Langage : les expressions parties d'un quiproquo, d'une moquerie

Faire des pataquès, être dans la dèche, une vérité de La Palice, d'où viennent ces expressions populaires ? Origines, significations et anecdotes.
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C'est parfois dans des circonstances insolites, dans des situations cocasses, que les traits d'esprit de nos ancêtres prennent une brillante tournure et donnent vie sans le savoir alors à ces mots qui jalonnent désormais notre langage, notre culture. Focus sur trois expressions qui, si elles s'affirment comme de purs délices de notre verve, jouissent d'origines tout aussi délectables.

Faire des pataquès : anecdote, signification

L'action se passe au XIXe siècle. Un soir, dans une loge de théâtre, un jeune homme se retrouve en compagnie de deux donzelles maniérées qui affectent de parler le beau langage en insistant sur les liaisons. Voyant un éventail au sol, le dandy s'en empare et interroge :

"- Madame, cet éventail est-il à vous ?

- Il n'est point-z-à moi, répond la première.

- Est-il à vous ?

- Il n'est pas-t-à moi, riposte la deuxième.

- Il n'est point-z-à vous, il n'est pas-t-à vous, mais alors, je ne sais pas à qu'est-ce !"

Si Gilles Henry rapporte cette anecdote dans son Petit Dictionnaire des expressions nées de l'Histoire , il avoue néanmoins ne pas être certain de son authenticité. On peut aussi se poser la question de la faute sur le pronom interrogatif "à qui est-ce" et non à "qu'est-ce", à moins qu'elle ne soit voulue pour accentuer l'ironie de la saillie.

Par extension, faire des pataquès c'est commettre des erreurs de langage assez grossières, notamment des fautes de liaison comme "j'aime les-z-haricots" ou "j'admire les grands-z-héros". Ces gaffes de prononciation s'étendent ensuite à un discours que l'on juge inintelligible. Le pataquès devient synonyme de "baragouin, galimatias, charabia". Par analogie, on parle de pataquès pour désigner une faute de tact, une action maladroite.

L'expression "en faire tout un pataquès" signifie également "en faire toute une histoire", "faire une montagne de peu de choses" avec très certainement pour origine l'agacement de celui qui est pris en faute... de liaison.

La chanson "Malbrough s'en va-t-en guerre" s'enrichit d'un florilège de pataquès dans le but de se moquer ouvertement du général et duc de Malbrough qui n'avait eu de cesse de se battre contre la France et que l'on supposait mort au moment de l'écriture des paroles que vous pouvez lire ici .

Etre dans la dèche : étymologie et origines multiples

Le mot appartenant à l'argot des prisonniers désignait en 1846 l'échec, la perte, avant de s'étendre au dénuement matériel. Il serait une abréviation de "déchoir, déchu ou déchéance" pour désigner la misère pécuniaire.

Une origine plus cocasse raconte que l'expression "être dans la dèche" pour signifier "être dans une gêne passagère" serait née d'une erreur de prononciation ou d'interprétation au XIXe siècle.

La scène se passe au Cirque-Olympique de Paris où un comédien amateur allemand donne la réplique pour la première fois à un faux Napoléon qui le tance vertement. Tandis qu'il s'exclame "Quelle déception mon Empereur!", le public trompé par son accent entend "Quelle dèche mon Empereur!" et d'applaudir aussitôt à ce qu'il admire comme une invention de l'auteur.

Une vérité de La Palice : origines historiques et ironie du sort

On pourrait croire que Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice , s'illustra pour ses truismes confinant au ridicule. Or, ce noble et militaire français s'est surtout distingué pour ses hauts faits d'armes. Après avoir combattu comme capitaine lors des guerres d'Italie, après avoir survécu aux batailles de Fornoue, Ravenne, et Marignan, il se fait finalement abattre d'un coup d'arquebusade sur le champ de bataille de Pavie. Afin de lui rendre hommage, ses soldats lui écrivent une chanson.

Et c'est du vers "Un quart d'heure avant sa mort, il faisait encore envie" que le quiproquo jaillit dans toute sa splendeur. D'aucuns disent que ceux qui entendirent la chanson comprirent "en vie". Au lieu de le couvrir de bravoure, l'éloge attache au pauvre seigneur de La Palice une réputation d'homme niais qui, depuis son éternel tombeau, pourrait se dire "Heureusement que le ridicule ne tue pas".

Une autre hypothèse attribue la fâcheuse interprétation à l'académicien Bernard de La Monnoye qui en recopiant au XVIIe siècle la célèbre chanson y aurait glissé volontairement la légendaire coquille. On lui doit notamment cette strophe passée à la postérité :

"Il mourut le vendredi,

Le dernier jour de son âge ;

S'il fût mort le samedi,

Il eût vécu davantage."

Une "vérité de La Palice" ou "lapalissade" désigne depuis lors une affirmation d'une évidence doublement marquée, assortie d'une connotation péjorative. D'un jeu de mots qui ne reprenait en rien ses paroles, voilà donc la réputation de notre homme de guerre faite.

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