Soudan: une opposition unie mais disparate

Au Soudan, l'opposition politique attend le printemps arabe. Elle tente de s'organiser. Tant bien que mal.

« Nous avons déjà renversé deux gouvernements en place. Alors pourquoi pas une troisième fois ? » : Il n’est pas rare d’entendre cette phrase dans les rues de Khartoum. Omar el-Béchir est affaiblit , mais qu'en est-il de l’opposition politique soudanaise ?

"Djihad civique"

Les partis ont réussi à créer une alliance, les « Forces du consensus national ». L’objectif est simple : renverser le pouvoir d’ Omar el-Béchir en place depuis 1989. Au-delà de cette étape, les projets restent très flous. Rien de plus normal, puisque tout sépare les partis membres de l’alliance.

Alors que le parti Oumma souhaite une « démocratie compatible avec le Coran » selon les propres termes de son chef Saddiq el-Mahdi , il n’en est pas question pour le parti communiste. Souad Ibrahim Ahmed, membre du comité central du parti communiste, rejette en bloc la Charia : « plus jamais ça ». Cette féministe, proche des 80 ans, évoque plutôt l’« égalité, la paix et la démocratie » comme priorités.

Cela n’empêche pas Saddiq el-Mahdi d’appeler à un « Djihad civique » contre Omar el-Béchir. Son beau-frère, Hassan al-Turabi , qui est responsable du parti du Congrès national populaire souhaite même préserver la Charia : « Elle n’a jamais été véritablement appliquée. Si c’était le cas, elle ne s’opposerait pas à un gouvernement social-démocrate avec des élections libres ». Hassan al-Turabi ne pouvait pas dire le contraire : il est lui-même l’initiateur de la Charia soudanaise .

jeunes et vieux partis

Le second problème de cette alliance : le manque de confiance de la population. « Celle-ci est frustrée, déçue par ces formations politiques », explique la psychanalyste Mayada Abdalla Swar Eldahab. La chef du parti démocratique libéral fait la distinction entre son jeune parti et les « vieux » (ceux de Saddiq el-Mahdi et de Hassan al-Turabi, ndlr) qui ont, à un moment ou à un autre, « soutenu le gouvernement en place».

« De toute façon, les mouvements en Egypte et en Tunisie ont débuté sans leader, sans organisation, remarque Mohamed El-Mekki, professeur de sciences politiques à l’université de Khartoum. Les gens peuvent descendre dans la rue à n’importe quel moment. »

Traque

Descendre dans la rue, la population l’a fait en septembre et en octobre à cause de l’inflation. Les étudiants ont aussi manifesté en début d’année 2011. Des rassemblements parfois spontanés, en tout cas mal organisés. « La police nous traque partout. Pas seulement dans la rue, mais aussi sur Internet. C’est très difficile de se réunir. Et puis quand ils nous arrêtent, ils retiennent les leaders plusieurs semaines pour nous ralentir », raconte Rachid Onour fait parti du groupe « Girifna »– « Assez » en arabe -, à l’origine des manifestations estudiantines. Depuis janvier, les jeunes n’ont pas remis les pieds dans la rue. Quand aux quelques manifestations de septembre et octobre, elles n’ont rassemblé que quelques poignées de personnes.

Si le vent du printemps arabe souffle dans les rues de Khartoum, c’est à peine s’il fait bruisser les feuilles de manguiers.

Maryline Dumas

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