Les expressions nées de la mode : origines et significations

A brûle-pourpoint, c'est une autre paire de manches, collets montés, quelles anecdotes ont tourné en expressions ces pièces de vêtements?

Certains vêtements comme le pourpoint ou les collets montés relèvent d'une époque aussi reculée que la Renaissance et pourtant, la langue française continue de les employer, notamment dans des expressions dont on ignore souvent l'origine. Faits historiques, anecdotes sentimentales, atours d'une mode lointaine, les expressions ont plus d'un tour dans leur sac et se dévoilent sans fard.

A brûle-pourpoint : de la veste qui prend feu à l'arrivée inopinée

Le Littré définit le pourpoint comme l'habit masculin qui couvrait le corps de la ceinture jusqu'au cou. L'ancêtre du justaucorps se porte chaud, bien souvent constitué d'une double peau rembourrée de laine ou de coton et plus particulièrement de cuir épais pour protéger les guerriers qui le glissaient sous leur cuirasse.

Si Molière le rêve long et bien fermé pour tenir l'estomac au chaud dans son Ecole des maris , le pourpoint s'enflamme surtout lorsqu'il est en contact avec une arme. Il faut savoir qu'à l'époque la poudre est directement intégrée dans la chambre de l'arme et que les risques de brûlure sont par conséquent plus fréquents : on tirait de si près qu'on en brûlait le pourpoint. Tirer à brûle-pourpoint signifie donc « tirer à bout portant » .

Dans ce genre d'agressions, la victime est bien souvent surprise. Le sens de « à l'improviste, sans voir le coup venir » s'applique dès lors plus globalement à l'expression qui qualifie de nos jours une intervention soudaine, une action inattendue.

C'est une autre paire de manches : de l'amour courtois au tournois

Manches courtes, manches longues, manches bouffantes, manches pendantes, manches à gigot, fausses manches... les manches sont pléthore dans l'art de l'habillement. Au jeu de l'amour et de l'honneur, disputer une nouvelle manche consistait à disputer une nouvelle épreuve sous les auspices de l'amour.

En effet, les manches étant cousues au dernier moment et changées en fonction de son activité, il était de coutume lors d'un tournoi de remettre ce gage de fidélité au vaillant chevalier qui s'en allait jouter. Le valeureux accrochait la manche de sa dame à sa lance ou sur son écu et, sous cette heureuse bannière, s'élançait à l'assaut de la victoire.

De nos jours, l'idée du gage amoureux a disparu et seul a subsisté celui de l'effort à fournir. A l'expression « C'est une autre paire de manches » a d'ailleurs succédé celle plus actuelle « se remonter les manches » qui évoque la dureté de la tâche à accomplir et l'énergie qu'il faudra y mettre.

Les Médicis et les collets montés : de l'habit à la personne

Il est de ceux qui lancent plus qu'ils ne suivent les modes : il en va ainsi des Médicis. Famille patricienne de Florence qui brilla plus particulièrement à l'époque de la Renaissance, les Médicis sont aussi influents en politique qu'en matière de mode.

Ainsi, Catherine de Médicis, épouse du roi Henri II et mère de trois rois de France, lança au XVIe siècle la mode des collets montés. Enroulée autour du cou, cette collerette soutenue et rigidifiée par du carton et des fils de fer est l'ancêtre de la fraise.

Plusieurs sens ont été attribués à l'expression née de la pièce de vêtement. Lorsque le collet monté devient démodé, notamment sous Louis XIV, on associe à ces deux mots l'image de quelque chose de suranné, complètement passé de mode. Comme au temps des collets montés est alors synonyme de « comme au bon vieux temps ».

Il est amusant de constater que la signification n'est aujourd'hui plus la même. La rigidité du col, montant jusqu'au menton, a primé sur le premier sens et l'expression désigne désormais ceux qui sont raidis par la pruderie. De la matière, enveloppante et raide, le collet monté glisse du vêtement pour s'appliquer à la personne coincée dans ses principes, guindée.

Autres expressions nées de la mode

  • Avoir les yeux en bouton de bottine
  • Se faire remonter les bretelles
  • Travailler du chapeau
  • Porter le chapeau
  • Sur les chapeaux de roue
  • S'en moquer comme de sa première chemise
  • S'en jeter un derrière la cravate
  • Etre comme cul et chemise
  • Rester dans les jupes de sa mère
  • Rendre son tablier
  • Trouver chaussure à son pied
  • Etre tiré à quatre épingles
  • L'habit ne fait pas le moine
  • Jeter le gant
  • Tourner casaque
Sources

Petite histoire des expressions, G. Henry, M. Tillier, I. Korda

francparler.com

littre.reverso.net

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