Science: vaccin efficace contre le SIDA (VIH) chez le singe

Science et immunologie: une équipe française développe un nouveau vaccin contre le SIDA (VIH) efficace chez le singe, avec des résultats prometteurs.

Une nouvelle qui fait le tour du monde: à peine publiée le 12 février dernier (2011), la nouvelle avait déjà franchi les frontières du monde entier, en quelques heures. Sachant que le virus du SIDA (HIV-1) est un tueur redoutable et utilise un moyen de contamination très populaire et désiré (la relation sexuelle), cette découverte arrive à point pour des milliers d’individus infectés. En ce sens, environ 40 millions de personnes dans le monde vivent présentement avec le VIH.

Une équipe française – un projet novateur

Le VIH est transmissible essentiellement lors d’un contact sexuel muqueuse à muqueuse. A cette fin, une équipe de chercheurs français a travaillé plusieurs années sur un projet novateur d’un vaccin destiné à éviter la transmission sexuelle du VIH. Ils ont évalué l'efficacité protectrice de ce dernier sur les sites actifs de la muqueuse vaginale chez les femelles macaques (1).

L’expérience scientifique

Cette étude est novatrice car elle consiste à induire la production d’anticorps contre le virus du SIDA au niveau des muqueuses génitales, et ce avant la multiplication logarithmique et sa dissémination dans le tissu sanguin. L’équipe de recherche tenta donc de mimer les défenses immunitaires naturelles que possèdent certains individus à combattre et empêcher le VIH de les infecter (2).

En ce sens, des singes Macaca mulatta ont été vaccinés par voies intramusculaire et par voie intranasale avec un vaccin contre le VIH-1, fait avec des antigènes des sous-unités protéiques de GP41 (protéines cachées dans l’enveloppe du virus du SIDA) et greffés sur des virosomes. Il faut savoir que les virosomes sont un moyen efficace, sûr et approuvé de délivrer des vaccins chez les humains. De plus, ils détiennent des propriétés auto-adjuvantes (stimulant immunitaire).

Résultats de l’expérience

Six mois après avoir été infectée 13 fois par le virus du SIDA du singe ((SHIV)-SF162P3), quatre des cinq animaux vaccinés ont été testés négatifs et le cinquième a été uniquement contaminé de façon transitoire. Les cinq singes sont toujours protégés contre le virus. En revanche, les 6 animaux contrôles, vaccinés avec un placebo, ont été infectés.

Un nouveau mécanisme moléculaire

En plus de ce résultat spectaculaire et encourageant pour bons nombres d’individus infectés, l’équipe française a également contredit le paradigme selon lequel des anticorps antiviraux circulants (sanguins) seraient nécessaires pour la protection contre le VIH (1). En ce sens, ils n’ont pas observé de réponse immunitaire globale systémique, mais plutôt une défense locale au niveau des muqueuses vaginales, telle qu’exhibée chez les individus naturellement protégés contre le SIDA (2).

Conclusion – limites de l’expérience

Les auteurs concluent que cette découverte est novatrice et très intéressante pour la suite des expérimentations. Toutefois, beaucoup reste à faire avant une éventuelle vaccination humaine. Quelques limites inhérentes à l’expérience: (A) l’infection avec le virus a été traumatique et non pas réalisée dans le cadre d’une relation sexuelle normale; (B) l’efficacité chez l’homme et pour des voies de transmission autres (rectum, tractus oro-uro-génital) n’a pas été démontrée; (C) quelle est la durée d’efficacité du vaccin dans le contexte de cette expérience? (1).

Il reste que, néanmoins, la nouvelle est bonne et accepté du corps scientifique international (1).

1. Bomsel M, Tudor D, Drillet AS, Alfsen A, Ganor Y, et al. Immunity

2. Wira CR, Patel MV, Ghosh M, Mukura L, Fahey JV. Am J Reprod Immunol 65: 196-211

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