La machine à écrire : invention et histoire d'un objet culte

Outil d'écriture devenu objet de collection, l'ancêtre du clavier d'ordinateur a connu bien des évolutions avant de revêtir la forme qu'on lui connaît.
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Constellée d'une myriade de touches, la machine à écrire est à l'écrivain ce que le piano est au musicien. La mélodie de ses notes s'imprime sur les feuilles blanches qui s'enroulent de haut en bas au rythme de la musique de frappe. Yost, Olivetti, Rooy, Olympia, Underwood, Remington, Victor... Ses noms comme ses livrées se déclinent à l'infini mais l'instrument d'écriture garde depuis le XIXe siècle ses principales caractéristiques : un rouleau, un ruban encreur, un chariot mobile, un clavier de touches dont les caractères martelés par des barres sur une feuille permet au scripteur de gagner en vitesse et lisibilité.

Henry Mill et l'invention de la machine à écrire en 1714

Le souci de diffuser et de partager le savoir écrit que ce soit via les papyrus égyptiens ou les parchemins sur lesquels s'escrimaient les moines copistes d'Occident, a toujours poussé l'homme à plus d'ingéniosité et de perfectionnement dans les techniques de retranscription.

"L'usage continuel de la plume épuise le corps et l'esprit (...) Avec la machine à écrire, on écrit trois fois plus vite qu'avec la plume et sans ressentir la moindre fatigue", affirme-t-on fièrement dans le catalogue " Machine à écrire Remington " de 1890.

C'est vers cet objectif que tendait déjà l'ingénieur anglais Henry Mill en déposant, dès 1714, un brevet pour une "machine à transcrire les lettres". Malgré l'utilité évidente et unanimement reconnue de l'invention, il faut attendre la révolution industrielle du XIXe siècle pour que la machine à écrire trouve sa place dans une société où la rapidité de communication prime sur la beauté gracile de la plume.

Premiers modèles : la machine à écrire au coeur de la révolution industrielle

A la Writing-ball du pasteur Rasmus Malling-Hansen conçue en 1870 pour faciliter la communication des sourds et muets puis de celle des aveugles, et aux machines à cadran utilisées par les particuliers notamment pour réaliser leurs précieux cartons d'invitation, succède "la première machine à écrire vraiment performante du monde" dont le coût de fabrication ruine ses inventeurs.

Le brevet de Christopher Latham Sholes, Carlos Glidden et Samuel Soulé est finalement racheté et c'est le fabricant d’armes Philo Remington, désoeuvré depuis la fin de la guerre de Sécession, qui relance la production en 1873. D'abord montée sur une table de machine à coudre dont la pédale actionnait le retour du chariot, la machine à écrire se libère de son carcan au profit d'un levier de transport et d'un clavier dont la disposition des lettres change selon la marque de fabrique.

Ce serait à y perdre ses doigts si le jeu de concurrence entre les différentes firmes ne poussait au perfectionnement de la mécanique qui permet bientôt sauts de lignes, écriture en caractères minuscules et autres virtuosités, contribuant dès lors au succès grandissant de la machine à écrire qui joue de ses touches en France à partir de 1883.

A la fin du XIXe siècle, la machine à écrire prend la forme qu'on lui connaît et les bureaux des entreprises commencent à résonner des balbutiements des lettres mécaniques sous les doigts agiles des sténo-dactylographes, lesquels goûtent au privilège de voir ce qu'ils tapent- c'est ce que l'on appelle la machine à écrire visible- dès 1893.

XXe siècle : de l'art de la dactylographie aux machines à écrire électriques

A deux puis dix doigts, les dactylographes solidement entraînés redoublent de dextérité, notamment dans le cadre de concours , pour battre des records de vitesse malgré la résistance de la touche qui s'enfonce dans les claviers mécaniques.

Afin de gagner en efficacité, des claviers sont définis en prenant en compte la fatigue musculaire puis les techniques de frappe des dactylos. Si les pays de langue anglaise adoptent le clavier «universel» QWERTYUIOP, ceux de langue française optent pour le clavier AZERTYUIOP toujours en vigueur au XXIe siècle.

L'apparition des premières machines à écrire fonctionnant à l'électricité à partir de 1914 contribue à cet effort de rendement. Les tiges des corbeilles qui viennent marteler la feuille coincée dans le rouleau laissent place à l’écran du traitement de texte dès les années 70, le ruban carbone remplace le ruban encreur auquel s’adjoint le ruban correcteur.

Dans leurs livrées de toutes les couleurs, les fidèles servantes de l’écriture séduisent mécascriptophiles et nombre d’auteurs qui, malgré l’ère de l’informatique, continuent d’y retranscrire leurs textes à l’instar de Danielle Steel qui tape ses romans sur sa vieille Olympia.

C'est en 2011 que la dernière fabrique de machines à écrire, située à Bombay, ferme ses portes et tourne définitivement la page d'un objet qui aura traversé trois siècles avant de s'incliner face au règne grandissant des claviers d'ordinateur et logiciels de traitement de texte.

Sources :

Musée des arts et métiers, les carnets

un mécascriptophile : pierremarandet

archivesnationales.culture.gouv.fr

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