Chercheur de trésor : techniques, outils, conseils

Ce jeu n'est plus réservé aux enfants, c'est désormais un loisir en vogue chez les adultes. Mais est-ce bien lucratif et qu'en dit la loi française ?
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Souvenez-vous. Jadis, armé de votre pelle et de votre râteau, vous arpentiez avec ardeur sous-bois et bacs à sable à la recherche du trésor, le seul, l'unique. Une vieille pièce trouée, un bouton de métal, une bille multicolore, le butin s'il n'était que le début d'une fortune modeste, procurait immanquablement un vif plaisir. C'est cette émotion-là que recherchent les prospecteurs qui, bien souvent, concrétisent un rêve d'enfant en se transformant le temps d'un week-end, ou de façon plus assidue, en fins limiers. Cependant, aux petites pelles ont succédé les détecteurs de métaux, et aux bacs à sable les châteaux et vieilles maisons bourgeoises.

Les chercheurs de trésor : du hobby familial à la profession reconnue

Il y a en France depuis une petite dizaine d'années une nouvelle pratique qui consiste à sillonner, GPS en main, un secteur donné afin de dénicher des caches. Celles-ci ont été précédemment placées par d'autres adeptes du jeu et contiennent de menus objets que le "trouveur" doit remplacer par d'autres de la même valeur. Une fois le trésor découvert, les Sherlock en herbe peuvent faire part de leurs trouvailles sur le site Internet consacré à ce hobby: le geocaching .

Non seulement cette chasse au trésor orchestrée au niveau mondial permet de visiter des nouveaux lieux tel le parcours proposé par Caroline Plume pour la Haute Bretagne mais offre en plus l'avantage de s'exercer à un niveau local: pratique lorsqu'on ne peut, ou ne veut, s'exiler trop loin!

Outre ces jeux de pistes ludiques, auxquels petits et grands s'adonnent avec joie, la chasse au trésor réunit désormais des adeptes qui en font parfois un second métier.

Les techniques du prospecteur pour dénicher le trésor

Loin des vacanciers qui manient le détecteur à métaux sur les plages de sable fin en espérant tomber sur le bracelet en or égaré, certains passionnés tendent à une professionnalisation de l'activité. Pour ce faire, ils s'équipent d'un matériel de qualité coûteux (détecteurs de métaux, radars de sol, caméras fibroscopiques ...) et procèdent à un véritable travail de détective en amont des fouilles qu'ils effectuent chez les particuliers.

Visites chez le notaire pour récolter des informations sur les anciens propriétaires, épluchage d'archives pour confirmer une légende, repères de signes sur les vieilles poutres pour marquer l'emplacement de la planque, les Indiana Jones des temps modernes mènent l'enquête à l'oeil mais aussi au flair. Selon les chasseurs de trésors professionnels, l'expérience prouverait que les caves souterraines et les jardins offraient des cachettes de prédilection pour protéger un butin en cas de pillages ou d'incendies. Les cheminées abriteraient également nombre de secrets derrière leurs plaques de fonte, le feu empêchant l'accès au magot quand il brûlait dans l'âtre.

Afin de prospecter le plus efficacement possible, le traqueur de trésor commence par dégager les murs et les objets métalliques qui pourraient perturber le détecteur puis, mètre carré par mètre carré, passe le secteur au crible. Lorsque résonne le bip tant espéré, l'émotion est palpable, autant pour le professionnel que pour le propriétaire des lieux. Des coups de pioche, l'apparition d'une poignée, d'une boîte, le suspens est insoutenable. Plus que la richesse détenue dans l'un de ces coffres c'est la magie d'un tel moment que les prospecteurs recherchent. Un vieux chiffon dévoile ses napoléons d'or, un journal libère des factures gardées jalousement des décennies durant, une page d'histoire se tourne à l'instant crucial de la découverte.

«C'est le désir de percer le mystère de l'objet qui anime ces passionnés, plus que l'appât du gain, précise Didier Audinot, auteur du Dictionnaire des trésors. Ils sont, avant tout, des fous d'aventure et de grands lecteurs de Maurice Leblanc!». Cette thèse se vérifie quand on sait que 99 % des objets trouvés à l'aide de la détection relèvent de simple ferraille, comme des clous ou des capsules de canettes. Ce qui n'entame pas le plaisir de recherche des prospecteurs amateurs.

Une loi nébuleuse : de la détection de loisir au pillage archéologique

Si bien souvent le pactole se résume à une portion congrue de vieille monnaie, il arrive parfois que le fabuleux trésor se dissimule dans un pot en terre cuite, à quelques dizaines de centimètres sous terre. C'est ainsi qu'un retraité féru de numismatique découvrit à l'aide de son détecteur 220 pièces d'or datant du XVIIe siècle dans une forêt d'Amiens.

En allant déclarer sa trouvaille, l'homme tomba sous le coup de la loi de 1989 qui stipule que le trésor est "toute chose cachée ou enfouie sur laquelle personne ne peut justifier sa propriété et qui est découverte par le pur effet du hasard" et non avec l'aide d'un détecteur à métaux. Réduit à assister à la mise aux enchères des pièces qui se vendirent 1000 euros chacune et qui rapportèrent 600 000 euros à la commune, le "pilleur" repartit quant à lui avec un casier judiciaire et des frais de procès s'élevant à 9000 euros.

«La loi est tellement rigide qu'elle revient à soupçonner systématiquement les prospecteurs de pillage, même lorsqu'ils tombent sur des objets historiques par hasard!» déplore Alain Cloarec dans les colonnes de L'Express . Dès lors on peut se demander, à quand une loi permettant la collaboration entre détecteurs et archéologues , comme c'est déjà le cas en Grande-Bretagne ?

A savoir

  • Un prospecteur perçoit 25 à 40% du butin trouvé dans une propriété sur laquelle il a été appelé
  • Il faut compter 3000 euros d'investissement pour un matériel de prospecteur professionnel
  • Il faut 2 à 3 mois pour apprivoiser un détecteur à métaux, la patience est de rigueur!
  • Un détecteur à métaux de base, tel le ACE 150, coûte environ 200 euros

A voir

A lire

Comment ils ont trouvé un trésor, par Alain Cloarec, édité chez Le Cherche-Midi

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