La vie de Thérèse d'Avila, mystique du Siècle d'or espagnol

Découverte d'une des grandes figures de la spiritualité occidentale et de la littérature espagnole, réformatrice au XVIe siècle de l'Ordre du Carmel.

Thérèse d’Avila, la «grande» Thérèse ou la «Santa Madre», a marqué de son empreinte l’Espagne du XVIe siècle . Un bout de route avec cette moniale de grande envergure, réformatrice de son Ordre, mystique et écrivain, qui anima de sa joie et de sa force d’âme les communautés religieuses fondées par elle, et vécut sa mort comme un dernier élan d’amour.

Une jeunesse éprise d’absolu

«Nous étions trois frères et neuf sœurs; j’étais la plus aimée de mon père, et ce n’était pas, je crois, sans quelque raison…» Celle qui témoigne ainsi de l’affection dont elle fut l’objet sa vie durant, est née en 1515 en Avila , «cité des saints et des chevaliers», au cœur de la Castille alors très chrétienne. Alors que ses frères partiront tous tenter leur chance au Nouveau Monde récemment découvert, Thérèse, nourrie dans son enfance de récits de chevalerie , explorera plutôt le monde intérieur: à l’âge de 20 ans, contre l’avis de ce père qui l’aimait tant, elle part s’enfermer au carmel de l’Incarnation , où elle rejoint une de ses amies.

Une lutte de vingt ans entre l’amour de Dieu et des joies trop humaines

Très vite, Thérèse est insatisfaite de sa vie religieuse, dans un monastère surpeuplé et peu fervent: beaucoup d’hommes ont rejoint l’Amérique, laissant sur le carreau nombre de filles à marier, qu’on cloître sans vraie vocation. Tiraillée entre une vie d’intimité toujours plus forte avec Dieu et son attrait natif pour les rencontres, les conversations, les plaisirs, elle luttera près de 20 ans, sans trouver alors le guide spirituel qui l’aurait aidée à aller plus loin: «De passe-temps en passe-temps, de vanités en vanités», écrira-t-elle.

Mais l’appel de Dieu au fond de son âme finira par l’emporter: tombant un jour en arrêt devant une statuette représentant le Christ couvert de blessures , elle vit un profond retournement intérieur, et s’en remet définitivement à lui pour la conduite de son existence.

Une nouvelle aventure commence: la réforme de l’Ordre du Carmel

La conséquence de cette conversion définitive, ce sera, très vite, l’appel à réformer son Ordre pour lui faire retrouver son élan primitif. Le Carmel était né en Terre Sainte , où quelques anciens croisés s’étaient groupés pour vivre une vie d’ermites. Thérèse comprend qu’il lui faut renouer avec cet idéal de solitude, de silence, de simplicité, pour permettre à ses sœurs de répondre pleinement à l’appel divin.

Le 24 août 1562, elle fonde un petit monastère distinct de son couvent de l’Incarnation. Saint Joseph d’Avila , édifié hors des remparts de la cité castillane, est, selon ses désirs, «une maison petite et pauvre en tout», faite pour abriter seulement 13 sœurs, en souvenir du Christ et de ses apôtres. Pour aider au recueillement de ses moniales, elle établit une stricte clôture , dont la matérialité recrée en quelque sorte le désert où les ermites des premiers siècles vivaient leur quête de Dieu.

Trait caractéristique de celle que l’on a pu nommer «la sainte de l’amitié»: malgré l’austérité de la nouvelle fondation, une grande place est donnée à la joie, à l’amitié entre les sœurs, au partage des richesses spirituelles. Le mot d’ordre de Thérèse: «Pas de nonnes encapuchonnées!»

«La dame errante de Dieu» [i] : le temps des fondations

En 1567, son supérieur, le père Jean-Baptiste Rubeo, admiratif de son retour à la règle primitive, lui intime l’ordre de fonder « autant de monastères qu’elle a de cheveux sur la tête ». Commencent alors 17 années de luttes et de fatigues, que cette femme toujours malade, mais rarement à bout de courage, affronte avec détermination.

«Sin blanco», sans le sou, elle établira en Castille et en Andalousie une quinzaine de monastères, dont la plupart subsistent encore aujourd’hui. Elle saura s’entourer pour cela d’autres personnalités d’envergure, dont saint Jean de la Croix , qui l’aide à réformer la branche masculine de l’Ordre.

À la demande de ses confesseurs successifs, elle rédige durant cette période plusieurs traités qui feront date dans l’histoire de la spiritualité: le récit de sa Vie , le Chemin de perfection , et le magistral Livre des demeures , ou Château intérieur , évocation de la vie divine à l’intime de l’âme.

«Il est temps de nous voir, mon Aimé»

Femme d’action infatigable, écrivain par obéissance, Thérèse était restée au fond d’elle-même la grande amoureuse de son Seigneur, l’épouse mystique jamais rassasiée de contempler la beauté du Ressuscité. La prière demeurait le ressort secret de son énergie et de toutes ses entreprises. Au soir d’une vie bien remplie, elle meurt au couvent d’Alba de Tormes, le 4 octobre 1582.

Ses derniers cris: «Il est temps de nous voir, mon Aimé!»; «Enfin, Seigneur, je suis fille de l’Église!»

Voir aussi notre article : L'héritage spirituel de Thérèse d'Avila

Source :

Oeuvres complètes de sainte Thérèse, traduction du Père Grégoire de Saint Joseph, Seuil 1949

Pour mieux la connaître:

site de l'Ordre du Carmel en France

video-reportage sur les lieux où elle vécut

Une étude de sa statue par le Bernin (image illustrant cet article)

[i] Titre de la biographie que lui a consacrée Marcelle Auclair.

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