Exclusion sociale et handicap

Quand la situation de handicap est un frein à l'intégration sociale.
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L’exclusion sociale renvoie à une idée de désocialisation. Goffman utilise plutôt le concept de «stigmatisation», tandis que Paugam préfère parler de «disqualification sociale». Dans les deux cas, on comprend qu’il y a un défaut d’appartenance à la société ou à un groupe social. Les personnes porteuses d’un handicap sont particulièrement sujettes à cette exclusion sociale. Cela s’explique en partie par le fait de ne pas correspondre à une moyenne ou à une norme. Ainsi se dessine un lien entre handicap et exclusion.

Exclusion sociale

L’intégration sociale repose sur les liens qui se tissent entre les individus et sur les relations qu’ils entretiennent entre eux. Selon Barbusse et Glaymann, l’intégration sociale «génère un sentiment d’appartenance collective et la possibilité de trouver une place qui permette de vivre normalement au sein de la société». On parle alors de lien social.

Mais il arrive que ce lien social soit fragilisé ou mis en échec. On peut même parler d’exclusion sociale. Cette exclusion résulte parfois d’un choix personnel (on pense aux marginaux). Mais dans la majorité des cas, il est question d’un processus subi.

L’individu concerné n’a pas le sentiment d’appartenir à un groupe ou à la société. Il semble ne pas correspondre à certaines normes. Et c’est souvent le cas du handicap. Comment partager des normes avec d’autres membres de la société quand on n’est pas «normal»? Ce dernier terme est évidemment à prendre avec des pincettes. Il ne s’agit pas d’anormalité au sens de bizarrerie ou d’anomalie. Il est plutôt question d’un sentiment d’être différent, par opposition au sentiment d’appartenance collective. On entre là dans cette fameuse problématique qui concerne la normalité. C’est quoi être «normal»?

Norme et normalité

La normalité fait référence à la norme. Et la norme est souvent synonyme de modèle, d’idéal ou encore de règle. Rocher en propose une définition très intéressante. Il parle en effet de «règles collectives ou communes qui servent de guides ou de standards dans l'orientation de l'action». Plus généralement, la norme est à entendre comme un état, une idée, un aspect qui est partagé(e) par la majorité (voire même la totalité) des individus. Cela se fait à l’échelle de la société, d’une communauté, d’un groupe, d’un milieu, etc.

«La normalité est définie par la généralité, mais puisque les sociétés sont diverses, il est impossible de définir la généralité de manière abstraite et universelle», expliquent Montousse et coll .

De ce fait, toute personne renferme une certaine «anormalité» vis-à-vis de certaines règles et de certains usages. À titre d’exemple, on peut citer le mariage (ou le pacs) : si la plus part des couples y ont recourt, d’autres n’y adhèrent pas. On peut évoquer également le niveau intellectuel : quelques-uns sont au-dessus et d’autres au-dessous de la moyenne (QI). On peut également parler de la pauvreté, par rapport à un niveau de vie moyen. Ainsi, dans une société où la majorité des individus sont valides, les personnes handicapées ne correspondent pas à cette norme (la validité). Fereol et coll . indiquent que «les comportements et les attitudes de la personne handicapée sont décodés en fonction de cette déviance à la norme d’intégrité physique» ; ou à la norme de bonne santé et de validité, pouvons-nous ajouter.

Handicap

Globalement, le handicap est compris comme un désavantage social découlant d’une déficience ou d’une incapacité. Ce désavantage est une sorte de limite ou d’obstacle dans les tâches ou les actions courantes.

La loi du 11 février nous propose une définition très précise du handicap : « Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant ».

Plus la difficulté (ou l’impossibilité) de se conformer aux normes se fait sentir, plus le désavantage/handicap est important. Le handicap est donc une situation sociale particulière qui dépend des limites et des incapacités d’une personne dans certains domaines.

Dans le cas présent, on s’intéresse plus spécifiquement au handicap moteur et au polyhandicap, au handicap mental et aux troubles du comportement, et enfin au handicap sensoriel (auditif/visuel).

Situation de handicap et exclusion

Les considérations précédentes nous conduisent à établir une certaine corrélation entre la situation de handicap et l’exclusion sociale.

À l’heure actuelle, un intérêt grandissant est porté au handicap. Les personnes handicapées sont davantage acceptées et mieux comprises. Néanmoins, dans de nombreux cas, le rejet et l’isolement subsistent toujours. Et l’exclusion sociale persiste, malgré les efforts entrepris en faveur des personnes handicapées (lois, droits, associations, etc.).

L’exclusion concerne essentiellement les problèmes d’accessibilité. On peut alors évoquer l’inaccessibilité aux lieux publics, les difficultés d’accéder au champ professionnel ou même éducatif, les difficultés liées au logement (logement adapté au type de handicap) ou encore l’inaccessibilité à certains loisirs ou certaines pratiques (sport, activités culturelles, voyages, courses au supermarché, conduite automobile, etc.).

L’inaccessibilité ou les difficultés d’accès dans ces différents domaines privent l’individu de liens sociaux essentiels. On comprend alors le lien entre handicap et exclusion sociale. On peut même parler de déliaison sociale. «L’accès de chacun selon ses choix [à diverses pratiques] permet de briser les barrières de l’exclusion (…). Vivre en situation de grande dépendance n’abolit pas le droit de chacun à réaliser son propre projet de vie, soutenu par sa famille, ses proches et des professionnels compétents (…)», écrit Plantet. Finalement, l’accessibilité est indispensable à la construction et au maintien du lien social. C’est d’ailleurs le droit de tout un chacun d’avoir accès à tous ces éléments et donc de s’insérer socialement.

Pour conclure, nous pouvons revenir sur la notion de handicap. Nous nous devons en effet de préciser que le handicap ne se résume pas à une altération, à une déficience ou à une incapacité. Les personnes handicapées ont de nombreuses aptitudes! Et sont donc capables d’exercer des fonctions professionnelles et d’avoir un rôle social, une vie sociale. En d’autres termes, les personnes handicapées ne sont pas catégoriquement exclues, mais leur intégration sociale reste toutefois difficile et lente. Et cette intégration dépend en grande partie de l’accessibilité. Le handicap est habituellement défini comme un obstacle ou une gêne. Mais l’inaccessibilité constitue un autre obstacle, une autre gêne, venant limiter ou empêcher l’intégration sociale de la personne.

Pour en savoir plus

BARBUSSE B. & GLAYMANN D., La sociologie en fiches (2005)

FERREOL G. et coll ., Intégration et exclusion dans la société française contemporaine (1992)

GOFFMAN E., Stigmate. Les usages sociaux des handicaps (1963)

MONTOUSSE M. et coll ., 100 Fiches de lecture en économie, sociologie, histoire et géographie économiques (2008)

Loi n°2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

PAUGAM S., L’exclusion, l’état des savoirs (1996)

PLANTET J., «Le handicap, un chantier vraiment prioritaire», Lien social , n° 753 (2005)

ROCHER G., Introduction à la sociologie générale (1970)

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