Les expressions dans l'Histoire : origines et anecdotes

Quels grands personnages, quels évènements ont contribué à ce qu'une phrase passe à la postérité et devienne une citation célèbre ?

Vers de théâtre, mots de roi et d'empereur, actes décisifs ou anodins, les expressions célèbres tirent leur origine dans l'Histoire et ses plus beaux faits d'armes comme d'amour. Du proverbe "Chassez le naturel au galop" asséné telle une gifle retentissante au fils illégitime de Napoléon Bonaparte à "l'impossible n'est pas français" de ce dernier, la mise en situation de nos dictons d'aujourd'hui permet d'appréhender ces saillies d'hier sous un nouveau jour aussi édifiant qu'amusant.

Chassez le naturel, il revient au galop !

"Naturam expelles furca, tamen usque recurret” écrit Horace dans ses Epitres. Comprenez « Chassez le naturel à coup de fourche, il reviendra toujours ». Philippe Néricault Destouches s’en inspire pour sa comédie Le Glorieux en 1732 quand il rédige ces quelques vers: « Chassez le naturel, il revient au galop. / Voici les vers de Boileau : / Le naturel toujours sort et sait se montrer ; / Vainement on l'arrête, on le force à rentrer ; / Il rompt tout, perce tout, et s'ouvre enfin passage. / La Fontaine a imité deux fois le vers d'Horace : / Quand, la fourche à la main, nature on chasserait, / Nature cependant sans cesse reviendrait. »

De cette citation qui signifie qu’on ne peut lutter contre ses penchants naturels, qu’à trop brider sa véritable nature, elle finit par galoper de plus belle comme pour compenser la frustrante retenue, l’Histoire en a fait une saillie. Au XIXe siècle, le fils naturel - c'est-à-dire né hors des liens du mariage- de Napoléon Bonaparte , le comte Alexandre Colonna Walewski fut nommé par Napoléon III à la présidence de la Chambre. Son élection ayant été le fruit d’un abus de pouvoirs de la part de l’empereur et faisant suite à plusieurs démissions comme sénateur et ministre, l’opposition le tacla d’un « Chassez le naturel, il revient au galop ! ».

Payer en monnaie de singe

Il faut remonter au temps du roi Saint Louis pour comprendre véritablement cette expression. A cette époque, riches et moins riches devaient payer une taxe pour entrer dans Paris. Exception était faite aux forains qui pouvaient s’acquitter de l’impôt en faisant faire quelques bonnes grimaces à leurs singes. Les péagers déridés les laissaient alors passer d’où l’expression « payer en monnaie de singe » qui fut ensuite reprise par de nombreux auteurs à l’instar de Rabelais. Aujourd’hui, son sens a quelque peu dérivé et s’emploie pour d’autres pirouettes, elle signifie « payer de fausses promesses et de belles paroles ».

L’argent n’a pas d’odeur

Il était de coutume au Ier siècle après Jésus-Christ de traiter les peaux et les draps avec de l’urine. L’empereur Vespasien qui régnait alors instaura un impôt sur l’urine pour renflouer les caisses de Rome qu’il voulait prospère. A son fils Titus scandalisé par ce nouvel impôt, il fit sentir l’argent collecté ainsi, lequel admit de bon cœur que l’argent n’avait pas d’odeur.

Franchir le Rubicon

On dit d’une personne qu’elle est sur le point de «franchir le Rubicon» quand elle décide de se lancer dans une entreprise risquée, quand elle fait un pas décisif et irréversible. Il faut remonter au Ier siècle avant Jésus-Christ pour en saisir l’origine. Le Rubicon est alors un cours d’eau qu’aucune armée selon le droit romain n'est autorisée à franchir. La petite rivière située entre Ravenne et Ramini tient lieu de frontière entre la Gaule cisalpine et l’Italie romaine. La traverser est synonyme de déclaration de guerre à la République. Alors que Jules César, gouverneur de la Gaule cisalpine, est à la poursuite de Pompée, son ancien allié avec lequel il est en conflit pour le titre de consul unique, il décide de franchir le Rubicon pour se rendre à Rome. En violant la loi du Sénat romain, César aurait lancé la fameuse expression «Alea jacta est» qui veut dire «le sort en est jeté».

Honni soit qui mal y pense

Guerre de Cent Ans. Lors d’un bal, la comtesse de Salisbury, maîtresse du roi d’Angleterre Edouard III, laisse tomber en dansant la jarretière bleue qui maintient son bas. Le roi la ramasse et devant les sourires railleurs qui s’esquissent, il s’écrie en français, qui est la langue officielle de la cour d’Angleterre à l’époque: «Messieurs, honni soit qui mal y pense ! Ceux qui rient maintenant seront un jour très honorés d’en porter une semblable, car ce ruban sera mis en tel honneur que les moqueurs, eux-mêmes le rechercheront avec empressement». Dès le lendemain, le roi aurait institué l ’Ordre de la Jarretière qui prend pour devise son exclamation et pour emblème une jarretière bleue sur fond de couleur or. L’ordre de chevalerie reste encore parmi l’un des plus prestigieux à l’heure actuelle dans le monde. L’expression signifie «que celui qui pense à mal soit couvert de honte».

Paris vaut bien une messe :

La phrase aurait été prononcée par Henri IV lorsqu’il décide une nouvelle fois de se convertir au catholicisme -il avait déjà renoncé au protestantisme pour échapper au massacre de la Saint-Barthélémy- afin d'accéder au trône de France. Il aurait, en disant cela, fait allusion à la cérémonie qui devait le voir abjurer sa foi à la Basilique de Saint-Denis le 25 juillet 1593.

Impossible n’est pas français

Cette phrase devenue aussi célèbre qu’un proverbe, bien que souvent utilisée avec ironie, proviendrait d’une lettre de Napoléon qui répondait à son général le sollicitant sur un problème apparemment insoluble «Ce n’est pas possible, m’écrivez-vous: cela n’est pas français».

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