Le Bal anthropométrique lance la série des Maigret

Dans "Pietr le letton", officiellement le premier Maigret, Simenon évoque l'anthropométrie, une des techniques de la police scientifique.
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Pour le lancement des enquêtes du commissaire Maigret, Georges Simenon imagine une fête inoubliable que les journaux ont qualifiée de « nuit de folie » et qui se déroule à Paris le 20 février 1931, à "La boule blanche" . 

Le journaliste du Figaro du 23 février 1931 sous le titre Nuit de Paris - Le Bal anthropométrique , écrit : "Dans un établissement de Montparnasse où, d'ordinaire, trois cent martiniquais dansent "la biguine" en débordant dans le vestiaire, plus d'un millier de Parisiens se sont, hier, pressés, bousculés, écrasés, étouffés le plus joyeusement du monde".

Le bal a pour but de faire connaître deux ouvrages  M Gallet, décédé  et  Le Pendu de Saint Pholien,  dont ne parleront pas les journaux .

Par contre lorsque Simenon évoque la fête il explique qu'elle a donné aux gens l'envie de lire ses romans (  Le siècle de Simenon. Film  de Pierre Assouline diffusé par la chaîne ARTE dimanche 23 février 2014).

Le Bal anthropométrique

« Il lui donne le nom de Bal anthropométrique , allusion au service chargé de mesurer et photographier les suspects dans le plus simple appareil. Les invités portent tous des déguisements en rapport avec l’univers du crime. … On relève les empreintes digitales à l’entrée et les cartons d’invitation imitent des citations à comparaître. » (Patrick Marnham L’homme qui n’était pas Maigret - un portrait de Georges Simenon p.168).

L’anthropométrie

La police scientifique commence en France à la fin du XIXe siècle. Ce que l’on pourrait appeler « le système Bertillon » correspond à la prise des mensurations osseuses d’un individu. Cela deviendra l'anthropométrie.

Un article écrit par Angélique Négroni dans le Figaro du 5 avril 2010 intitulé La "révolution" de la police scientifique a 100 ans rappelle les origines de la police scientifique.

Cité par l'article, le Commissaire divisionnaire Richard Marlet, responsable de l'identité judiciaire à Paris, décrit ainsi Alphonse Bertillon, le père de l'anthropométrie judiciaire : "Fils de médecin, il constate que l'on peut identifier un individu par rapport à son squelette, qui présente des dimensions uniques".

Le premier laboratoire de police judiciaire est installé à Lyon en 1910. La police technique et scientifique dispose de méthodes qui commencent à faire leurs preuves. Ainsi le relevé des empreintes digitales, technique découverte en Angleterre, est utilisé. Les photos face-profil inventées par Alponse Bertillon aident également à l’identifier les auteurs de crimes et délits.

Pietr le Letton

Quand Georges Simenon crée le personnage du commissaire Maigret, son expérience de journaliste lui fournit des connaissances en matière de faits divers.

Pietr le letton est la première enquête officielle du Commissaire. L’histoire commence par la lecture d’un télégramme de la commission internationale de police criminelle adressé à la Sûreté de Paris. En langage codé est donné le signalement de Pietr le letton. Simenon écrit : "Signalement de Pietr le letton : âge apparent 32 ans, taille 169, sinus dos rectiligne, base horizontale, saillie grande limite, particularité cloison non apparente, oreille bordure originelle...". Les dix lignes consacrées par l'auteur à la description du principal protagoniste de l'histoire sont techniques.

L’enquête du commissaire va conduire à la découverte du criminel mais le signalement anthropométrique de Pietr le Letton ne va pas permettre son identification immédiate.

Simenon replace ainsi cette technique à sa place dans la panoplie de la police. Elle n'est qu'un complément aux facultés de déduction que le commissaire va exercer tout au long des soixante douze enquêtes de la série.


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