Les bons mots des grands auteurs français

Il est de ces traits d'esprit qui en disent bien plus long sur les écrivains que les biographies traditionnelles ou analyses bibliographiques. Citations !
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Tour à tour cocasses, ironiques ou cinglants, les mots prononcés par des auteurs aussi célèbres que Voltaire, Balzac ou Allais reflètent certes un esprit brillant mais nous instruisent avant tout sur le caractère particulier de ces personnages hauts en couleurs. Loin des biographies glacées qui résument la vie de ces écrivains, classés selon leur registre, leur école, leur courant littéraires, le fait anecdotique les rend soudain accessibles et nous permet de les appréhender sous un autre angle que celui, rebattu, de leur production.

Honoré de Balzac, un homme "réaliste" et peu farouche

S'il s'inscrit parmi les précurseurs du réalisme avec son oeuvre colossale qu'est La comédie humaine , il semblerait que le caractère d' Honoré de Balzac aille de pair avec cette lucidité à toutes épreuves. Bien que porté à la dépense, le romancier écrit à longueur de temps pour recouvrer ses créances. Une tasse de café trônait-elle sur son bureau lorsqu'un cambrioleur s'introduisit en catimini dans son appartement une nuit de 1835 ? Toujours est-il que l'indésirable se heurta en tentant d'ouvrir la porte non pas à une serrure tenace mais au rire tonitruant de Balzac. Au larron qui lui demandait la raison de cette soudaine hilarité, Honoré de Balzac répondit "Parce que vous pensez découvrir ici de l'argent ! En pleine nuit ! Le propriétaire des lieux ne parvient même pas à en trouver le jour ! "

Peu farouche, l'homme de lettres considérait néanmoins avec quelques réserves la vie maritale. Il s'écoula près de dix-sept années avant que Balzac ne prenne pour femme sa maîtresse polonaise, la comtesse Ewelina Hanska, avec qui il entretenait également une abondante correspondance. Veuve depuis 1841, celle qui avait signé "l'Etrangère" dans sa première missive dut attendre le 14 mai 1850 pour que son amant daigne légitimer leur situation. Balzac mourra trois mois plus tard non sans avoir justifié cette officialisation de leur union pour le moins tardive : "Il est plus difficile d'être un bon mari que d'être un amant. De la même façon, il est beaucoup plus facile de faire un bon mot de temps en temps plutôt que d'avoir de l'esprit tout au long de la journée."

Les saillies narquoises de Voltaire

A l'image de son caractère vaniteux autant que belliqueux, François Marie Arouet, dit Voltaire , n'a pas la langue dans sa poche. Lorsqu'elle se délie c'est pour répandre un venin qui cache sous une apparence sirupeuse un fiel décapant. Aux deux écrivaillons venus lui présenter leurs hommages à Ferney, l'auteur de Candide dont les quatre-vingts ans passés n'avaient pas entamé la vivacité d'esprit se fendit d'un jubilatoire : "Messieurs, tandis que je vais bientôt prendre congé de la vie, je suis rassuré de savoir que je laisse derrière moi Lemierre et de Belloy." Si aucun des deux ne saisit l'ironie du propos, Antoine Lemierre poussa l'infatuation jusqu'à ce commentaire après la mort de Voltaire : "Pauvre de Belloy, il ne se rendait même pas compte que Voltaire se moquait de lui."

C'est d'ailleurs dans les moments les plus funèbres que le philosophe décoche ses plus beaux traits. Au funérailles d'un aristocrate, il lança cette déclaration solennelle : " C'était un admirable patriote, un parfait humaniste et un ami loyal" qu'il ponctua d'une exclamation sardonique : "A condition, bien sûr, qu'il soit réellement mort !".

Sa désinvolture s'exprime jusque sur son lit de mort. En avril 1778, au prêtre qui lui demandait de renoncer à Satan, Voltaire s'octroya le plaisir d'une dernière offense : "Ce n'est vraiment pas le moment que je me fasse un nouvel ennemi !"

Alphonse Allais, le digne héritier de l'ironie voltairienne

Celui qu' André Breton consacra comme l'un des pères de l'humour noir et dont l'humour absurde ne tombait jamais dans la trivialité se distrayait avec une malice qui n'avait rien à envier à l'ironie et la subtilité du philosophe du Siècle des Lumières. En effet, tout aussi enclin à se gausser de ses hôtes pétris de suffisance, il présentait à ces derniers un banal ouvrage de Voltaire qu'il avait en sa possession et sur la page de garde duquel il avait écrit : "A Alphonse Allais, avec mes regrets de ne l'avoir pas connu. " Signé : "Voltaire." Selon l'écrivain, la plupart des pédants tombèrent dans le piège sans se douter une seule fois de la supercherie d'autant plus flagrante que Voltaire était mort 76 ans avant la naissance d 'Alphonse Allais .

Toujours à un cuistre qui ne cessait de pérorer sur sa glorieuse et illustre ascendance, on doit à Allais cette succulente comparaison : "Monsieur, il est toujours avantageux de porter un titre aristocratique ponctué d'une particule. Etre de quelque chose, ça pose un homme. Un peu comme être de garenne, ça pose un lapin."

Ils ont dit aussi...

"La gloire est un poison qu'il ne faut prendre qu'à petites doses." (Balzac)

"Le travail n'est pas fait pour l'homme. La preuve, ça le fatigue." (Voltaire)

"L'art de la médecine consiste à distraire le malade pendant que la nature le guérit." (Voltaire)

"C'est quand on serre une dame de trop près qu'elle trouve qu'on va trop loin." (Alphonse Allais)

"Les statistiques ont démontré que la mortalité dans l'armée augmente sensiblement en temps de guerre." (Alphonse Allais)

"Mon seul regret est de ne pas avoir pu réconcilier les oeufs brouillés." (Alphonse Allais sur son lit de mort)

Source

Les petites histoires de la grande Histoire, Daniel Lacotte

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