L'héritage spirituel de Thérèse d'Avila

À l'école de la grande mystique espagnole du XVIe siècle, dont l'enseignement n'a rien perdu de son actualité.

Réformatrice de l’Ordre du Carmel au XVIe siècle, placée au carrefour de nombreuses influences humanistes et religieuses, Thérèse d’Avila a rédigé, à la demande de ses supérieurs, une œuvre capitale dans l’histoire de la spiritualité. Au long de ses écrits se dessine une vision optimiste et exigeante de la vie chrétienne, dont l’union avec le Christ est la clef de voûte. Un enseignement fondé sur l’expérience vécue, et qui a encore beaucoup à nous dire.

Une religieuse prend la plume…

Thérèse, fille de la petite noblesse castillane, a reçu une culture littéraire convenable, mais pas d’enseignement universitaire, que ce soit dans le domaine des lettres ou dans celui de la théologie. Elle saura faire de cette faiblesse une force, en partant toujours de «ce qui lui est arrivé», livrant ainsi un panorama de la vie intérieure d’une richesse rarement égalée.

Lorsqu’on lui demande d’écrire «quelque chose sur l’oraison», cela la laisse perplexe: pourquoi elle? Néanmoins, au milieu des tracas de sa vie de fondatrice toujours malade, elle va rédiger plusieurs chefs-d’œuvre de pédagogie spirituelle — car la vie spirituelle s’apprend, Thérèse le sait pour avoir été elle-même si mal conseillée durant sa jeunesse religieuse.

Elle laissera trois œuvres majeures: la Vie écrite par elle-même, le Chemin de perfection rédigé à la demande de ses religieuses, le Livre des demeures ou Château intérieur , à quoi s’ajoutent le récit de ses Fondations et divers opuscules et poèmes.

Thérèse l’humaniste

Doña Teresa de Cepeda y Ahumada a reçu de ses parents et de son oncle Pedro l’amour des bons livres; un amour partagé avec toute son époque, qui profite à plein de l’invention récente de l’imprimerie. Elle recommandera très souvent par la suite à ses moniales les lectures substantielles, «aussi nécessaires à l’âme que la nourriture l’est au corps», et voudra toujours s’entourer de conseillers aussi bons lettrés que spirituels.

À son tour, la prose de Thérèse jouera un rôle majeur dans l’élaboration de la langue castillane, alors en pleine formation. Rôle qu’elle partage avec le carme Jean de la Croix , un des plus grands poètes de langue espagnole, mais aussi avec son contemporain Miguel de Cervantes, auteur du fameux Don Quichotte.

Pas à pas sur le sentier de l’oraison

Thérèse a su exposer d’une manière vivante et progressive l’itinéraire de l’âme vers Dieu. Comment débuter dans l’exploration des profondeurs ? Comment persévérer malgré les tentations de découragement? À quoi reconnaître avec certitude l’action de Dieu, en évitant les faux-semblants? Autant de questions qu’elle aborde de front, sans jamais lasser son lecteur, tant sa plume est alerte et son goût de l’anecdote bien fait pour le réveiller.

Le maître-mot de Thérèse: confiance! Elle sait que le vrai guide spirituel est toujours celui qui s’efface derrière l’action du Saint-Esprit, y ramène l’âme tentée de tout abandonner. «C’est un bon ami que le Christ», aime-t-elle à répéter, et avec lui elle ne doute pas que la traversée ne soit possible, pourvu qu’on ait soin de se garder humble, détaché des biens terrestres et désireux d’aimer intensément le prochain.

Pour acquérir toutes ces vertus et parvenir à l’union avec Dieu, elle recommande avec force l’exercice de l’oraison , long temps de prière silencieuse, seul à seul avec «ce Dieu dont nous savons qu’il nous aime».

Liberté, joie, force d’âme: Thérèse enseigne ses filles les carmélites

Thérèse n’aimait rien moins que les âmes raides et repliées sur elles-mêmes. Une religion synonyme de crainte, de contrainte excessive, de renoncement triste, n’était pas son fait. «Des dévotions sottes, délivrez-nous, Seigneur!», s’écrira-t-elle dans un accès d’humeur, au détour d’une leçon de spiritualité. C’est donc le sourire aux lèvres qu’on doit «aventurer sa vie» et «se donner toute à Celui qui est notre tout, sans rien se réserver».

Elle conservera d’ailleurs toute sa vie une propension à rire, à plaisanter, à jouir des beautés de l’existence. Dans la même ligne, elle insistera beaucoup sur l’amitié mutuelle que les sœurs doivent se porter, fondant dans ce but des communautés peu nombreuses, où toutes se connaissent bien et s’entraident.

Femme d’un courage exceptionnel, que la conscience de l’aide reçue d’en-haut soutenait en toutes circonstances, la sainte fondatrice voudra toujours voir ses filles vaillantes, allant jusqu’à leur dire: «Je veux que vous ne soyez femmes en rien.» Une manière de leur recommander ce que nous appellerions aujourd’hui la virilité, et qui n’est pas l’apanage des hommes.

Pour ces raisons et bien d’autres, Thérèse sera la première femme à être déclarée docteur de l’Église , par le pape Paul VI, en 1970. Une reconnaissance de la solidité de son enseignement, qui connut dès son vivant un succès jamais démenti depuis.

Lire aussi notre article : La vie de Thérèse d'Avila, mystique du siècle d'or espagnol

Sources :

Thérèse de Jésus, Oeuvres complètes , traduction du Père Grégoire de saint Joseph

Dictionnaire de spiritualité , article Thérèse de Jésus , par Thomas Alvarez

Lire des extraits de son oeuvre :

Site Marie de Nazareth

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