Printemps arabe : A quand le Soudan?

Tunisie, Egypte, Lybie... Et pourquoi pas le Soudan ? A Khartoum, certains l'espèrent mais le président Omar el-Béchir semble bien accroché à son poste.

Omar el-Béchir semble bien installé dans son siège même s’il n’est plus aussi confortable que par le passé. Frontières menacées, mauvaise entente avec la communauté internationale, inflation, opposition politique : Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 1989, fait face à de nombreuses difficultés.

Isolé

Critiqué par la communauté internationale, le raïs est de plus en plus isolé. Les Etats-Unis considèrent toujours le Soudan comme un pays terroriste et, symbole des tensions accumulées, Omar el-Béchir a refusé, en juillet dernier, de renouveler la mission de l’Onu à Khartoum comme le demandaient les Nations Unies . Il est depuis 2010 sous le coup de deux mandats d’arrêt pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre dans la région du Darfour .

Si l’homme n’a pas l’intention de s’expliquer auprès de la communauté internationale, il doit tout de même faire face à sa population. Et pour cela, il semble préféré la force à la parole.

En septembre et en octobre, des rassemblements spontanés pour protester contre l’inflation ont été dispersées à coup de gaz lacrymogènes et de matraque. L’augmentation des prix des denrées alimentaires agace la population et affaiblit le pouvoir en place. L’inflation a ainsi atteint 21,1 % au mois d’août.

« Un kilo de viande coûte 30 (8,4€, selon le taux officiel) et parfois même 36 livres soudanaises (10€). Il y a un an, c’était 20 livres (5,6€) » a déclaré Yasser Mirgani Abdulrahmann, directeur de la Société soudanaise de protection des consommateurs à l’agence Reuters. En septembre, son organisation a appelé au boycott de certains aliments en guise de protestation.

Violence

Au sein même du parti au pouvoir, le Congrès National (NCP), des divergences apparaissent. Nafie Ali Nafie, conseiller du président, a signé un texte, en juin dernier, reconnaissant la branche nord du Mouvement de libération du peuple soudanais ( SPLM -N), proche du Sud-Soudan . La réponse d’Omar El-Béchir n’a pas traîné: le parti a été interdit. Cet été, Ibrahim Ahmed Omar, membre du bureau politique du NCP, a appellé publiquement à la fin du « dialogue de sourd » avec les partis d’opposition, demandant des « discussions claires et organisées ». Des opinions divergentes que constate Mohamed El-Mekki, professeur de Sciences politiques à l’université de Khartoum : « Le NCP n’est clairement plus un parti structuré. Pour survivre, il doit évoluer, mais ça ne semble pas être le cas pour le moment. »

D’autant plus qu’Omar el-Béchir a d’autres soucis : la violence embrase de nouveau son pays, au sud plus particulièrement. Les forces armées soudanaises y affrontent à nouveau les rebelles favorables au Sud-Soudan depuis mai dernier. Les combats ont débuté au sujet de la ville Abyei , que le Soudan et le Sud-Soudan –indépendant depuis le 9 juillet dernier- convoitent tous deux. Ils se sont ensuite propagés à l’Etat du Sud-Kordofan , puis à celui du Nil Bleu en septembre.

Bombardements, morts, réfugiés : ces régions frontalières subissent de plein fouet les tensions entre les deux Soudan.La force, plutôt que la parole. C’est aussi l’occasion, pour Omar el-Béchir, de montrer qu’il est toujours là. Et bien présent.

Maryline Dumas

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