Zéro phyto en ville : le pari difficile

Les communes parviennent difficilement à se passer de pesticides surtout dans les cimetières.

Plusieurs communes, et pas des moindres, comme Versailles ou Rennes ont choisi de ne plus utiliser de produits phytosanitaires pour leurs espaces verts, les abords des voies et des bâtiments.

Demande des citoyens, respect du plan Ecophyto 2018 qui exige une réduction drastique des pesticides, tout concourent désormais à tendre vers cet objectif du zéro phyto. Mais, avouent plusieurs communes, il est difficile aujourd’hui d’y parvenir. Tout spécialement dans les cimetières.

" Le citoyen accepte à la rigueur quelques herbes folles au pied de son immeuble mais pas dans un lieu funéraire", ainsi s’exprimait la responsable des services techniques de la ville de Pornichet en Loire Atlantique, au cours d’une journée technique sur les cimetières organisée à Angers par Plante et Cité le 24 mai dernier. La présence de mauvaises herbes est considérée comme un manque de respect vis-à-vis des personnes décédées. Les services des espaces verts s’ingénient donc à trouver des solutions économiquement viables.

" La première année sans pesticides a été laborieuse, reconnaît la responsable technique pornichétine , à la fois sur le plan technique et sur l’acceptation par les habitants de nos nouveaux modes d’entretien. L’information dans ce genre de situation devient primordiale ." Les réactions ont parfois été violentes comme à Champigny-sur-Marne selon un représentant de cette mairie.

L’association Plante et Cité a donc procédé à diverses enquêtes et réalise aujourd’hui plusieurs tests.

Le désherbage manuel trop fastidieux et coûteux laisse la place au désherbage mécanique. Certaines communes se sont même dotées d’outils qu’utilisent les maraîchers ou les agriculteurs comme celle de Belleville-sur-Vie en Vendée avec le matériel Actisol. Le temps de désherbage a ainsi été divisé par deux entre 2001 et 2011 pour atteindre quatre à cinq passages de six heures par an.

Le désherbage thermique à l’eau chaude a séduit beaucoup de communes pour pallier le désherbage chimique. Le rodofil ou le brûleur thermique est utilisé au bord des allées. Mais ce dernier est abandonné par certains en raison des risques de départs de feux.

D’autres municipalités choisissent d’enherber les espaces sablés, très fréquents dans ces lieux funéraires. Mais là encore, les difficultés s’accumulent. Laisser faire la nature n’est pas la meilleure des solutions. A l’inesthétique se conjuguent des difficultés à gérer les déchets verts et une flore non désirée qui se développe.

Il est donc nécessaire de tondre ces bandes enherbées et même de les semer. Pelouses ou mélanges fleuris, c’est selon. Cela n’empêche pas de laisser la flore spontanée se développer. Les techniciens de Plante et Cité ont comptabiliser pas moins de 26 familles de plantes telles les pissenlits, des plantains, du ray grass et surtout du pâturin annuel. De quoi satisfaire les adeptes de la biodiversité.

Des tests de semis sont en cours dans les villes de Nantes et Rennes : mélanges fleuris inspirés de la flore spontanée, pelouses extensives et semis avec ou sans compost. Le sedum par exemple est testé en plaque. Il suffit de dérouler le tapis pour obtenir un effet pelouse.

Avec un compost, le recouvrement atteint 70 voire 90% au bout de six mois. L’objectif est atteint mais de nouvelles contraintes apparaissent. Avec une activité biologique du sol renforcée, la quantité de déchets augmente et les jardiniers sont limités dans le choix des outils d’entretien.

L’enherbement des allées oblige aussi à restreindre les plantes en pot en bordure des sépultures pour faciliter la tonte.

Le vrai casse tête des espaces verts est l’entretien entre les tombes. Aucun outil n’est vraiment adapté. Des espaces verts y sèment des mélanges à base de fétuques.

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