Les expressions de l'amour: origines, histoires et anecdotes

Du béguin au septième ciel, le vocabulaire écrit et oral de l'amour s'émaille d'expressions dont on ignore souvent l'origine.
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Si usitées qu'on en a oublié la provenance ou au contraire oubliées, les expressions d'hier et d'aujourd'hui enrichissent notre vocabulaire et donnent à la langue française son goût si particulier. Qu'il s'agisse d'écrire sur l'amour ou de déclarer votre flamme en toute originalité au prochain dîner de la Saint-Valentin, vous (re)découvrirez ici ces mots qui épousent les premiers émois amoureux, l'art de la séduction ou les plaisirs charnels qui en découlent.

Sous les flèches de Cupidon

  • Avoir le béguin : on dit d'une personne qui vient de s'enticher d'une autre qu'elle a le béguin. Il faut remonter au XIIè siècle pour comprendre l'origine de cette expression. Les béguines étaient alors des religieuses du tiers-ordre de Saint-François qui tiraient elles-même leur nom du fondateur de leur premier couvent, Lambert Le Bègue. On appela leur coiffe faite de toile fine "béguin" qui donna lieu à l'expression "être coiffé", signifiant que l'on était réduit à la merci de quelqu'un. Ce sens fut extrapolé au XVIè siècle pour qualifier l'influence amoureuse qui nous aveugle tel le bonnet descendu trop bas sur les yeux. Avoir le béguin signifie depuis lors être amoureux. Une autre coiffe liée à la passion amoureuse c'est celle de la toque dont est issu le verbe se toquer et l'adjectif la toquade.
  • Battre la chamade : il arrive à la vision de l'être aimé que le coeur s'emballe et se mette à battre la chamade. C'est pourtant sous d'autres flammes que la chamade tire son origine. Dans le jargon militaire, la chamade désignait en effet la capitulation des assiégés qui se rendaient au son du roulement de tambour, le drapeau blanc ayant fait son apparition plus tard. Au sens figuré, un coeur qui bat la chamade est un coeur qui flanche, qui se soumet au pouvoir de séduction d'un tiers, qui cède à l'émotion en tambourinant avec force, palpitant d'amour.
  • Un coeur d'amadou : cette expression se rapproche du coeur d'artichaut qui au XIXè siècle désigne une personne aux nombreuses amourettes, telles le coeur d'artichaut s'ouvrant sur de multiples feuilles. Le mot amadou viendrait du verbe provençal amador pour désigner un coeur embrasé, amoureux. Georges Brassens célèbre ce coeur prompt à la tendresse dans J 'ai rendez-vous avec vous en chantant "La fortune que je préfère / C'est votre coeur d'amadou / Tout le restant m'indiffère / J'ai rendez-vous avec vous !"

Autour de la conquête amoureuse

  • Faire du gringue : ce mot serait une variante du grignon (grignoter) qui au XVIè siècle désignait le morceau de pain et que l'on retrouve aujourd'hui dans quignon de pain. Jadis, quand on "faisait des petits pains pour quelqu'un" cela signifiait qu'on cherchait à lui plaire. Les états d'amour sont bien souvent liées au vocabulaire de la nourriture. Quelqu'un de charmant peut être "un bon morceau", un "morceau de roi", "un chou", "à croquer"... Quelqu'un d'amoureux aura "des yeux de merlan frit", "dévorera des yeux" tandis que les hommes passeront à la casserole des "mangeuses d'hommes". Faire du gringue se décortique donc en draguer, faire la cour.
  • Courir le guilledou : la formule vient de "courir le guildron" employée par Agrippa d'Aubigné pour évoquer la recherche effrénée des aventures galantes tandis que "courir le guidrou" désigne plus tard la fréquentation de mauvais lieux comme les maisons closes. Etymologiquement, le verbe guiller signifie tromper, l'altération de l'adjectif doux évoquerait l'idée de la tromperie amoureuse, de l'attirance sexuelle mêlée à celle de ruse. On dit aussi que les prénoms Guillaume, Guillemette ou Gilles étaient donnés aux trompeurs ou aux trompés.
  • Jeter le mouchoir à une femme : celle qui le reçoit n'est point victime d'un refroidissement, bien au contraire elle a suscité la préférence de celui qui lui déclare ainsi sa flamme. On raconte ainsi que dans les harems, l'usage voulait que le sultan après s'être bien diverti laissait tomber un mouchoir aux pieds de l'élue pour marquer son choix final. On retrouve en France l'expression dès le XVIIIè siècle. Ainsi, une dame de Paris apprenant que le maréchal de VIlleroi en déplacement à Lyon avait organisé diverses fêtes, aurait écrit : "Mandez-moi donc à qui M. le maréchal a jeté le mouchoir.

Les expressions en rapport avec l'acte physique de l'amour

Pour évoquer la relation sexuelle, on trouve quantité d'expressions parfois crues, parfois poétiques, parfois cocasses dont il serait difficile d'établir la liste exhaustive. On peut néanmoins en citer quelques-unes comme "mettre le petit Jésus dans la crèche", "se pointer une fille", "jouer à la renverse", "jouer au docteur", "s'appuyer". La Chose si elle se fait "bagatelle" n'en inspîre pas moins les auteurs. Ainsi, Marcel Proust dans Un amour de Swan emploie le joli "faire cattleya" en s'appuyant sur le nom de la fleur du corsage d'Odette et François Rabelais de nous faire profiter d'une verve truculente pour le moins imagée avec ses "faire la bête à deux dos", "jouer à serre-croupière", "se faire ratoconniculer".

  • Aller aux fraises : dans un registre plus gourmand, les commères bavassent "Regarde-moi ces deux tourtereaux, pour sûr qu'ils sont allés aux fraises !" Si la récolte a été fructueuse, ce n'est point en fraises car l'expression parle ici d'un fruit défendu, que les amoureux aiment à goûter à l'abri des regards indiscrets. Aller aux fraises c'est donc chercher un endroit tranquille et caché pour s'adonner aux plaisirs des sens avec son partenaire.
  • Etre au septième ciel : cet état extatique suit généralement un plaisir intense comme celui de la jouissance sexuelle. C'est pourtant à l'astronomie de l'Antiquité puis à la religion que nous devons cette expression. Pour expliquer les mouvements apparents des astres, les astronomes ont imaginé des sphères transparentes au nombre de sept, chacune étant un ciel et appartenant à un tout, le firmament. Ces cieux sont devenus par la suite des degrés de mesure. Saint Paul atteignit le t roisième ciel , les amoureux ont quant à eux trouvé leur Paradis dans le septième.
  • Les pieds en bouquet de violettes : l'extase amoureuse détend tant et si bien les amants qu'on les retrouve les "pieds en bouquet de violettes", c'est à dire les doigts de pieds en éventail. Cet épanouissement floral est d'ailleurs chanté par Pierre Perret dans Mon petit amour :

Sources : Petite histoire des expressions, G. Henry

Expressio.fr

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