Le Titanic, lieu de toutes les légendes et superstitions

Quelles croyances et superstitions entourent le mythe du Titanic? Comment un seul bateau peut-il être l'objet d'autant de prémonitions et de malchance?
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Le Titanic , paquebot de légende , a suscité une telle passion qu'il n'est pas toujours évident de démêler le vrai du faux dans les circonstances qui l'ont précipité au fond de l'Atlantique. Justice divine pour les uns, accident prévisible pour les autres, le naufrage du plus grand navire jamais construit en ce début de XXe siècle continue de tanguer entre mythe et réalité.

"Dieu lui-même ne pourrait pas couler ce navire"

Cette phrase passée à la postérité et que l'on attribue tour à tour à un constructeur du paquebot ou à un steward voulant rassurer une passagère présente ceci d'intéressant qu'elle place le Titanic au-dessus du Créateur suprême.

Or, en ce début de XXe siècle, la religion tient une place prépondérante au sein de la société et la superstition populaire ne tarde pas à voir d'un mauvais oeil l'édification de ce navire défiant les lois divines.

De fait, la légende, rapportée par Gérard Piouffre, écrivain et historien, dans son ouvrage Le Titanic ne répond plus , veut que les ouvriers irlandais catholiques aient cessé momentanément le travail en s'apercevant que le numéro de coque du Titanic "390904" écrit à la hâte et lu dans un miroir donnait ce qu'ils considéraient comme une terrible malédiction: "No pope" (pas de pape).

Prédictions et présages annonçant le naufrage du Titanic

Si on considère la longue liste de malédictions autour du Titanic , tout porte à croire que le bateau était destiné à s'abîmer dans les flots sous la foudre de la justice divine. Or, il convient de constater que nombre de ces témoignages évoquent plus particulièrement la peur de l'eau à l'instar de la mère de famille nombreuse Annie Sage qui avait déjà failli perdre une de ses filles, tombée quelques années plus tôt au fond d'un puits.

Le fait de remettre son album de famille avant le voyage à un ami en lui disant qu'elle ne souhaitait pas que ses précieuses photographies servent de nourriture à poisson découlait-il vraiment d'une vision ou d'une phobie légitime de l'élément aquatique?

Une question se pose en outre: comment toutes ces personnes persuadées d'embarquer pour leur ultime voyage pouvaient-elles se risquer à poser ne serait-ce qu'un seul pied sur le pont pavoisé du Titanic ? Et enfin quelle crédibilité accorder à ces prémonitions quand on ignore pour la plupart à quelle date précise elles ont été faites?

Superstitions autour d'un navire qui semble défier le Créateur lui-même, crainte du voyage inaugural, peur de la nouveauté, ignorance des techniques de la nage, autant de raisons qui peuvent après le naufrage du bateau se transformer en "pressentiments". Néanmoins, certains témoignages restent troublants et alimentent sans conteste la fascination qui entoure la légende du navire.

La prévision de Morgan Robertson: Futility or The Wreck of the Titan

Parmi les mystères qui composent la légende du Titanic , citons le roman de Morgan Robertson, le Naufrage du Titan (en anglais Futility or The Wreck of the Titan ) qui, en 1898, soit 14 ans avant que ne se produise la catastrophe, raconte l'histoire d'un paquebot au nom très ressemblant qui s'abîme dans l'Atlantique Nord, une nuit d'avril, après avoir heurté un iceberg par tribord et qui emporte dans son sillage une multitudes de passagers en raison du nombre insuffisant de canots de sauvetage.

Vision prémonitoire ou réflexion d'un homme expert du monde maritime, les nombreuses similitudes entre l'oeuvre de fiction et le naufrage du Titanic ont été maintes fois analysées dans la littérature, que ce soit par les sceptiques ou les partisans du paranormal. Dans son dossier paru sur zetetique.ldh.org , Laurent Puech, président du Cercle Zététique du Languedoc-Roussillon (association qui s'est proposée de regrouper les chercheurs universitaires et indépendants concernés par le scepticisme), fournit une explication rationnelle du phénomène en détaillant le contexte dans lequel l'écrivain a jeté les bases de son histoire.

Le romancier était en effet un ancien marin, fin connaisseur des navires de la White Star Line , s'informant probablement de l'actualité maritime et au fait de certaines failles législatives comme l'insuffisance de canots de sauvetage prévus par la loi et qui faisait déjà débat à la fin du XIXe siècle. Plus qu'une prémonition, l'on pourrait alors parler d'anticipation.

L'auteur de nouvelles dites prémonitoires du naufrage du Titanic y laissa la vie

Toutefois, que dire de l'oeuvre de William Thomas Stead , spiritualiste et écrivain qui après avoir écrit deux nouvelles considérées depuis comme des prémonitions du drame, périt lui-même lors du naufrage?

L'homme, qui ne jouissait pas de la même expertise que Morgan Robertson sur le sujet maritime mais qui militait pour que les navires soient pourvus d'un nombre de canots de sauvetage suffisant, et à qui le médium W. de Kerlor aurait annoncé la mort par noyade, devait se rendre à New York sur l'invitation du président des Etats-Unis.

Comme dans ses nouvelles, il trouve la mort dans un drame de la mer mettant en cause un bâtiment de la White Star Line , le commandant Edward Smith, un iceberg et un manque de chaloupes de secours.

Les faits réels mis en cause par le Bureau des affaires maritimes

Si la tragédie résulte manifestement d'un lot de négligences dues à l'excès de confiance de l'homme en sa machine, elle s'entoure d'une telle malchance qu'elle ne peut que nourrir les imaginations les plus folles.

Aux détails techniques comme un acier jugé a posteriori cassant par basses températures, un gouvernail trop petit et inadapté au gabarit du Titanic , un double fond et des cloisons étanches qui ne s'étendent pas au-dessus de la ligne de flottaison, s'ajoutent des causes minimes qui, mises bout à bout, précipitent le navire vers l'irréparable.

Ainsi, l'enquête dévoile que les vigies ne disposaient pas de jumelles- la clef du coffre où elles se trouvaient n'ayant pas été transmise aux veilleurs lorsque le second officier David Blair dut quitter le navire avant son départ de Southampton- pour voir assez tôt les blocs de glace que l'absence de vent rend d'autant plus indécelables. Les messages alertant le Titanic de la position de glaces sur sa route comme celui émanant du Carpathia , une heure avant la collision, ne sont pas tous transmis au commandant. Les opérateurs radio sont en effet débordés par les télégrammes des passagers à envoyer à Cap Race.

Enfin, l'initiative prise par l'officier Murdoch d'éviter l'obstacle s'est avérée décisive dans le sort réservé au paquebot. De fait, si le Titanic n'avait pas viré de bord, il aurait percuté l'iceberg de front et seuls les deux premiers compartiments auraient été inondés, permettant au paquebot de se maintenir à flot. Une seconde, une décision et l'homme avait scellé son tombeau.

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