A visage couvert, le premier roman de P.D. James

Les premiers romans écrits par un auteur de roman policier ne sont pas toujours représentatifs de ce que sera l'oeuvre à venir.
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Il faut attendre 1989 pour lire A visage couvert , le premier roman de P.D. James, paru en Angleterre en 1962.

L'auteur a une trentaine d'années lorsqu'elle en commence la rédaction qu'elle ne finira qu'au bout de nombreuses années.

Il est curieux que ce premier livre n’ait été connu en France que plus d’un quart de siècle après sa parution en Angleterre.

La parution tardive d' un ouvrage qui rappelle ceux d'Agatha Christie

Ce premier roman, premier succès, paraît à l'automne 1962 alors que P.D. James a 41 ans et élève seule ses deux enfants.

L'auteur se rappelle : "Je ne sais plus combien de temps il m'a fallu pour écrire "A visage couvert", mais je soupçonne qu'il s'est compté en années plus qu'en mois".

PD James écrit à ce propos : "En feuilletant aujourd'hui "A visage couvert" je suis frappée par son caractère conventionnel. C'est tout à fait une histoire à la façon d'Agatha Christie, même si elle aspire à sonder plus profondément l'esprit et les mobiles des personnages" (PD James, Il serait temps d'être sérieuse, livre de poche, édition 06/2002, p.31).

A visage couvert est de conception classique et rappelle les livres d'Agatha Christie. Un meurtre est commis dans une famille de la bourgeoisie et la police cherche le coupable. C’est un huis clos.

Le personnage principal, Adam Dalgliesh, est jeune

P.D. James crée un personnage jeune contrairement à Hercule Poirot ou à Maud Silver, les détectives imaginés par Agatha Christie.

L'inspecteur principal Adam Dalgliesh, le futur héros des romans de P.D. James, est décrit à partir du second tiers du livre.

« Grand, brun, bel homme » (page 83 A visage couvert éditions Fayard) voilà pour le physique.

« Impitoyable, des méthodes bien à lui, toujours la course contre la montre» et le professionnel est décrit (page 83 id.).

En ce qui concerne l’homme, PD James reste évasive. Elle fait dire encore à un de ses personnages : « Je suppose qu’il a ses contraintes personnelles », « Où est-ce que j’ai déjà vu cette tête-là ? Bien sûr. Le Dürer. (. ..) Portrait d’un inconnu » (page 83 id.).

Contrairement aux héros d'Agatha Christie, il va avoir une vie sentimentale.

Dans A visage couvert le personnage de Déborah Riscoe apparaît. Il reviendra dans Une folie meurtrière (1963). On y retrouve Déborah Riscoe dont la mère est morte. Trois ans se sont écoulés depuis sa rencontre avec Adam Dalgliesh qui est devenu commissaire. Le personnage réapparaît dans Sans les mains (1967). Dalgliesh est superintendant. Scotland Yard est à la veille d'être réorganisée. Adam Dalgliesh se demande s'il va épouser Déborah Riscoe.

L'auteur décrit le milieu dans lequel se passe l'action

P.D. James décrit la vie quotidienne d’une famille dans la campagne anglaise.

L'enquête tourne autour du personnage de Sally Jupp, la jeune femme assassinée. Fille mère et bonne, ce statut rappelle le XIXème siècle mais cette image n’est qu’un trompe l’œil.

Et tout le charme du livre vient de là, de l'étude des personnages de femme auquel se livre l'auteur. Il y a Sally Jupp, Mrs Maxie et Déborah Riscoe.

P.D. James aborde à travers elles la question du statut de la femme à un moment donné dans la société anglaise.

Elle est déjà en cela influencée par Dorothy L. Sayers (13 juin 1893 - 17 décembre 1957), femme de lettre surtout connue pour ses romans policiers pour qui  "Aucune forme de fiction ne survit très longtemps si elle cesse d'être reliée aux grands problèmes humains et au courant majeur de la littérature contemporaine".

 PD James va s'appliquer à écrire des romans très différents de ceux de l'âge d'or.

La fin de ce premier roman n'est pas une fin heureuse contrairement aux histoires d'Agatha Christie. Le meurtre a détruit la vie d'innocents et cela écarte tout happy end.

En cela PD James commence à appliquer les idées de Dorothy L. Sayers :  "Nous manions à présent parfaitement les éléments techniques de l'intrigue grâce à une longue pratique, mais il nous reste à découvrir le meilleur moyen de combiner ceux-ci aux éléments de la psychologie la plus sérieuse afin que l'intellectuel comme l'homme de la rue puissent prendre plaisir à lire un roman d'énigme comme ils ont pu le faire à l'écoute de la tragédie grecque ou du drame élisabéthain."


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et Suite101: L'édition des romans de P. D James en France: La création du personnage d'Adam Dalgliesh | Suite101.fr http://marie-h-dhifi.suite101.fr/le-premier-roman-de-pd-james-a7862#ixzz1a1jJgG1s

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