La guerrilla gardening, du jardinage sauvage en pleine ville

Qui sont les guerrilla gardeners ? D'où vient ce mouvement de rébellion qui tend à végétaliser l'espace urbain dans un but d'embellissement et de partage ?
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Planter, semer, cultiver : voilà les armes de ces terroristes pacifistes qui luttent, fleur au fusil, contre le capitalisme et le règne sans partage du béton. Bénévoles, animés des mêmes convictions écologiques, les partisans de la guérilla jardinière sont avant tout des amoureux de la nature qui souhaitent embellir l'espace urbain pour une meilleure qualité de vie. Bombes végétales en main, ils arpentent rues et quartiers avec l'espoir que de ces vertes explosions germe un nouvel idéal de vie basé sur le partage de la terre et de ses richesses.

Les guerrilla gardeners : ouvriers d'un environnement tourné vers la biodiversité

" Tôt ou tard nous nous manifesterons dans votre quartier ", nous avertit d'entrée de jeu le site guerrilla-gardening-france . La menace sortie de son contexte pourrait en faire trembler plus d'un. Pourtant, au vu de la propagation de ces groupes de soldats écolos dans toutes les grandes villes françaises bénéficiant de la complicité passive et bienveillante des passants comme il est rapporté ici lors d'une action à Paris, avenue Simon Bolivar, il apparaît clairement que la perspective d'une ville reverdie séduit nombre de ses habitants.

C'est cet esprit collectif que revendique le mouvement à l'instar de ce témoignage d'un adepte de Vancouver relayé sur le site officiel de la guerrilla gardening en France . " Il y a des professeurs d'université, des ingénieurs et des docteurs, des gens de toutes les classes sociales. Ce qui les réunit, c'est l'amour du jardinage et le désir de le sortir de leur terrain [...] Tout le monde peut devenir un guérillero, c'est l'autonomie en vert ", précise-t-il en soulignant l'absence de toute hiérarchie au sein de l'organisation.

La guerrilla gardening entre art, militantisme et moisson collective

Il serait réducteur de limiter la guérilla horticole à sa dimension écologique et politique. Certes, les activistes du retour aux sources partagent le vœu d'une cité où le béton serait noyé dans une mer d'arbres et de fleurs, où le gris s'éclairerait d'un beau vert tendre et où les immeubles jouiraient de jardins collectifs, mais des enjeux économiques et artistiques sont aussi avancés par les prêcheurs bêcheurs.

La journaliste Cécile Cassier, dans son article intitulé : " L'horticulture urbaine pour relever les défis de l'explosion urbaine", paru le 30 septembre 2010 sur Univers-nature.com , évoque l'intérêt des dirigeants des pays peu développés pour l'apprentissage et l'essor de l'agriculture et de l'horticulture en milieu citadin. Elle ajoute en effet que "selon la FAO(1), d'ici 2025, plus de la moitié de la population du monde en développement, estimée à 3,5 milliards d'habitants, vivra dans les villes. "

L'éducation des enfants aux techniques horticoles et une politique urbaine tournée vers la "ville verte", agrémentée de potagers communautaires, offriraient dès lors les moyens de lutter contre la malnutrition. Cependant, cette alternative à la pauvreté est freinée par le diktat de la propriété terrienne qui va justement à l'encontre des valeurs véhiculées par la guerrilla gardening, à savoir le partage équitable des terres et des récoltes qui pallierait ainsi à la distribution inégale des ressources.

D'un point de vue artistique, enfin, les guérilleros militeraient à coup de pioche et de binette pour la liberté d'expression et la décoration des façades urbaines, égayées de pancartes publicitaires ou d'inscriptions à la peinture aérosol. Leurs affiches ? Des messages écrits à l'aide de fleurs dont la disposition esquisse les lettres d'un ou plusieurs mots souvent en rapport avec la philosophie de la guerrilla gardening. Leurs graffitis ? Des tags faits de mousse qui dessinent au mur un cœur, un soleil, un tournesol et qu'ils collent à l'aide de produits bios tels que la farine, le sucre, l'eau, le lombricompost...

L'art végétal, s'il présente des inconvénients en terme de durée, présente d'ailleurs une caractéristique intéressante qui est celle de la sollicitation des sens de la vue, du toucher et de l'odorat...

Comment devenir un guérillero vert ?

C'est bien souvent par le biais des réseaux sociaux et des sites, blogs, forums de guérilla jardinière dont disposent déjà plusieurs villes comme les Robins des graines de Lyon ou les Saprophytes de Lille que germe l'idée d'une action collective comme le montre ici un reportage du JT de France 3.

Chacun vient muni de ses "greenades" (sacs de graines, terreau, fleurs, plantes...) pour décorer un interstice entre deux pavés, un lampadaire, un panneau de signalisation ou des endroits quasi-inaccessibles que les plus agiles atteignent parfois en lançant leur projectile naturel du haut d'un mur.

Si les soldats en herbe agissent souvent en groupe restreint pour un raid plus efficace, le militantisme écolo réside aussi dans le fait d'enterrer son noyau d'abricot lors d'une promenade dans son quartier ou de semer quelques graines de narcisse au détour d'une rue.

Les racines historiques de la guerrilla gardening

Bien que le terme de guérillero nous vient d'Espagne et signifie "petite guerre", c'est dans le terreau de l'Angleterre que l'on trouve les premières graines de la rébellion buissonnière. Déjà, au XVIIe siècle, tandis que sévissait la famine, les Diggers (les Bêcheurs) défiaient l'autorité gouvernementale en cultivant sans l'accord de leurs propriétaires les terres laissées en friche.

La première manifestation de guerrilla gardening selon la forme qu'on lui connaît a lieu en 1969 aux Etats-Unis lorsque des étudiants de l'université de Berkeley en Californie occupent une partie de leur parc en attente de chantier pour restituer au People's Park son charme naturel. Ronald Reagan les qualifie de "sympathisants communistes" et de "déviants sexuels" avant de les éjecter à coup de chevrotines.

Le terme de "guerrilla gardening" apparaît en 1973 avec l'artiste Liz Christy qui, après un an d'un dur labeur, transforme un terrain abandonné en jardin communautaire.

En France, au mois d'octobre 1995, une protestation contre des démolitions conduit l'association Rennes jardin à planter des arbres sur l'emplacement d'une maison détruite. Si la municipalité voit d'abord d'un mauvais œil cet envahissement de l'espace public, une convention est finalement signée et aboutit à l'opération "Embellissons nos murs" en 2004.

Cette même année, le britannique Richard Reynolds crée le site international Guerilla-Gardening.org , assurant ainsi la croissance mondiale d'une cause écologique, politique, économique et artistique.

(1)FAO : Food and Agriculture Organization of the United Nations

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