Moines et moniales d'aujourd'hui: qui sont-ils ?

Ils intriguent, voire ils fascinent: une approche de la vie des moines aujourd'hui en France, leur manière de vivre, leurs valeurs, leurs motivations.
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Le film Des hommes et des dieux les a remis en lumière: qui sont les moines aujourd’hui en France, quel est leur quotidien, entre prière, travail, vie fraternelle et accueil des hôtes? Qu’est-ce qui les a poussés à ce choix de vie surprenant, choquant pour certains? Première approche et témoignages de ces chercheurs de Dieu.

Les monastères en France

On compte aujourd’hui en France quelque 1300 moines et 5500 moniales, répartis dans 338 monastères. Grandes abbayes ou communautés de taille plus modeste, situés en pleine campagne ou en centre-ville pour certains, ces monastères suivent souvent la règle de saint Benoît (VIe siècle), avec des nuances selon qu’ils sont bénédictins ou cisterciens , mais d’autres Ordres existent: Chartreuse , Carmel , Visitation , dominicaines …

Selon les Ordres, l’accent est mis davantage sur la solitude (Carmel, Chartreuse) ou sur la vie dite «cénobitique», c’est-à-dire principalement communautaire.

A quoi ressemble le quotidien d’un moine?

La vie d’un moine se partage entre la prière liturgique («l’office») chanté sept fois le jour, et parfois la nuit, en français ou en grégorien . S’y ajoutent de longues plages de méditation et de contemplation silencieuse (la « lectio divina » ou l’ « oraison »), et le travail , manuel ou intellectuel: «Ils seront vraiment moines s’ils vivent du travail de leurs mains», dit saint Benoît dans sa Règle.

Les moines accordent aussi une grande importance à l’hospitalité. De plus en plus de laïcs, de leur côté, apprécient le bienfait d’un séjour dans un monastère , désireux de partager leur prière, ou au moins bénéficier d’une atmosphère de calme et de silence propice à la méditation.

Comment devient-on moine?

La vie contemplative continue à attirer des vocations , même si moins que par le passé (voir au bas de l'article). Les jeunes qui frappent aujourd’hui à la porte des monastères ont la plupart du temps autour de la trentaine et ont déjà fait l’expérience de la vie professionnelle. On rencontre parmi eux une certaine proportion de convertis issus de milieux incroyants, et qui n’auraient jamais imaginé au départ se retrouver dans un cloître.

«J’avais le désir de me donner totalement à Dieu: le louer, le chercher, l’aimer», témoigne une moniale, à qui la vie «ordinaire» ne suffisait plus. Une autre écrit: «La découverte et le chant des psaumes m’a saisie: une grande paix intérieure m’habitait. J’ai alors frappé à la porte du monastère. J’ai laissé parler mon cœur et ce fut évident: Dieu m’appelait, ici, même si cela paraissait fou.»

Mais celui qui demande son admission ne s’engagera définitivement qu’au terme d’un parcours de plusieurs années: postulat, prise d’habit suivie d’un ou deux ans de «noviciat», premiers vœux prononcés généralement pour trois ans, et enfin profession perpétuelle: engagement à vie à la chasteté, la pauvreté, l’obéissance, ou selon une formule plus antique, à l’obéissance, à la conversion des mœurs et à la stabilité.

Un refuge, le monastère? «Si quelqu’un fuyait en entrant dans un monastère, il serait vite rattrapé par ce qu’il voulait fuir», répond avec humour un moine trappiste.

Le sens de la vie monastique et ses difficultés

Obéissance, silence, solitude, vie menée toujours dans le même lieu… On leur pose souvent la question: est-ce que votre vie n’est pas trop austère? «Elle est exigeante, répond un frère de l’Abbaye de Lérins, mais on va vers une liberté d’être insoupçonnée: on fait l’expérience que le renoncement est source de liberté intérieure.»

«Je ne me suis jamais ennuyé au monastère, déclare de son côté frère Philippe, entré à l’abbaye de Cîteaux il y a une trentaine d’années. C’est la vie ici qui me passionne et qui me prend tout entier.»

De fait, leur joie de vivre et leur sérénité frappe le plus souvent leurs visiteurs, croyants ou non.

Le célibat

À propos de leur célibat, qui interroge plus particulièrement nos contemporains, ils parlent là aussi de plus grande liberté, de plus grand amour.

«Le célibat consacré nous apprend à garder nos bras ouverts, à accueillir tous nos frères et sœurs et à ne pas les refermer sur une seule personne. Il nous ouvre aussi à une relation d’amour avec le Seigneur, à une relation sponsale de notre âme avec le Christ.»

Des affirmations surprenantes qui n’ont pas fini d’interroger… En tous cas, les moines ne se définissent pas eux-mêmes comme des gens exceptionnels, mais comme d’humbles chercheurs de Dieu, imparfaits et toujours en chemin.

Note de l'éditeur:

Evolution du nombre de religieuses, religieux, moines et moniales en France ( source: www.eurel.info )

- Nombre total de religieuses françaises (de vie apostolique et moniales):

1998 : 52 507

2003: 44 340

2007: 37 934

- Nombre total de religieux et moines

1998: 10 652

2003: 9 407

2007: 8 099

Source : Annuaire statistique de l'Église, (statistiques 2008) Service national des vocations , et Conférence des Supérieures majeures et Service des moniales 2005

Sources :

Vie-monastique.com

Site de l’Abbaye de Ligugé

Pour aller plus loin :

Qu'est-ce qu'un moine ?

la vie monastique en France, réflexion de Mgr Robert le Gall

Dans le silence sera votre salut, video sur la vie des frères de Bethléem

le monachisme orthodoxe

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