’expérimentation mentionnée dans le cadre d’ Isafruit . < Les observations d’études de cohortes ne préjugent pas d’un lien causal entre l’ingestion de fruits et légumes et les maladies vasculaires. En effet, les consommateurs de fruits et légumes présentent des caractéristiques socioculturelles et des habitudes de vie qui peuvent leur conférer une protection vis-à-vis des maladies cardiovasculaires. > Toutefois, il est sûr que la consommation des fruits en diminue faiblement la pression artérielle, ce qui en soit a un impact sur ces mêmes maladies.

Quant aux effets positifs des fruits et légumes sur les cancers, la relation existe mais ce n’est pas toujours le cas. Aucune étude, quelle qu’en soit la méthodologie, ne suffit à montrer l’existence d’une relation causale entre les facteurs nutritionnels et le cancer. Seules les expertises scientifiques collectives permettent d’établir cette relation et de procéder éventuellement à des recommandations pour la prévention. Dans les années 90, des études de cas-témoin qui cherchait à comparer des populations d’individus atteint d’un cancer avec celles qui n’étaient pas atteintes, en relation avec leur régime alimentaire, avait abouti à des affirmations positives. Or par la suite, certaines études de cohortes n’ont pas confirmé leurs résultats.

Dans une brochure éditée en 2009, l’Institut National du Cancer et le Réseau National Alimentation Cancer Recherche (NaCRe) ont publié des conclusions, les dernières en date aujourd’hui. Dans le cas de légumes non féculents, la relation positive est jugée probable pour les cancers de la bouche, du pharynx, du larynx, de l’œsophage et de l’estomac. Les fruits apportent le même bénéfice avec en plus un effet sur le cancer du poumon. Les cancers comme ceux du sein ou de la prostate ne figurent donc pas dans leur liste. Toutefois, les experts parlent de lien indirect entre la consommation de fruits et légumes, la baisse des risques de prise de poids, de surpoids et d’obésité et leur effet protecteur sur certains cancers comme celui de l’endomètre, le rein, le côlon-rectum, le pancréas et le sein après la ménopause.

Les études des effets des fruits et légumes sur les maladies dégénératives ont été beaucoup moins nombreuses que pour les cancers. Il en est de même pour les maladies oculaires et ostéo-articulaires. Les données ont été peu convaincantes pour les maladies dégénératives. Les experts soulignent toutefois un effet indirect des fruits et légumes en diminuant les hypertensions, diabètes et obésité favorables à ces maladies.

Les résultats en revanche sont concordants en ce qui concerne le bienfait de la consommation des épinards et les légumes verts vis-à-vis des risques de cataracte. Et il a été observé des effets favorables sur le métabolisme osseux mais les essais ont porté principalement chez des sujets âgés et le corps scientifique ne peut donc se prononcer de la prévention sur les jeunes sujets.

Christian Rémésy, ancien chercheur nutritionniste à l’Inra a participé à la mise en œuvre du concept de cinq fruits et légumes par jour et vient de publier < L’alimentation durable pour la santé de l’homme et de la planète > aux édition Odile Jacob. Il n’est pas très optimiste sur l’évolution de la consommation : < Je suis très sceptique sur l’évolution de la consommation en général et des fruits et légumes en particulier. Il existe aujourd’hui une concurrence déloyale entre les produits transformés souvent trop riches en sucres et acides gras saturés et les produits naturels. Or il est indispensable de consommer au moins deux fruits différents et 300 g de légumes variés par jour pour apporter tous les micronutriments essentiels à un bon fonctionnement métabolique. Et c’est quasiment une évidence que les fruits et légumes protègent de nombreuses pathologies. Mais nous assistons aujourd’hui à une dérive du mode alimentaire qui ne permet plus d’assurer les besoins nutritionnels. Je crains même que les études actuelles de cohortes ne puissent plus nous renseigner puisqu’elles se basent sur des témoignages de personnes qui ont déjà modifiées largement leur comportement alimentaire. >

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