1991-2011 : la Lituanie célèbre vingt ans d'indépendance

Annexée brutalement par l'état soviétique en 1940, la Lituanie secoue le joug en 1991 et ouvre la voie à la démocratie à l'Est.

La Lituanie , petit état balte situé à 3000 km de la France, commémore cette année les vingt ans de sa liberté retrouvée. La répression sanglante par le pouvoir soviétique des manifestations du 13 janvier 1991 aura finalement accéléré l’accession à l’indépendance. Aujourd’hui, du rêve à la réalité, le pays réapprend, parfois douloureusement, la liberté. Mais la fierté d’être Lituanien demeure, et de nouveaux défis s’ouvrent pour le jeune état européen.

1940-1991 : une longue lutte pour la liberté

Annexée de force à l’U.R.S.S. en vertu du pacte Ribbentrop-Molotov , la nation lituanienne n’a cessé de résister à ce qu’elle ressentait comme une insupportable agression. Au prix du sang parfois: près du quart de la population fut déportée pour délit d’opinion politique ou religieuse!

En 1988, à la faveur de la Perestroïka , se constitue spontanément un conseil national, le Sajudis , qui se donne pour président Vytautas Landsbergis, plus tard premier président de la République lituanienne.

Le 11 mars 1990 que le Soviet suprême lituanien franchit le pas et proclame unilatéralement la restauration de l’indépendance nationale. Dans une ambiance de liesse, les députés hissent le drapeau jaune, vert, orange à la place des emblèmes soviétiques. Le Sajudis met en place peu à peu son propre gouvernement.

Moscou ne tarde pas à réagir: un blocus économique sévère, avec notamment l’arrêt de l’approvisionnement en pétrole, paralyse lentement le pays; il vise à étouffer les rebellions, mais il aura l’effet inverse: la population, exaspérée, se sent de plus en plus solidaire de ses dirigeants dissidents.

13 janvier 1991 : le Bloody Sunday lituanien, échec du coup d’état soviétique.

La situation se cristallise le 12 janvier 1991: dans les rues de Vilnius la capitale circulent ostensiblement des véhicules blindés envoyés en renfort par Moscou, tandis que les principaux bâtiments administratifs sont pris d’assaut par l’armée soviétique. De tout le pays la population afflue vers la capitale pour soutenir le gouvernement indépendant menacé. On brandit des pancartes, on revêt le costume national…

Un vent de liberté souffle sur la capitale lituanienne. Mais le combat décisif reste à mener. La Maison de la presse a déjà été occupée et réduite au silence. Les journalistes de la radio et de la télévision travaillent à informer sans interruption la population sur déroulement du conflit. Ils sont conscients de risquer gros, car la tension se fait de plus en plus vive, et les blindés menacent leur bâtiment.

De fait, les chars soviétiques n’hésiteront pas à écraser trois des défenseurs de la Tour de la télévision, au cours de la nuit du 12 au 13, et quatre d’entre eux succomberont à des blessures par balles. À ces sept morts s’ajouteront plus de 600 civils blessés alors qu’ils manifestaient pacifiquement.

Après les événements de la nuit, les lituaniens se regroupent sur la place du Parlement, presque en silence. Ils sont sous le choc mais ils viennent de gagner la bataille décisive. Car l’état soviétique est désemparé; il ne s’attendait pas à une telle résistance, jusqu’au sacrifice de la vie: les heures de la République Socialiste Soviétique de Lituanie sont désormais comptées.

Sous la pression de l’indignation internationale (bien que l’événement, survenu en pleine guerre du Golfe, soit passé au second plan), aussi bien que de ses propres soubresauts politiques (le putsch de Boris Eltsine en août 1991), l’U.R.S.S. finira par reconnaître l’indépendance de la Lituanie le 29 juillet 1991, après que la population, consultée par referendum le 9 février, se fut prononcée très massivement en sa faveur.

La Lituanie aura ainsi été la première à secouer le joug soviétique: elle ouvrira la voie aux deux autres républiques baltes, la Lettonie puis l’Estonie, en août 1991. «La démocratie mondiale a remporté une grande victoire», analyse l’historien Algirdas Jakubcionis.

Le dur apprentissage de la liberté

Le 17 septembre, la Lituanie devient membre de l’ONU; elle reçoit à cette époque la visite de soutien du pape Jean-Paul II. Elle intègre l’Union Européenne et l’OTAN en 2004.

Cependant, la transition vers une économie de marché ne se fait pas sans douleur: tout reste à apprendre et à mettre en place, dans un pays sans infrastructures adaptées. On assiste rapidement à des faillites, à une crise du système bancaire, à l’apparition du chômage jusque-là inconnu. D’une liberté rêvée à une liberté exercée en toute responsabilité, le chemin est long, sur fond de paupérisation massive.

Encore en 2011, des jeunes toujours plus nombreux choisissent la solution de l’émigration vers l’Ouest: entre chômage et décalage culturel avec leurs aînés (ceux qui ont vécu la période soviétique et l’épopée de l’indépendance), ils ne se retrouvent pas forcément dans un certain discours «tout patriotique» trop conservateur à leur goût.

Une certaine frange de la population se sent impuissante face à la rapide évolution des structures sociales et économiques, et se réfugie dans la nostalgie d’un passé idéalisé, du temps du communisme, où au moins on connaissait une certaine sécurité de vie. D’autres soulignent avec amertume que l’«américanisation» n’a fait que remplacer la russification…

«Il devient très important de réfléchir sur la réalité, d’essayer de comprendre le type de société dans lequel nous vivons», affirme quant à lui le député Leonis Donskis.

Au-delà des expositions commémoratives qui ont jalonné cette année d’anniversaire, au-delà des gerbes de fleurs déposées devant la Tour de la télévision, les vingt ans de l’indépendance sont l’occasion pour les Lituaniens de s’interroger sur ce qu’ils veulent faire de leur vie ensemble, pour relever ensemble le défi de la modernité.

Sources:

Divers sites d’actualité lituaniens

Pour aller plus loin:

On peut voir sur Youtube des vidéos qui restituent bien l’ambiance des heures tragiques et exaltantes de la libération.

ANNIV2

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