Quelles traces écrites nous restent du christianisme primitif?

En continuité avec le Nouveau Testament, les premiers écrits de la tradition chrétienne: un témoignage de toute beauté.

Que sait-on des premières communautés chrétiennes après la disparition des apôtres? Quelles traces écrites nous ont-elles laissé? Voici les principales, de la Didachè à Tertullien: un témoignage historique particulièrement émouvant, avec ici et là des pages superbes ayant traversé les siècles, et qui combleront encore le lecteur du XXIe siècle.

La Didachè ou Doctrine des douze apôtres

Ce bref écrit est le tout premier connu après ceux du Nouveau Testament. Probablement rédigé en Syrie occidentale, il est témoin d’un christianisme encore très imprégné de judaïsme. Il s’agit d’une catéchèse donnée aux futurs baptisés, suivie d’un rituel du baptême et de l’Eucharistie; nous sommes ainsi renseignés sur les pratiques de l’initiation chrétienne de l’époque.

Retenons de la Didachè cette très belle invocation, encore utilisée de nos jours: «Comme ce pain rompu, disséminé sur les montagnes, a été rassemblé pour être un, que ton Église soit ainsi rassemblée des extrémités de la terre dans ton Royaume.»

Les Odes de Salomon, une mystique nuptiale

Écrit mystérieux s’il en est — on ne connaît ni son auteur, ni sa date de rédaction, ni avec certitude le milieu dont il est issu — les Odes de Salomon sont un ensemble de poèmes mystiques de toute beauté, évoquant la relation avec le Christ en des termes qui ne sont pas sans rappeler le Cantique des cantiques :

« Je le revêts,

son corps est auprès de moi,

j’y adhère et il m’étreint.

Je n’aurais pas su aimer le Seigneur

si lui-même ne m’avait aimé le premier.

Qui peut comprendre l’amour,

si ce n’est celui qui aime ?

J’étreins l’Aimé et mon âme l’aime.»

Ignace d’Antioche: chronique d’un martyre annoncé

Ignace , évêque d’Antioche en Syrie, est arrêté vers 110, sous l’empereur Trajan, pour «délit de christianisme». Conduit à Rome pour y subir le martyre, il écrit sur sa route aux communautés rencontrées, les enseignant avec humilité: «Maintenant seulement je commence à devenir un disciple.» «Écrivain par accident, il n’écrit pas, il parle, il témoigne, il traduit l’exaltation de sa foi en mots qui éblouissent et respirent», écrit le patrologue Adalbert Hamman.

Sa lettre aux Romains brûle comme une coulée de lave: «Que me feraient les douceurs de ce monde et les empires de la terre? Il est plus beau de mourir pour le Christ Jésus que de régner jusqu’aux extrémités de l’univers. C’est lui que je cherche, qui est mort pour nous; c’est lui que je désire, qui est ressuscité pour nous! Ne livrez pas au monde ni aux séductions de la terre celui qui veut appartenir à Dieu. Laissez-moi embrasser la lumière toute pure!»

Dans le sillage d’Ignace, Polycarpe de Smyrne , Clément de Rome (un des premiers papes) nous laissent aussi des lettres denses, encore lues aujourd’hui dans la liturgie.

L’ Épitre à Diognète: les chrétiens sont au monde ce que l’âme est au corps

D’auteur inconnu, écrite vers 200, cette apologie (défense de la foi) connut un destin singulier, puisqu’elle disparut complètement de la scène, et fut retrouvée… dans les emballages d’un marchand de poisson, au XVe siècle. «Dans sa brièveté, écrit Adalbert Hamman, c’est un des plus beaux textes de l’antiquité chrétienne et en même temps un des plus actuels.»

On cite souvent le chapitre sur les chrétiens dans le monde, repris par Jean-Paul II aux Journées Mondiales de la Jeunesse de Paris en 1997 («Le poste que Dieu leur a assigné est si beau qu’il ne leur est pas permis de déserter.») D’autres nous fascinent toujours: «Qui aborde la connaissance dans la crainte, qui souhaite passionnément la vie, celui-là plante en terre d'espoir et les fruits répondent à son attente. Vienne à toi une connaissance qui se confonde avec ton cœur! Vienne à toi une parole de vérité qui soit ta vie!»

Des philosophes écrivent aux empereurs: les apologistes

Tourmenté depuis toujours par la question de la vérité, Justin , philosophe païen natif de Palestine, se convertit au christianisme en découvrant les écrits des prophètes. Dans son Apologie adressée à l’Empereur Antonin le Pieux, il tente de défendre les chrétiens contre les calomnies dont ils sont l’objet, et réclame pour eux le libre exercice de leur religion.

Particulièrement intéressante pour nous est la description des toutes premières messes. «Le jour appelé jour du soleil, tous, qu’ils habitent la ville ou la campagne, ont leurs réunions dans un même lieu…»: rencontre avec une communauté vivante, fervente et soucieuse d’entraide.

Reprenant le flambeau au tout début du IIIe siècle, le rhéteur carthaginois Tertullien , premier écrivain chrétien d’expression latine, rédigera son plaidoyer en une langue «coup de poing» que n’aurait pas reniée le moderne Léon Bloy . C’est à lui qu’on doit l’assertion désormais célèbre: «Semen est sanguis christianorum!» (Le sang [des martyrs] est semence de chrétiens.)

Les Actes des martyrs racontent le combat de ces hommes et femmes de toutes conditions mis à mort pour avoir confessé leur foi au Christ.

Très vite le discours chrétien va se structurer, gagner en rigueur et en extension, avec des théologiens du calibre d’un Irénée de Lyon , d’un Origène , pour déboucher au IVe siècle sur ce qu’on a pu appeler «l’âge d’or des Pères de l’Église»: déjà une autre histoire…

Pour poursuivre la découverte:

Sur le net on trouve une partie de ces textes: cliquer ici ou ici.

Voir aussi Naissance des lettres chrétiennes , édition Desclée de Brouwer

Les Odes de Salomon sont disponibles uniquement en version papier, entre autres aux éditions du Cerf.

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