Trois documents sur les geishas

Le film "Mémoires d'une geisha", le témoignage d'une grande geiko et le journal d'une jeune maiko éclairent le sens du mot geisha qui a été galvaudé.
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Le Japon a eu successivement trois capitales dans son histoire : Nara (de 710 à 794), Heiankyo (de 794 à 1868), et Tokyo (de 1868 à nos jours).

La ville de Kyoto a été la capitale du Japon pendant plus de mille ans. L'histoire de Heiankyo (renommée Kyoto), capitale impériale, se termine en 1868. Par une ironie du sort, lorsque l'empereur Meiji se retrouve à la tête du pays, une de ses premières décisions est de transporter sa Cour à Edo, rebaptisée Tokyo.

Ce changement de capitale va avoir plusieurs conséquences. La première concerne la noblesse habituée à vivre à Kyoto. Une partie va refuser de suivre l'Empereur. Les aristocrates qui décident de rester à Kyoto vont perdre les revenus qu'ils tiraient de leurs fonctions à la Cour.

Des geishas issues de l'aristocratie

Dans l'ouvrage Ma vie de geisha (Auteurs : Mineko Iwasaki avec Rande Brown. Edition Le livre de poche , 2006) Mineko Iwasaki née le 2 novembre 1949 raconte que "de nombreuses familles de la noblesse ayant perdu leur fortune après la restauration de Meiji en 1868 plaçaient leurs filles au Karyukai pour se procurer un moyen de subsistance" . Appartenir à ce monde sera également le moyen pour certaines jeunes femmes issues de l'aristocratie et dotées d'un bon carnet d'adresses, de trouver un mari.

Le terme "Karyukai " a un sens bien précis. C'est le nom du "monde des fleurs et des saules".

Les geishas font partie de ce monde. Ce ne sont pas des courtisanes. Elles n'appartiennent pas au monde des fleurs. Ce sont des artistes et elles sont chargées de divertir par le chant, la danse et leur conversation les personnalités venues chercher le repos dans les maisons de thé.

Mineko Iwasaki fait partie de ces descendantes de familles nobles désargentées qui sont placées dans le karyukai par leurs parents.

Des geishas issues du peuple

Dans le film Mémoires d'une geisha (2005) qui se déroule des années trente à la péridode de l'après guerre, un des personnages, Mameha, initie la jeune shiro et définit pour elle le rôle de la geisha. "Les geishas ne sont pas des courtisanes, ce ne sont pas non plus des épouses. Nous vendons nos talents, pas nos corps. Nous créons un autre monde, secret, entièrement consacré à la beauté, le mot lui-même geisha signifie artiste. Etre geisha c'est être appréciée comme une oeuvre d'art vivante".

Elle avoue tout de même qu'elle a fait ce métier car elle n'a pas eu le choix. Elle a eu un protecteur. Quant à l'héroïne elle devient non pas l'épouse mais la maitresse de l'homme qu'elle aime à la fin du film.

Des jeunes geishas

Avant la seconde guerre mondiale, il n'y avait pas de condition d'âge pour devenir apprentie maïko, puis maïko et enfin geiko (nom donné aux geishas de Kyoto).

Depuis la fin de la seconde guerre une apprentie maïko doit passer son brevet de fin d'études secondaires avant de commencer son apprentissage.

C'est pourquoi les apprenties maiko commencent plus tard que leurs aînées.

Dans Mon journal de geisha, cinq ans d'apprentissage à Kyoto (Editions Aubanel, 142 pages, janvier 2009), la maiko Komomo raconte en détail son parcours durant les années de son apprentissage.

Sa vie se déroule à Kyoto dans le hanamachi . "A l'origine, les hanamachi sont des lieux de guérison. Les beaux kimonos et les accessoires de coiffure raffinés, les danses traditionnelles au son du shamisen, le doux sourire qui illumine le visage des geiko et de maiko, tout cela a pour seul objectif de remonter le moral de nos clients" (page 8 opus cité).

Elle a choisi de devenir geisha très jeune. En 1997 elle écrit à celle qui l'accueillera plus tard : "Je crois que je suis née pour devenir maiko".

Conclusion

Le nombre des geishas a beaucoup diminué au début de ce XXIème siècle car l'apprentissage est très dur et ne correspond pas au modèle économique qui a engendré des conditions de vie plus faciles qu'avant auxquelles les jeunes filles ne sont pas prêtes à renoncer. Komomo a souhaité susciter des vocations en publiant son journal.

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