PD James renouvelle le roman policier

PD James a été influencée par Dorothy L.Sayers.

Dans l'introduction au tome 2 des œuvres de l'écrivain britannique Phyllis Dorothy James paru en 2003 dans la collection des Intégrales du Masque , François Rivière rappelle l'influence qu'a eu Dorothy L. Sayers sur l'écrivain.

Lorsqu'elle a pensé écrire, P.D. James explique elle même dans ses mémoires qu'elle n'a pas eu "l'idée d'entreprendre autre chose que des romans policiers". Elle raconte dans "Il serait temps d'être sérieuse" : "Ils avaient constitué mes propres lectures de divertissement et j'étais influencée par les auteurs féminins Dorothy L. Sayers, Margery Allingham, Ngaio Marsh et Joséphine Tey".

Elle ne cite pas Agatha Christie.

De ces femmes écrivains de l'âge d'or du "Whodunit" (qui a tué ?), Dorothy L.Sayers est la moins connue en France. Ses romans policiers sont très populaires en Grande-Bretagne.

Dorothy L.Sayers

Dorothy L. Sayers (13 juin 1893 - 17 décembre 1957) est une femme de lettre surtout connue pour ses romans policiers alors que la littérature a été sa véritable passion.

Elle est la contemporaine d'Agatha Christie et de Margery Allingham. En 1923, elle a trente ans quand elle crée le personnage de Lord Peter Wimsey, quasiment inconnu en France, mais très populaire en Angleterre. Contrairement à Hercule Poirot ou à Miss Marple il a une vie sentimentale. En effet il est jeune lorsque débute sa carrière de détective amateur.

Elle n'a pas écrit uniquement des romans policiers. Elle les a aussi étudiés et a édité une anthologie des romans policiers (en 1928, 1931, 1934 et 1936) fameuse au delà de la Manche.

De ses études elle a tiré la conclusion qu' "aucune forme de fiction ne survit très longtemps si elle cesse d'être reliée aux grands problèmes humains et au courant majeur de la littérature contemporaine".

Son avis va à l'encontre de ce qui se pratique lorsqu'elle l'écrit. En effet Agatha Christie connaît alors le succès avec des romans qui ne s'occupent ni des problèmes humains ni de la psychologie des personnages. Dorothy L. Sayers remet en question le modèle du roman policier. Elle écrit : "Nous manions à présent parfaitement les éléments techniques de l'intrigue grâce à une longue pratique, mais il nous reste à découvrir le meilleur moyen de combiner ceux-ci aux éléments de la psychologie la plus sérieuse afin que l'intellectuel comme l'homme de la rue puissent prendre plaisir à lire un roman d'énigme comme ils ont pu le faire à l'écoute de la tragédie grecque ou du drame élisabéthain."

Dorothy L. Sayers a très tôt compris que les romans policiers, conçus par leurs auteurs comme de simples jeux de l'esprit, se démoderaient rapidement et qu'il fallait passer du roman d'énigme classique qui pose la question "qui a tué" au roman policier intemporel. Elle abandonnera le roman policier en 1940 pour se consacrer à la littérature.

P.D. James

P.D. James a été influencée par Dorothy L. Sayers. François Rivière rappelle qu'elle lui a rendu hommage en 1978. Il écrit : "Elle n'a jamais cessé de redire la même chose [que Dorothy L Sayers] depuis, et à mettre en pratique dans sa propre fiction cette injonction".

Son premier roman A visage couvert est de conception classique et rappelle les livres d'Agatha Christie. Un meurtre est commis dans une famille de la bourgeoisie et la police cherche le coupable. Mais l'auteur innove en décrivant le milieu dans lequel a évolué la morte.

Dans les romans suivants le cadre dans lequel se déroule l'action est décrit avec précision, les personnages brossés de façon claire. Les lieux sont habités par des protagonistes dont on peut comprendre les motivations car elles sont proches des nôtres.

L'histoire se déroule dans des milieux professionnels très différents car PD James fait appel à son expérience professionnelle pour ses romans et place ses personnages dans des milieux qu'elle connaît : la Haute société britannique, le milieu médical (clinique, hôpital, centre de psychothérapie, Institution pour handicapés, clinique de chirurgie esthétique privée pour personnalités), l'Université, un cabinet d'avocats, une maison d'édition. Le lieu de l'action peut être un manoir, un couvent, une demeure de la campagne anglaise, une île, une centrale nucléaire.

PD James explique dans ses mémoires : "Pour moi, cadre, personnage et histoire sont toujours intimement liés" (Il serait temps d'être sérieuse, Edition livre de poche, p.19).

La conséquence de cette conception de l'histoire est que la psychologie des personnages est construite de façon crédible. Il n'y a pas d'incohérence dans leur comportement qui correspond à celui du milieu social dans lequel ils évoluent.

"Meurtres en soutane" en est un exemple. Dalgliesh revient sur le lieu de vacances de son enfance à l'occasion d'une mort suspecte et l'auteur nous décrit la vie sur une île, dans une école de théologie. Dalgliesh rend visite à un suspect et en l'attendant regarde les étagères de sa bibliothèque : "une série de romans policiers apprit à Dalgliesh que le père John était un mordu des femmes écrivains de l'âge d'or : Dorothy L. Sayers, Margery Allingham et Ngaio Marsh" ("Meurtres en soutane", Le livre de poche, mars 2003, page 250).  

Quand son dernier roman policier, Une mort esthétique, paraît en France l'auteur a 88 ans. Son héros se marie. Peut être un dernier hommage à Dorothy L. Sayers qui a également marié son héros et arrêté ses aventures.

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