Comment prier Dieu? Les psaumes, prière juive et chrétienne

Découverte d'un recueil de prières bibliques séculaire, pour apprendre à prier de tout son être, de la violence à la louange, de la méditation au silence.
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On ne sait pas toujours que dire à Dieu lorsqu’on veut prier, surtout si l’on porte en soi violence, découragement, révolte ou angoisse. Il est bon alors d’ouvrir le livre des Psaumes , recueil de poèmes bibliques. Prière juive et chrétienne, prière officielle de la liturgie catholique, ils peuvent devenir pour chacun chemin de méditation et de prière profonde.

Le psaume, un poème biblique

Élaborés par le peuple juif à différentes périodes de son histoire, traditionnellement attribués au roi David , les psaumes sont des poèmes religieux, au nombre de 150. Ils sont réunis dans le livre appelé en hébreu Tehillim ( Les Louanges ), en grec Psalmoi («Les chants accompagnés par la cithare, ou psaltérion »).

Portés, comme tous les textes bibliques, par une tradition littéraire avant tout orale, ces textes ont été répétés, appris par cœur, «ruminés» dans le silence ou proclamés avec solennité, bien avant d’être écrits; ils affectionnent donc les parallélismes, les répétitions, les assonances et les jeux de mots, qui aident le travail de la mémoire.

«Rendez grâce au Seigneur: il est bon, éternel est son amour!

Rendez grâce au Dieu des dieux: éternel est son amour!

Rendez grâce au Seigneur des seigneurs: éternel est son amour!» (ps 135.)

Un livre de prière au long des siècles

La tradition religieuse d’Israël n’a cessé d’utiliser les psaumes dans sa prière publique et privée . Les versets en venaient spontanément aux lèvres de tout juif pieux, et l’on peut se représenter Jésus, lors de sa vie terrestre, les priant avec ses disciples, ou seul face à son Père: «Je me tourne vers toi, Seigneur, au matin, tu écoutes ma voix…» (Ps 5.)

Les premiers chrétiens vont les reprendre à leur compte: dès le deuxième siècle, on lit les psaumes dans leurs assemblées de prière, au cours de l’Eucharistie. À partir du troisième siècle, les historiens repèrent un chant collectif des psaumes, pratique qui se généralise et devient très populaire au siècle suivant: à l’époque, les chrétiens les connaissent par cœur.

Les moines, apparus au cours de ce même IVe siècle, firent du psautier « leur» prière, et en perpétuèrent la tradition durant tout le moyen âge, dans ce qu’on appelle l’office divin, ou la liturgie des heures. On psalmodiait traditionnellement en deux chœurs alternés, sur des tons musicaux simples, encadrés de refrains à la mélodie plus ornée, les «antiennes»: pratique qui sera à la base de tout le chant grégorien, dont le développement s’échelonne de la fin de l’Antiquité au XIe siècle environ.

La réforme protestante rendit aux fidèles laïcs le chant des psaumes, sous la forme de chorals, dont la mise en musique s’honore de noms illustres : Josquin des Prés, Claude Goudimel, par-dessus tout Jean-Sébastien Bach.

Après le Concile Vatican II, les chrétiens furent appelés à se réapproprier le psautier , traduit dans les langues modernes. Beaucoup de laïcs catholiques récitent aujourd’hui ces prières séculaires, où ils puisent leur nourriture spirituelle.

Le contenu des psaumes: l’histoire du peuple de Dieu, le cri de l’homme vers Dieu

On y voit se dérouler l’histoire du peuple élu, avec ses hauts et ses bas.

Assez souvent, le psalmiste exprime sa révolte, sa détresse, sa crainte, son désespoir: beaucoup de larmes, d’imprécations, de cris à la limite du blasphème, jalonnent les psaumes, loin de toute piété «religieusement correcte».

Le psalmiste chante aussi son espérance en Dieu, sa joie, jusqu’à faire monter vers le ciel une action de grâce jubilante, à laquelle il va convier le cosmos tout entier:

«Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le dans les hauteurs.

Vous, tous ses anges, louez-le, louez-le tous les univers!» (ps 148.)

L’expression de la violence dans les psaumes, dans la Bible: peut-on encore parler de prière?

La question de la violence présente dans certains psaumes —comme dans la Bible en général— mérite d’être posée: comment les adeptes d’une religion de l’amour peuvent-ils chanter sans sourciller: «Brise le bras de l’impie, du méchant» (ps 9), «Que ta main, Seigneur, les exclue d’entre les hommes, hors de l’humanité, hors de ce monde: tel soit le sort de leur vie!» (ps 16); «Que l’humiliation les écrase, ceux qui me disent: «C’est bien fait!» (ps 39), jusqu’à des débordements de fureur impressionnants, des ivresses de vengeance récurrentes dans le psautier?

La Bible, en réalité, ne censure rien de ce qui habite l’âme humaine; elle permet à la part de violence qui habite chacun de s’exprimer, en toute vérité. La violence une fois nommée, hurlée, peut être remise humblement à ce Dieu qui enseigne le pardon des offenses. Le psaume récité va permettre au priant de s’apaiser peu à peu, de retrouver confiance au cœur de sa révolte: «Mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère» (ps 130).

Ouvrir simplement le psautier, goûter la beauté poétique des versets, faire sienne leur force expressive, dans le silence du cœur, peut devenir pour tous un chemin de prière profonde : «Qu’elle est douce à mon palais, ta promesse, le miel a moins de saveur dans ma bouche!» (ps 118.)

Sources :

Joseph Gelineau, Traité de psalmodie

Psautier liturgique oecuménique, éditions du Cerf

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