Dès potron-minet : origines, synonymes et significations

Une expression littéraire qui, de "poitron-jacquet" en ancien français à "potron-minet" dès le XIXe siècle, nous dévoile les mystères de son sens caché.
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Il est de ces expressions qui, bien qu’incomprises dans leur signification purement étymologique, sont utilisées par tout un chacun. Transmises oralement de génération en génération, elles s’inscrivent dans un langage qui à l’écrit comme à l’oral les façonne et les transforme selon l’époque et la société qui les emploient. La locution "potron-minet" vous emmène au XVIIe siècle et vous invite dès lors à une promenade linguistique où chats, écureuils et patrons jalonneront votre chemin de bon matin, la croupe au vent.

Potron-minet : ça veut dire quoi ?

On dit de quelqu’un qui travaille aux aurores qu’il est actif "dès potron-minet". Les synonymes de cette locution adverbiale sont donc: dès l’aube, dès le lever du jour, aux aurores, très tôt, au point du jour, de bon matin…

L’accolement de ces deux mots pour évoquer le début du jour revêt un sens pour le moins opaque quand on en ignore l’origine, et pourtant, cette locution utilisée comme adverbe de temps est toujours couramment employée.

De nos jours l’expression mal comprise – "potron" n’existant plus que dans cette locution- donne lieu à toutes les déformations possibles ; d’aucuns parlent de "poltron-minet", tandis que d’autres se fendent d’un "dès patron-minet". Si les supérieurs un tant soit peu coquets n’ont rien à voir dans cette histoire, il est bien question de chats. Poltrons? Que nenni. Ici, on parle de leur derrière.

Lumière sur potron-minet : origines et évolution de l’ancien français au français moderne

"Potron" nous vient de l’ancien français poitron , issu lui-même du latin vulgaire posterio qui signifie "arrière-train". Bien que le "minet" évoque le chat, il faut savoir que l’expression de prime abord employée sous la forme "poitron-jacquet" désignait au XVIIe siècle le derrière de l’écureuil, "jacquet" signifiant écureuil dans le dialecte normand.

Au XIXe siècle, la queue de l’écureuil est remplacée par celle du chat. Pourquoi? Dans sa vidéo tirée de l’émission "Merci Professeur!", le linguiste et spécialiste Bernard Cerquiglini explique que la substitution s’est faite à une époque où le monde citadin l’emporte sur celui de la campagne.

Loin des badauds errant dans les champs au lever du soleil, la population porte désormais son regard sur l’animal de compagnie, tel le chat qui apparaît sur le pas de la porte au point du jour, revenant probablement de sa chasse nocturne, et donc réputé comme matinal.

Dès le paître-minet, dès patron-minet, dès le réveil-minet… une expression galvaudée

Le Littré et autres dictionnaires datant du XIXe siècle consignent l’expression "dès patron-minet" qui, selon Sophie Piron , professeure au département de linguistique à l'Université du Québec à Montréal, résulte d’une condamnation morale ou d’une incompréhension de la société. "Le sens de postérieur étant soit condamné, soit incompris, potron été remplacé par patron qui se rapproche du verbe paître conférant ainsi à l’expression un peu plus de bienséance… mais pas forcément de logique" (Chronique « Sur le bout de la langue », Journal UQAM , volume 37, numéro 8, édition du 10 janvier 2011, p. 5.).

Le sens de paître-minet ou patron-minet équivaudrait alors à "dès qu’apparaît le chat, dès que va paître l’écureuil". Si la référence temporelle est toujours la même, le sens de l’expression est galvaudée et suscite désormais toutes les conjectures. Du patron qui garde l’œil toujours ouvert à l’analogie ironique avec l’orifice anal, la locution appelle toutes les altérations, les jeux de mots des écrivains qui s’en donnent particulièrement à cœur joie et dont on peut retrouver les formes utilisées sur Wikipedia .

Potron-minet et Honoré de Balzac : expressions et fantaisies littéraires

Ainsi, cet échange truculent entre Madame Vauquer et Sylvie, sa domestique, dans le Père Goriot qu’Honoré de Balzac publie en 1834: "Bah ! Vos pensionnaires avaient bien le diable au corps ; ils ont tous décanillé dès le patron-jacquette. Parle donc bien, Sylvie, reprit madame Vauquer : on dit le patron-minette".

Pas plus l’une que l’autre ne cite bien entendu la formule consacrée- ici féminisée- que l’on ne retrouvera dans les dictionnaires qu’à partir du XXe siècle, époque à laquelle les études de la langue française peuvent enfin s’affranchir du dogme de la morale et de la bienséance.

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