Les multiples caractéristiques du vieillissement

Connaître et comprendre les processus de la sénescence.
111

En 2009, l’espérance de vie à la naissance d’un homme est de 77,8 ans, et celle d’une femme est de 84,5 ans. Notons par ailleurs que l’espérance de vie moyenne d’un individu après 60 ans est de 24,6 ans.

De manière générale, la population vit plus longtemps. Et de fait, elle vieillit. Ceci notamment grâce aux progrès de ma médecine, mais aussi aux meilleures conditions de vie.

«La vieillesse, c’est l’avenir!», dit-on. Mais qu’est-ce que vieillir? Comment décrire ce processus qu’est le vieillissement?

Vieillissement et vieillesse

Le vieillissement est à distinguer de la vieillesse. Le premier est un processus, tandis que la seconde est un état. «On pense pouvoir définir facilement la vieillesse comme la dernière période de la vie et le vieillissement comme un processus descriptible en termes de changements successifs survenant chez un individu dans un certain contexte», précise B.Fromage (2005), spécialiste de la psychologie gérontologique.

D’un point de vue psychologique, justement, le vieillissement peut être assimilé à un développement. Cela renvoie à des notions de changements, à l’idée d’un mode d’apparition de certains fonctionnements et de modifications. C’est un développement qui affecte le corps, mais aussi la personnalité ou encore la situation sociale.

Approches du vieillissement

Le modèle biologique ou physique du vieillissement est probablement le plus rependu. «La compréhension du vieillissement en tant que processus de dégradation de l’organisme revient en priorité à la biologie», explique JD.Ponci (2008). Il y aurait périodes successives au cours de l’existence: une période de croissance, une phase en palier et enfin une période de décroissance. Cette dernière période correspond à celle du vieillissement. C’est une période de transformation progressive de l’organisme liée à l’avancée en âge de l’individu.

«Le corps n’est pas seulement une réalité anatomique, mais aussi, dans une large mesure, un construit psychologique et social» (JD.Ponci, 2008). Il y a donc une approche psycho-sociale du vieillissement. La personne vieillissante est souvent fragilisée, son identité sociale est aussi atteinte. Elle a affaire à des deuils successifs ou à une restriction de ses relations sociales.

Le vieillissement différentiel

«Tous les individus d'une collectivité ne vieillissent pas au même rythme, certains prématurément relativement à la moyenne des individus de leur âge, de leur sexe et de leur collectivité, alors que d'autres au contraire présentent dans l'ensemble de meilleures performances physiologiques», précisent F.Forest & U.Forest-Streit (1980).

Il y a donc des vieillissements différents selon les individus. Le vieillissement différentiel correspondrait à ces variations qui caractérisent l’évolution des personnes dans leur avancée en âge.

Ainsi, comme le constate C.Jeager (2002), «force est de reconnaître que nous ne sommes pas égaux face au vieillissement». À cela il ajoute que «les causes de ce vieillissement différentiel sont nombreuses, et c’est la conjonction de plusieurs facteurs qui déterminera le rythme du vieillissement.»

Trois modes évolutifs de vieillissement

En 1987, JW.Rowe & RL.Kahn proposent de distinguer trois formes de vieillissement: réussi, normal et pathologique.

- Le vieillissement réussi ( successful aging ) «avec absence de pathologie et des fonctions physiologiques peu ou pas atteintes» (L. BIisson, 2005).

- Le vieillissement normal ( usual aging ): «avec des atteintes considérées comme physiologiques, liées à l’âge, mais sans pathologie bien définie» (C.Trivalle, 2004).

- Le vieillissement pathologique ( pathological aging ): «avec pathologies et/ou handicaps» (L.Bisson, 2005).

«Le vieillissement sain, en bonne santé ou avec succès, le bien-vieillir, le bon fonctionnement et le vieillissement "productif" sont autant de termes utilisés pour désigner le vieillissement réussi», indique C.Trivalle(2002).

Le «bien-vieillir»

Le concept du bien-vieillir s’érige comme un but à atteindre et interroge la manière de vivre mieux le plus longtemps possible. Cette notion a même fait l’objet de nombreuses études et que quelques rapports. En atteste le récent «plan national bien vieillir 2007-2009».

Trois conditions essentielles sont requises pour aboutir à cette expérience du bien-vieillir. Le plan national recense ces critères indispensables à l’état de bien-être dans l’avancée en âge:

«- des possibilités comportementales (motrices, cognitives, sensitives);

- un état de satisfaction psychique (optimisme, conformité entre objectifs visés et situations atteintes);

- une qualité de vie appréhendée à travers une évaluation positive des relations familiales, amicales, des activités et entreprises menées, du logement, du voisinage, des revenus…»

Un constat unanime est fait: la population vieillit. Mais l’unanimité n’est pas totale lorsqu’il est question de vieillissement.

Premièrement, ce processus sera considéré et décrit de différentes manières selon le regard porté. C’est ce que l’on appelle les approches ou les théories du vieillissement. Elles sont souvent d’ordre biologique, médical, psychologiques, social, etc.

Ensuite, il n’y a pas un vieillissement, mais des vieillissements. L’avancée en âge ne s’élabore pas et ne s’expérimente pas de la même manière chez tous les individus. De nombreuses causes expliquent ce vieillissement différentiel, comme le genre, les conditions de vie, la santé, la personnalité, etc.

Nous comprenons alors que parmi ces diversités de vieillissements, certains seront pathologiques, ou alors usuels, ou encore réussis. Le vieillissement réussi est d’ailleurs souvent prôné comme un objectif idéal, associé à l’idée du «bien vieillir». Il est question de donner et de se donner les moyens d’aborder cette dernière étape de vie en bonne santé et dans un état de bien-être psychologique et social.

Pour en savoir plus

BISSON L. (2005), Au risque de vieillir: pour une prévention de l'avancée en âge , L’Harmattan.

FOREST F. & FOREST-STREIT U. (1980), «Le concept de vieillissement différentiel: son utilisation dans les études de santé au travail», Santé mentale au Québec , vol. 5, n° 2.

FROMAGE B. (2005), «Formes du vieillir», in REINHARDT J. C. & BRUN A., Vieillesse et création , L’Harmattan.

JAEGER (de) C. (2002), Vieillir , éditions Le Cavalier bleu.

Ministère du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique: plan national «Bien vieillir», 2007-2009.

PONCI J. D. (2008), La biologie du vieillissement: Une fenêtre sur la science et sur la société , L’Harmattan.

ROWE J. W. & KAHN R. L. (1987), «Human aging: usual and successful», Science , n°237.

TRIVALLE C. (2002), Gérontologie préventive: éléments de prévention du vieillissement pathologique , Elsevier Masson.

TRIVALLE C. (2004), «Vieillissement normal: mythe ou réalité?», La revue du praticien – médecine générale, n°668-669.

Sur le même sujet