Science santé animal: toxicité des oignons (chat et chien)

La famille des Allium (ex.: oignons) est bénéfique pour la santé humaine, mais elle contient plusieurs composants toxiques pour les animaux domestiques.
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Les animaux domestiques comme les chats et les chiens sont les espèces les plus touchées par les intoxications alimentaires. Malgré de maigres recherches scientifiques faites majoritairement par des vétérinaires internationaux, il est bien connu en science que certains aliments consommés traditionnellement par l’humain peuvent être dangereux pour ces animaux et induire de lourdes répercussions sur leur santé (1).

Voici le deuxième article de cette série (voir aussi partie 1 , 3 et 4 ) présentant un rappel détaillé pour sensibiliser les propriétaires à certains poisons animaux «insoupçonnés».

Intoxication aux oignons

L’oignon ( Allium cepa ) est l'une des plus anciennes cultures. Il est riche en molécules chimiques qui sont bénéfiques pour la santé humaine, telles que des flavonoïdes et des sulfoxydes de cystéine. Bien qu’il possède des propriétés anticancérigènes, antiagrégants plaquettaires, antithrombotiques, antiasthmatiques, antidiabétiques, hypocholestérolémiantes, fibrinolytiques et antibiotiques pour l’humain (4), l’oignon contient également une bonne quantité d’éléments toxiques pour plusieurs espèces animales (chats, chiens, vaches et chevaux) qui endommagent leurs cellules sanguines (globules rouges) (5-7). De plus, l'ail, le poireau et les échalotes font partie de la même famille que l’oignon ( Allium ) et contiennent également des similitudes quant à certaines de ces molécules toxiques (1).

Mécanisme d’action de la toxicose aux oignons

Les différences inter-espèces au niveau de la quantité, de la structure et de la protection de l'hémoglobine, sont des facteurs importants dans la sensibilité à l’oignon. A cette fin, les composantes toxiques des plantes de cette famille réduisent l'activité d’une enzyme essentielle aux globules rouges (glucose-6-phosphate déshydrogénase). En ce sens, elles interfèrent directement avec la régénération du glutathion actif , nécessaire pour éviter la dénaturation oxydative de l'hémoglobine (8). L’hémoglobine dénaturée est incapable de fixer l’oxygène et précipite sur la surface des globules rouges (entraînant la formation de «corps de Heinz»). Ceci déclenche la rupture des globules rouges et une anémie sévère (9). Chez les chiens touchés, il y a augmentation de 10 fois la concentration de glutathion oxydé dans les globules rouges et un stress oxydatif toxique (7).

Dose d’oignon toxique

La consommation de 5 g d'oignons par kilo de poids corporel chez les chats, ou de 15 à 30 g/kg chez les chiens, donnent lieu à des changements hématologiques cliniques importants (1). Une intoxication à l’oignon est toujours constatée chez les animaux qui ingèrent, en une seule fois, plus de 0,5% de leurs poids corporel. Une dose relativement élevée de 600 à 800 g, soit en un seul repas ou décalée sur quelques jours, peut endommager les cellules sanguines et causer une anémie hémolytique. Toutes les formes d'oignon peuvent être problématiques, y compris celles déshydratées, crues ou cuites. De plus, les restes de table contenant des oignons cuits ou de l'ail, les restes de pizzas, les mets chinois, ou d’autres repas contenant des oignons, devraient aussi être prohibés.

Au niveau des études scientifiques, l’humain est l’espèce la plus résistante. Bien que le chien semble être l'une des espèces les plus sensibles à l’heure actuelle, les chats le sont davantage. En terminant, il est généralement admis que les moutons, les chèvres, les rats et les souris sont plus résistants à la toxicose de l’oignon que les animaux domestiques (8).

Signes cliniques

Les premiers symptômes sont généralement apparentés à la gastro-entérite: vomissements, diarrhées, douleurs abdominales, perte d'appétit, dépression et déshydratation. Il faudra quelques jours pour que le chien exhibe les symptômes associés à la perte de globules rouges: pâleur des muqueuses, la fréquence respiratoire rapide, difficulté à respirer, léthargie, urine foncée - rougeâtre ou brune, ictère, faiblesse généralisée, rythme cardiaque rapide.

Antidote

Il n'y a pas d'antidote connu à ce jour. Cependant, l'hospitalisation, l'administration intraveineuse d’électrolytes et les transfusions sanguines sont utiles. La prévention par la prise de précurseurs de glutathion comme les protéines de petit-lait non-dénaturées et thérapeutiques ou le N-acétylcystéine et/ou des antioxydants (vitamine E et vitamine C), sont recommandés pour prévenir la formation de corps de Heinz et les dommages oxydatifs (10).

Ail

Pour finir, l’ail ( Allium sativum ) est considéré moins toxique que l’oignon, chez les chiens. Une consommation modérée est tolérée.

Conclusion

L’oignon contient plusieurs familles de molécules thérapeutiques pour l’humain, qui sont en contrepartie très toxiques pour les animaux de compagnie. Des mesures préventives sont de mises afin d’éviter la contamination de ces espèces par ce végétal.

1. Kovalkovicova N, Sutiakova I, Pistl J, Sutiak V. 2009. Interdiscip Toxicol 2: 169-76

2. Cope RB, White KS, More E, Holmes K, Nair A, et al. 2006. J Vet Pharmacol Ther 29: 233-6

3. Martinez-Haro M, Mateo R, Guitart R, Soler-Rodriguez F, Perez-Lopez M, et al. 2008. Ecotoxicol Environ Saf 69: 396-402

4. Slimestad R, Fossen T, Vagen IM. 2007. J Agric Food Chem 55: 10067-80

5. Fedman BF JZ, NC Jain. 2000. Anemias associated with Heinz bodies. Baltimore: Lippincott Williams & Wilkins

6. van der Kolk JH. 2000. Vet Rec 147: 517-8

7. Yamato O, Hayashi M, Yamasaki M, Maede Y. 1998. Vet Rec 142: 216-9

8. Thrall MA. 2004. Veterinary hematology and clinical chemistry . Philadelphia: Williams & Wilkins

9. Tang X, Xia Z, Yu J. 2008. J Vet Pharmacol Ther 31: 143-9

10. Hill AS, O'Neill S, Rogers QR, Christopher MM. 2001. Am J Vet Res 62: 370-4

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