Quand le Japon disparaitra, le monde tremblera

conséquences de la disparition du Japon. Quand un Etat laisse place au chaos. Implications Juridiques, économiques, politiques, territoriales, sécuritaires
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Un séisme, un tsunami, un risque nucléaire, qui dit mieux ?

Peut-on penser qu'il puisse y avoir pire situation. Et bien oui, la disparition pure et simple du Japon, enseveli sous les eaux. Ce serait certes l'apocalypse pour les japonais mais aussi pour le monde.

La disparition d’un Etat aussi grand que le Japon ne serait pas qu’un fait sensationnaliste, repris par les grosses productions hollywoodiennes, en vu de nous impressionner d’images grandiloquentes d’une terre qui disparait.

En effet, la disparition du Japon aurait des implications, conséquences politiques, économiques, juridiques, mais aussi sécuritaires et militaires.

Des conséquences juridiques du à un manque de clarté du droit international

Avant toute chose, il faut savoir que c’est le droit international qui détermine ce qu’est ou n’est pas un Etat. Un Etat a trois composantes indispensables pour exister, un territoire, une population, une autorité politique exerçant son autorité de manière souveraine. Dans l’histoire, souvent a été vu la disparition d’Etats au profit de la création d’autres comme l’URSS ou encore l’ex-Yougoslavie. Donc la disparition d’Etats n’est pas un fait nouveau.

Mais du point de vue du droit international, ces changements ne sont pas des disparitions au sens propre mais plutôt des successions. Ce n’est pas parce qu’un élément constitutif d’un Etat disparait, que l’Etat n’existe plus. En droit international, le concept de disparition d’Etat n’existe pas.

Or si le Japon venait à disparaitre, nous serions dans un nouveau cas de figure, jamais envisagé en droit international. Ce qui poserait un problème sur certaines questions notamment que deviendrait la population japonaise survivante ? Que deviendrait la nationalité japonaise ? Habituellement, quand un Etat disparait, le droit international prévoit que les habitants prennent la nationalité de l’Etat qui le succède. Dans le cas de disparition pure et simple, rien n’est prévu. Les japonais devraient –ils prendre la nationalité des pays qui les accueilleront ?

De plus, que deviendraient les droits de propriétés, les biens publics qui auraient pu être sauvés, les archives administratives, et bien sur les dettes publiques ? Habituellement, les Etats successeurs en héritent. Mais si l’Etat disparait, qui va rembourser les dettes que l’Etat japonais doit aux autres pays ? Là aussi, silence du droit.

La population japonaise sans Etat serait alors apatride (sans nationalité). Mais en supposant que la disparition du Japon soit prévisible et qu’une évacuation massive de population soit organisée, soit plus de 100 millions de personnes. Aurions-nous à gérer 100 millions d’apatrides ? Et qui logerait autant de population ?

La seule option serait de leur trouver une terre. Mais là encore se pose le dilemme de la vente d’un territoire. Il n’existe pas à l’heure actuelle de territoire non attribué à un Etat à part quelques kilomètres carrés situés en Antarctique. Il faudrait donc trouver un Etat qui accepte de vendre un territoire suffisamment vaste pour accueillir des millions de personnes. Ce ne sera pas chose facile.

Les conséquences politiques, mais aussi sécuritaires-militaires sans fin:

Le Japon est une des plus grandes puissances au monde, allié des Etats-Unis et surtout acteur incontournable en Asie.

La disparition du Japon redessinerait la carte politique et géographique régionale. La Chine sa plus grande concurrente pourrait prétendre à la suprématie sur toute l’Asie du Sud Est et menacer la fragile stabilité de cette région du monde, qui repose surtout sur l’antagonisme entre la Chine et le Japon.

La disparition du Japon entrainerait surtout la fin de la suprématie américaine sur la région, car celui est assis territorialement par l’Alliance Transpacifique qui existe entre le Japon et les Etats-Unis. Sans cette alliance, les américains ne pourront pas maintenir leur présence militaire.

Sans la présence militaire américaine que deviendraient certaines iles comme Taiwan ? Il ne fait nul doute que l’on pourrait s’attendre à une annexion pure et simple de cette ile par la Chine.

Il ne fait nul doute aussi que pour la Russie, la place vacante pourrait laisser s’exprimer des velléités sur la région. Notamment territoriales.

Les conséquences territoriales :

Si le Japon disparaissait, le grand espace vide remplacé par une vaste étendue d’eau, serait l’objet de renégociation entre les Etats en vue de s’approprier les mers. Les Etats surtout la Chine et la Russie s’affronteront pour se redistribuer une zone économique exclusive et s’accaparer la plus grande partie du plateau continental.

La zone économique exclusive est une zone située au delà de la mer territoriale et qui permet à l’Etat côtier d’exercer des droits souverains notamment d’exploitation. La délimitation de la zone relève du droit de la mer, notamment de la convention des nations unies sur le droit de la mer de Montego Bay de 1982. Mais le droit de la mer a toujours été l’objet d’âpres négociations entre les Etats et a parfois même tourné à l’affrontement. Or imaginez si un Etat aussi vaste que le Japon disparaissait, comment seraient réparties les zones économiques exclusives.

De plus, si le Japon disparaissait, les fonds marins seraient redessinés. Cela changerait-il le plateau continental des pays voisins notamment la Chine et la Russie. Par plateau continental, la convention de Montego Bay comprend « les fonds marins et leur sous-sol au-delà de la mer territoriale de l’Etat côtier sur toute l'étendue du prolongement naturel du territoire terrestre de cet Etat jusqu'au rebord externe de la marge continentale, ou jusqu'à 200 milles marins des lignes de base à partir desquelles est mesurée la largeur de la mer territoriale, lorsque le rebord externe de la marge continentale se trouve à une distance inférieure. ». Même si la définition de la convention est extrêmement précise, il n’empêche que la Chine et la Russie essaieront certainement de se réapproprier les fonds marins constitués par l’ancien Etat japonais.

Des conséquences économiques et pas des moindres:

Tout le monde s’inquiète de la possible disparition des Iles Tuvalu dans le Pacifique ou encore de l’ile Maurice, ce serait certes un drame humain, mais l’impact économique de leur disparition serait bien moins grave que si le Japon disparaissait.

Le Japon est une des principales économies du monde, membre du G8. Un pays d’exportation, mais surtout un partenaire économique privilégié dans des domaines de pointe. Dans le domaine des technologies avancées, le Japon est producteur de matériaux fabriqués nulle part ailleurs. Que se passerait-il si le Japon n’était plus là. Qui pourrait bénéficier des brevets ou encore de la technologie?

De plus, Beaucoup d’entreprises japonaises sont cotées en bourse et ont des filiales de par le monde engageant des milliers voir millions de personnes, surtout dans le secteur de l’automobile. Que deviendraient ces filiales et donc ses employés mais aussi l’économie qu’elles génèrent qui fait souvent vivre une région ?

Autant de questions que pose l’hypothétique disparition d’un Etat aussi important que le Japon.

Autant de questions qui n’ont des réponses simples ou tout simplement pas de réponses. En tout cas, une chose est sure, la disparition du Japon si elle devait arriver ne sera pas un détail anodin de l’Histoire.

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