Christiania, une ville libre au coeur de la capitale danoise

Créé en 1941 à Copenhague, Christiania est un quartier autogéré qui propose un mode de vie alternatif auquel adhèrent toujours près d'un millier d'habitants

A l'automne 1971, un groupe de hippies investit une ancienne caserne militaire de Copenhague située dans le quartier de Christianshavn (le port de Christian). Ses occupants baptisent le lieu "Christiania" et le transforment en commune autogérée fondée sur des valeurs de liberté, de paix et de tolérance. Christiania se dote d'un drapeau constitué de trois points jaunes sur fond orange représentant les points des trois "i" de son nom. Quarante ans plus tard, la Cour suprême danoise annonce que le territoire doit être cédé à son propriétaire, l'Etat danois. Cette situation s'inscrit dans la continuité d'un parcours en montagnes russes.

Les années 1970: Amour, drogue et politique

En 1971, des centaines de personnes s'installent dans les bâtiments innocupés de Christiania, «ville libre» qui s'étend sur un territoire d'environ 35 hectares. Les forces de police tentent de les expulser à plusieurs reprises. En 1972, le ministère de la Défense et Christiania s'entendent: la commune paiera sa consommation d'eau et d'électricité et sera acceptée par l'Etat à titre d'expérience sociale. Un nouveau gouvernement arrive au pouvoir l'année suivante et fait marche arrière, réclamant l'évacuation de Christiania. Des mobilisations s'organisent et le quartier se retrouve en procès alors que le Parlement souhaite lui imposer des règles, une normalisation. A la fin de la décennie, Christiania qui, depuis ses débuts, autorise l'usage des drogues douces sur son territoire, est confrontée à un problème de vente et de consommation de drogues dures qui l'oblige à expulser des citoyens.

Trente ans d'hésitations avec l'Etat

L'alternance entre la gauche et la droite à la tête du pays provoque des revirements de situation quant au statut de Christiania. L'Etat se désintéresse du sort de la commune pendant les années 1980. En 1989, le ministère de l'Environnement élabore des bases légales pour Christiania, soulignant les avantages de son mode de vie écologique et de son modèle économique.

1992 marque le début de conflits entre les Christianites et la police danoise. Les autorités veulent abolir le commerce de drogues douces sur le territoire. Aucune drogue ne sera plus autorisée à Christiania à partir de 2004. Par ailleurs, l'Etat et la ville libre entretiennent de bonnes relations du début des années 1990 jusqu'à 2001. Puis, la droite revient au pouvoir et déclare la guerre à la commune, dont le statut de société alternative est aboli en 2006.

Structure autonome et bourse commune

Christiania possède sa propre structure politique. Le pouvoir y est exercé par des assemblées où toutes les décisions importantes sont prises par consensus. Le quartier autogéré dispose d'une bourse commune entretenue par ses résidants et commerçants selon leurs moyens. Les fonds sont d'abord utilisés pour payer les taxes à la ville et à l'Etat, assurant depuis longtemps aux Christianites l'étonnante réputation de «citoyens modèles». L'argent profite ensuite à différents secteurs de la communauté, selon ses priorités du moment. Depuis 1997, Christiania possède sa propre monnaie, utilisée dans ses commerces, espaces culturels et institutions. En 2004, son budget était évalué à 18 millions de couronnes danoises (2,4 millions d'euros).

Bienvenue aux touristes

L'insolite Christiania est devenue la deuxième plus importante attraction touristique de Copenhague, derrière la sculpture de La Petite Sirène du conte d'Andersen. Le visiteur s'y promène sur des sentiers où ne circule aucune voiture. Il découvre des parcs où les arbres sont décorés et côtoient d'étranges et jolies sculptures. Il observe des maisons et des commerces multicolores qu'il ne peut photographier, mis en garde par des interdictions géantes dessinées sur les murs. Il croise des gens aux allures de durs à cuire, de vieux hippies, des familles originales, et... beaucoup d'autres touristes. Si un passant avide de changement est séduit par l'endroit, il consultera peut-être le Christiania Weekly pour tenter de repérer une résidence libre. Il pourra espérer intégrer la commune sans devoir soumettre un dossier financier béton. Et il croisera les doigts pour que la gauche revienne au pouvoir et lui laisse profiter de sa nouvelle vie encore quelques années.

Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site http://www.christiania.org/

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