Young Adult, de Jason Reitman

La romcom selon Jason Reitman

Jason Reitman n’aime pas les comédies. Après trois films ( Thank you for smoking , Juno et Up in the air ), nous n’attendons plus de lui qu’il nous fasse rire aux éclats. Rei se plaît à fai es dents, à d&e e;ranger et à bousculer le spectateur avec un humour caustique et corrosif.

Nouvelle cible ? L’ancienne reine de promo. Vingt ans après. Mavis Gary est une ancienne star du lycée, écrivaine au succès mitigé revenue dans sa ville natale pour reconquérir le cœur de son amour d’antan, marié et jeune père.

Jusque-là tous les éléments scénaristiques sont en place pour que se lance la belle comédie romantique classique. Sauf que dès les premiers plans, quelque chose ne va pas : l’appartement de Mavis est aussi gris que sa ville natale est vide, l’imprimé Hello Kitty s’effrite sur ton t-shirt informe et sale, son débit d’alcool est amoral. L’univers de Mavis sent le renfermé, la ville de son passé est stagnante et nauséabonde. On devine bien vite que Jason Reitman ricane avec les codes de la comédie romantique pour nous dépeindre autre chose.

Young Adult est en réalité une illustration scénaristique et filmique grinçante du malheur et de ses rouages, à commencer par la désillusion. Mavis était de celles qui avait tout pour réussir et qui parce qu’elle a connu la gloire adolescente, trop tôt, refuse de dépasser ce stade. Romancière en série de livres pour adolescentes, elle tourne à vide. Reitman met en scène son élan aussi désespéré qu’opiniâtre pour recréer son ultime moment de gloire, puis son ratage subconséquent. Mavis se heurte à la mouvance des êtres et des choses, la renvoyant à son incapacité à dépasser le stade « adulescent », dans lequel elle se complait. Frustrée, elle crache son venin sur ses anciens camarades qui, interdits, ne lui reflètent que son statisme.

Mavis Gary n’est donc pas une héroïne de comédie romantique mais bien une harpie entêtée à l’égoïsme crasse et nocif que Reitman se délecte à mettre en scène pour éprouver les canons du genre. Si d’ordinaire Hollywood raffole des retours aux sources et aux valeurs, c’est sans compter sur Reitman qui là encore se joue des codes cinématographiques pour proposer une nouvelle vue sur l’individu et la société américaine, sarcastique et insolente.

Comme c’était le cas dans Juno et Thank you for smoking , il se plait à faire évoluer des protagonistes borderline dans des univers particulièrement normaux pour révéler les étincelles que cela produit. C’est d’ailleurs en cela que Up in the air était plus faible que ses deux autres films : trop déconnecté, le personnage de Georges Clooney perdait en substance et en intérêt. Young adult possède cette même faiblesse. Le film se singularise cependant car il est un portrait psychologique profond, et son originalité réside dans le rapport au psychisme de l’héroïne. Sous l’impulsion de la géniale Diablo Cody –scénariste de Juno -, Reitman signe un film sur l’acte de devenir adulte, sur la difficulté de trouver sa place parmi les autres. Il adopte alors le point de vue unique de l’héroïne, véritable épicentre dont la subjectivité se propage au point de nous faire regarder les personnages de sa façon, soit avec un curieux mélange de dédain et d’envie. Le seul personnage qui se trouve épargné est un ancien amoureux transit, lui-même bloqué physiquement au stade du lycée, qui parce qu’il reste dans l’objectivité ne fait que mieux réfléchir ses névroses, identiques aux siennes. Young adult dépeint la perte totale de soi, de son self-control comme de sa personnalité, occultée par l’envie et la rage, qui opèrent comme de véritables paralysants.

Reitman signe ici son film le moins abouti car le plus émotionnel et le moins lisse, qui nous laisse un sentiment aigre sur l’histoire, son issue, sur le film lui-même, sentiment transmis par l’héroïne, dont on ne sait toujours pas si l’on doit rire ou pleurer.

Sur le même sujet