Les organismes microscopiques du compost

Les bactéries mais aussi d'autres microorganismes sont les maîtres d'œuvre du compost. Zoom.
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Industriel ou domestique, le compost ne se fabrique pas de la même façon, n’aboutit pas au même produit et ne vise pas les mêmes utilisations. Toutefois les principes de base restent les mêmes. Selon l’ouvrage de Michel Mustin, Gestion de la matière organique , paru aux éditions François Dubusc en 1987, le compostage est un procédé biologique de conversion et de valorisation de matières organiques en un produit stabilisé, hygiénique, semblable à un terreau, riche en composés humiques .

La nature du compost va donc dépendre des matières utilisées et des conditions dans lesquelles le processus de fermentation se déroule. Il y a une trentaine d’années, les spécialistes nous expliquaient que le compostage commençait d’abord par une brève fermentation anaérobie - en absence d’oxygène - et se poursuivait par la fermentation aérobie - en présence d’oxygène. Il semble que ce schéma soit trop simpliste.

Par commodité, nous parlon d'un processus en deux phases (fermentation et maturation). En réalité, plusieurs types de fermentation cohabitent, selon Paul Robin , chercheur à l’ Inra de Rennes, spécialiste notamment du recyclage des déjections animales. Coexistent donc ensemble ou dans des voisinages proches, diverses bactéries, champignons, organismes unicellulaires comme les protozoaires, des algues, des nématodes, des acariens mais aussi des insectes et des vers. Le lombricompostage très à la mode ces dernières années est une variante des composts où les vers rouges sont favorisés.

Un complexe de bactéries

Les bactéries représentent le plus grand nombre d’espèces dans un compost. Les bactéries ditesaérobies (qui utilisent l’oxygène, gaz très abondant dans l’air puisqu’il en représente 20% du volume) vont oxyder les matières organiques. Cette oxydation produit de la chaleur et du gaz carbonique. Aucune mauvaise odeur en principe n’est à déplorer avec cette fermentation.

Cependant, cet oxygène moléculaire consommé par les bactéries aérobies diffuse lentement dans l’eau. De nombreux microsites entourés d’eau en sont donc privés. L’oxygène existe néanmoins sous d’autres formes, par exemple dans les molécules d’eau, de nitrates, de sulfates ou de carbonates. Par opposition avec les bactéries qui se développent dans le milieu aérobie, celles vivant dans ce milieu sont dites " anoxiques ". On les retrouve dans les intestins de tous les animaux, dans les feuilles mortes en forêt, dans les sédiments des lacs, des rivières et des régions côtières et dans les dorsales des océans où elles initient une véritable chaîne alimentaire. Elles effectuent des réactions inverses de l’oxydation appelées réductions. Dégageant peu de chaleur, elles produisent des gaz nauséabonds (du méthane ou de l’hydrogène sulfureux bien connu pour son odeur désagréable d’œuf pourri). La nature étant bien faite, les nitrates peuvent être transformés en azote atmosphérique (on parle de dénitrification) par les bactéries anoxiques. De même, le protoxyde d'azote peut être réduit dans cette zone. En revanche, le méthane qui y est produit comme dans la panse des herbivores n’est pas transformé. Lorsque les conditions anoxiques dominent dans le compost, la germination des plantes qui y sont sensibles, comme la carotte, peut être inhibée.

Le chercheur rennais explique pourquoi ce type de fermentation anoxique est l’un des plus intéressantes : " Cet état héberge une flore microbienne efficace. La décomposition ne peut se faire sans bactéries anoxiques. De plus, ces conditions permettent aussi pour les tas les plus pauvres en azote de pouvoir fixer l’azote atmosphérique. Il est donc essentiel de préserver ces conditions anoxiques. " Selon lui : " Il suffit d’un millimètre de matière organique humide pour passer de conditions aérobies à des conditions anoxiques. Or les bactéries mesurent un millième de millimètre. Il y a donc de la place pour tout le monde comme dans un brin de paille humide de 2mm de diamètre. "

Entre les deux milieux, aérobie et anoxique, existe une zone où les bactéries peuvent ou non utiliser l’oxygène moléculaire. Cette zone dite anaérobie est importante car c’est là que s’échangent et se recombinent les produits issus des deux milieux, aérobie et anoxique, voisins. En condition anaérobie, le gaz carbonique est émis en moindre quantité dans l’atmosphère. D’autres gaz en revanche prennent le relais comme le protoxyde d’azote qui est un gaz à effet de serre puissant. Et la matière organique se transforme en produits stables, humiques , très intéressants pour le jardinier. Des gaz y sont consommés comme le méthane venant de l’air ambiant ou de la zone anoxique.

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