Histoire et évolution de la mode du XVIIIe au XXe siècle

L'Histoire a connu sa Révolution, depuis le siècle des Lumières jusqu'à aujourd'hui, le vêtement et la mode, eux, en ont connu plusieurs !

Des robes somptueuses et encombrantes du XVIIIe siècle au petit tailleur noir signé Chanel , la mode vestimentaire se fait l'écho de l'Histoire et dès le XXe siècle tente le pari fou de l'anticiper. Conventions et traditions sont mises au placard : c'est désormais Madame qui porte la culotte !

Plumes de paon, d'autruche, de coq, d'oie, de vautour, de faisan, de geai...

Au XVIIIe siècle, les coiffures continuent de peser lourd sur les épaules de nos aristocrates. "Les têtes des élégantes était une mappemonde, une prairie, un combat naval. Elles allaient d'imaginations en imaginations et d'extravagances en extravagances, du porc-épic au berceau d'amour , du pouf à la puce au casque anglais , du chien couchant à la Circassienne , des baigneuses à la frivolité au bonnet à la candeur , de la queue en flambeau d'amour à la corne d'abondance . [...] La Reine se jette dans cette mode." racontent Edmond et Jules Goncourt dans Histoire de Marie-Antoinette en 1858.

Dans un frou-frou de jupes à paniers, de corsets, de jabots, de justaucorps...

Le Siècle des Lumières se passionne pour l'Orient et la mode profite de cette nouvelle curiosité que l'on retrouvera plus tard chez Poiret. Les motifs indiens rapportés des colonies ornent le vêtement qui se la joue "gonflé" ! Le panier en forme de cloche soulève en effet les jupes de ces dames tandis que le corsage perd de la hauteur pour le plus grand plaisir de ces messieurs dont le cou se pare d'un jabot, ancêtre de la cravate.

La Révolution fait souffler un vent de simplicité et de liberté jusque dans l'habit qui se veut alors champêtre et fluide. On s'inspire désormais de la campagne anglaise dont les dandys représentent le summum de l'élégance. De 1845 à 1869, la crinoline fait son retour en hommage à Marie-Antoinette par le biais de l'impératrice Eugénie.

L'essor de la couture

La profession se banalise au XIXe siècle. Les couturières dont l'autorisation de fabriquer des vêtements ne date que de 1675, grâce à un édit de Louis XIV qui enlève l'exclusivité de ce métier aux hommes, font alors concurrence aux maîtres tailleurs et aux fripiers du petit peuple. La confection aidée de l'invention de la machine à coudre par Barthélémy Thimonnier en 1830 fait vivre 30 000 modélistes en France.

Avec la révolution industrielle, les techniques du textile se développent de sorte que le vêtement coûte moins cher. L'homme s'habille d'un pantalon, d'une veste longue et d'une chemise à col amovible tandis que la femme revêt une jupe et un corsage bouffant. Cette sobriété du vêtement s'égaye avec l'apparition des premiers grands magasins comme A la Belle Jardinière ou Le Bon Marché qui permettent de bien se vêtir pour peu cher. La profession vestimentaire se scinde en deux branches dès 1910 : la confection qui renouvelle le linge de la clientèle et la haute-couture taillée pour l'élite.

Worth, Doucet, Poiret, les premiers grands couturiers

En œuvrant pour l'impératrice Eugénie, le jeune vendeur de tissus qu'est Charles Frederic Worth se constitue une clientèle de plus en plus large. Son talent charme tant que le "tyran de la mode" ouvre une boutique au 7, rue de la Paix. On lui doit entre autres le premier raccourcissement de la jupe et l'apposition de la griffe sur modèles.

Enfant de la balle, Jacques Doucet est un esthète qui s'inspire des artistes. Plutôt que de penser une collection selon la saison, il se base sur le physique de sa cliente, son teint, la couleur de ses cheveux... Avec Doucet, le vêtement se fait aérien, tout de voile, de dentelles et de mousseline.

Employé de Worth et Doucet, Paul Poiret ouvre sa maison quelques années plus tard et révolutionne la mode en libérant la femme de son corset . Hommes d'affaires à l'esprit novateur, il crée un parfum, exporte ses défilés dans toute l'Europe et se fait aider d'artistes pour dessiner ses tissus d'inspiration orientale.

Les femmes stylistes : Jeanne Lanvin, Madeleine Vionnet, Coco Chanel

Ancienne modiste, Jeanne Lanvin est la première à ouvrir un rayon masculin dans sa boutique "Monsieur Lanvin" et lance une couleur qui s'inspire des vitraux du Moyen-Age, le "bleu Lanvin". Ses créations se caractérisent par leur élégance et le raffinement des broderies, notamment pour les robes du soir.

La "géomètre de la couture" qu'est Madeleine Vionnet n'a de cesse que d'enrouler et tordre le tissu pour obtenir le biais parfait du drapé des statues antiques. Ces robes sont portées par des femmes audacieuses à même la peau.

L'inventrice de la petite robe noire révolutionne la mode féminine dans les années 20. La femme " Coco Chanel " porte les cheveux à la garçonne, coiffée d'un béret basque, vêtue d'une robe simple et droite. Dans les années 50, son petit tailleur lui vaut une réputation d'ordre international.

Si Christian Dior allonge la jupe, les zazous la raccourcissent !

Avec la crise de 1929, on assiste au taylorisme qui permet d'augmenter la production sur un même modèle. Une production freinée par la Seconde guerre mondiale qui pousse à l'imagination et au recyclage : d'un rideau on fait une robe du soir, d'un vieux feutre un chapeau décoré de voiles de mariée. Qui dit restrictions dit minceur, la mode est aux tailles étroites et aux tailleurs épurés Pierre Cardin.

En réaction à ces temps d'économie, Christian Dior utilise dès 1947 le tissu à profusion, rallongeant la jupe à 30 cm du sol. Mais les zazous eux ne l'entendent pas de cette oreille. La jeunesse veut swinguer dans des vestes à carreaux et des jupes ultracourtes ! 1947 c'est aussi l'année du " prêt-à-porter ", terme qui désigne un ensemble de vêtements réalisés à différentes tailles pour un prix modéré. Les marques comme Cacharel ou Calvin Klein émergent tandis que des magazines de mode ( Elle, Vogue, Marie-Claire ...) en font la promotion.

Le vêtement ne traduit plus qu'un rang social, il se fait moyen d'expression tels les Hippies et leurs habits à fleurs en hommage à la nature. Il se fait aussi révolutionnaire avec l'utilisation de nouvelles fibres à la fin du XXe siècle. Les tissus aux propriétés phosphorescentes de José Lévy, les "thermochromés" qui changent de couleur selon la température nous disent une chose : la mode n'a pas fini de nous surprendre !

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