Les mélanges fleuris ont bientôt 15 ans

Imaginé en 1997, le mélange fleuri, encore appelé jachère fleurie ou prairie fleurie, rencontre un succès florissant. Histoire d'une saga d'abord agricole.
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A l’entrée des villes et des villages, à la place d’anciens terrains vagues ou encore au bord des routes, fleurissent désormais ce que l’on appelle les mélanges fleuris. Aujourd’hui, ce type de produit touche à la fois l’agriculteur, les collectivités locales et le particulier. C’est un marché en pleine expansion qui se segmente de plus en plus pour répondre à des besoins différents. Le mélange pour embellissement ne ressemble guère à celui qui est implanté pour attirer les insectes, les oiseaux ou éloigner les limaces ou les nématodes.

Premier mélange en Picardie

Les premières implantations reviennent au domaine agricole. Elles datent probablement de 1997 dans l’Oise sur l’initiative de la chambre régionale de Picardie selon un article paru dans le Courrier de l’environnement de l’Inra de septembre 2007.

Mais l’engouement commence véritablement en 1999 avec la Fédération départementale des chasseurs du Loir-et-Cher et son animateur technique Guy Pindon. Des contrats sont passés avec les agriculteurs pour qu’ils ensemencent leur jachère de mélanges fleuris. Dans les années 90, les jachères, devenues une obligation pour les agriculteurs qui souhaitent bénéficier des avantages de la Politique agricole commune (PAC) correspondent à entre 5 et 15 % des assolements selon les années et les exigences réglementaires.

Pour améliorer la biodiversité

Les mélanges sont alors fournis par la société Clause. A cette époque, le paysage agricole est devenu plus monotone avec la suppression des haies pour agrandir les parcelles et la réduction du nombre d’espèces cultivées. Les chasseurs s’aperçoivent alors que le gîte et le couvert tendent à manquer pour le gibier. Cela signifie que les oiseaux se raréfient, les insectes aussi. Les jachères fleuries se multiplient donc d’autant plus vite que les agriculteurs sont souvent chasseurs.

Davantage de jachère apicole

Juste avant le changement de réglementation de la PAC en 2008, qui n’oblige plus le producteur à laisser en jachère une partie de ses terres, 32 000 hectares de "jachère environnement et faune sauvage" fleurissent la plaine agricole. Ces surfaces se composent essentiellement de plantes fourragères et de céréales. Mais plus de 2 000 hectares se classent dans la catégorie des mélanges fleuris avec un nombre varié d'espèces florales.

Aujourd’hui la donne a bien changé. Les surfaces ont été divisées par trois. Ainsi, les agriculteurs ont implanté 662 ha en 2011 de jachères fleuries. Plus de 1 000 contrats ont été signés pour un budget total de près de 100 000 € dont plus de la moitié financée par les collectivités locales. En parallèle, 10 000 ha de jachères apicoles ont été implantées en 2011 chez les producteurs qui ont choisi des contrats dans le cadre de mesures agro-environnementales.

Comme son nom l’indique, cette jachère est conçue pour favoriser le développement des abeilles pour la production de miel mais aussi tous les insectes butineurs nécessaires à la pollinisation des cultures. La phacélie, le sainfoin, le trèfle blanc, le trèfle incarnat, la moutarde, le colza, le bleuet ou encore le coquelicot sont des plantes apicoles. Philippe Lecompte, apiculteur, a crée une association pour soutenir ce concept.

Les surfaces de jachères apicoles devraient au moins se maintenir en 2012, selon le réseau Biodiversité pour les abeilles, avec l'obligation aujourd'hui pour le producteur de maintenir 3 % de la surface cultivée en aménagement à vocation environnementale.

Mais il existe d'autres jachères ...

Dans les jachères messicoles, n’interviennent que des plantes dites messicoles, c’est-à-dire des plantes annuelles à germination préférentiellement hivernales habitant dans les moissons, selon Philippe Jauzein, ingénieur agronome et professeur à AgroParisTech. Les plus connues sont les bleuets, les coquelicots, la nielle des blés ou encore les chrysanthèmes des moissons. Environ 110 espèces ont été répertoriées par les scientifiques.

"L’utilisation de jachères fleuries avec des variétés proches des messicoles comme le bleuet double, les risques de pertes de biodiversité locale et d’homogénéisation de la flore suscitent des menaces pour ces plantes au même titre que les pratiques agricoles", soutenait Antoine Milhau en octobre 2007, dans le cadre de son mémoire à SupAgro de Montpellier.

En Midi-Pyrénées, un plan régional d'action pour la conservation des plantes messicoles a été crée en 2007 dont l’un des objectifs est de produire localement des semences de ces espèces. Une étude prospective est en cours pour déterminer comment conserver, produire, traiter et conditionner ces fleurs sauvages. Concrètement, les premières commercialisations devraient poindre dans 4 à 5 ans. Il est prévu comme pour les semences destinées à la revégétalisation, qu'une charte et une marque soit opérationnelle en Midi Pyrénées en lien avec une démarche nationale dans 1 ou 2 ans pour les semences messicoles.

... et d'autres concepts peut-être inappropriés

  • Gazon fleuris

  • Prairies fleuries

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