Les plus belles lettres d'amour des XVIIIe et XIXe siècles

Victor Hugo, Napoléon, Alfred de Musset, George Sand, Benjamin Constant... leurs célèbres lettres d'amour vous inspireront-elles pour la Saint-Valentin?
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On les connaît surtout pour leur production littéraire ou leurs faits d'armes, moins pour leur correspondance personnelle. Victor Hugo, Napoléon, Alfred de Musset, George Sand, Benjamin Constant ont aussi écrit les plus belles lettres d'amour. A prendre en exemple alors que la Saint-Valentin se dessine à l'horizon.

La lettre d'amour brûle d'impatience et d'inspiration : Napoléon conquis par Joséphine

Pour deux amants que la passion vient de submerger, la séparation est un tourment qui ne trouve de remède que dans la recherche d'un moyen de communication. L'écriture vient alors jeter un pont de papier entre les âmes torturées et verse une encre, urgente, qui trouve en la douleur sa muse.

Ainsi, Napoléon Bonaparte que l'on connaît pour ses illustres faits d'arme se révèle poète lorsque l'absence de Joséphine , tout juste épousée et restée en France pendant qu'il rejoint l'Italie, le met à la torture. "Chaque instant m’éloigne de toi, adorable amie, et à chaque instant je trouve moins de force pour supporter d’être éloigné de toi. Tu es l’objet perpétuel de ma pensée ; mon imagination s’épuise à chercher ce que tu fais...", lui écrit-il de Chanceux, le 24 ventôse de l'an IV (14 mars 1796).

Lui, le futur vainqueur d'Austerlirtz, est le vaincu de l'amour. A Nice, le 10 germinal (30 mars), il en vient même à se renier: "Je n’ai pas passé un jour sans t’aimer ; je n’ai pas passé une nuit sans te serrer dans mes bras ; je n’ai pas pris une tasse de thé sans maudire la gloire et l’ambition qui me tiennent éloigné de l’âme de ma vie. Au milieu des affaires, à la tête des troupes, en parcourant les camps, mon adorable Joséphine est seule dans mon coeur, occupe mon esprit, absorbe ma pensée. [...] Mon âme est triste ; mon coeur est esclave, et mon imagination m’effraie…".

Celle à qui il donne "Un baiser plus bas, plus bas que le sein" le rejoint finalement sur ses ordres à Milan au mois d'avril.

L'écriture comme moyen d'être avec l'autre : Victor Hugo et Benjamin Constant

"Hélas! Toute la journée de demain dimanche sans te voir! Tu ne me seras rendue que lundi. Que vais-je faire d’ici là? Penser à toi, t’aimer, t’envoyer mon coeur et mon âme. Oh! de ton côté sois à moi! à lundi! — à toujours! " se lamente Victor Hugo auprès de Léonie Briard-laquelle sera jetée en prison pour adultère- alors même qu'il est marié à Adèle .

L'homme de lettres, vingt ans plus tôt, écrivait pourtant à celle qui n'était encore que sa fiancée et pas encore cocue : "Voici le premier moment de joie de cette journée: je t'écris. Adèle, il me semble qu'il y a un siècle que je ne t'ai vue. Je ne puis me figurer qu'hier à pareille heure je fusse encore près de toi. Hier j'étais bien heureux! ô quand donc tous mes instants ; tous! se passeront-ils ainsi? (...) Je crains, en vérité, que le jour où je pourrai m'écrier à la face de tous les hommes: elle est à moi, entièrement, uniquement et éternellement à moi! Oui, je crains que ce jour-là mon être ne se brise de bonheur".

Quand la passion se déclare, elle est telle que tout moment passé loin de l'objet désiré ne mérite pas d'être vécu. Preuve en est la lettre de Benjamin Constant pour Juliette Récamier -aimée du frère de Napoléon, de Chateaubriand et du prince Auguste de Prusse entre autres- qui lui inspirait alors un amour non réciproque. Et l'homme politique de se considérer comme mort quand la belle est hors de sa vue : "Dites-vous donc que je n'ai de forces qu'en vous voyant ; qu'un jour passé sans vous me brise, que quand je ne viens pas chez vous, c'est que je me fais une violence qui me bouleverse, que vous êtes le ciel pour moi, que je ne puis me passer de vous qu'en éprouvant l'enfer tout entier. (...) Je me contente de tout. Respirer près de vous, et pouvoir vous parler suffit à ma vie. Je n'en puis plus d'épuisement. Mais je vous verrai, et je respire".

Correspondances érotiques : Napoléon, Sand et Musset

Quand le désir atteint ce point culminant qu'aiguise l'absence, la lettre se substitue alors au corps de l'autre et la plume caresse la délicatesse du papier comme celle d'une peau.

De même que Napoléon se languit de retrouver la nudité de Joséphine " Bon Dieu! Que je serais heureux si je pouvais assister à l’aimable toilette, petite épaule, un petit sein blanc, élastique, bien ferme (...) Tu sais bien que je n’oublie pas les petites visites ; tu sais bien, la petite forêt noire. Je lui donne mille baisers et j’attends avec impatience le moment d’y être..." et s'exclame: "Vivre dans une Joséphine, c’est vivre dans l’Élysée. Baiser à la bouche, aux yeux, sur l’épaule, au sein, partout, partout!", les amants tourmentés que sont George Sand et Alfred de Musset glissent tout leur génie dans une correspondance torride à décoder.

Après leur voyage en Italie où ils n'auront de cesse de se trahir, leurs lettres d'adieu sont aussi les plus belles lettres d'amour: "Je t'aime encore d'amour, George, dans quatre jours, il y aura trois cent lieues entre toi et moi, pourquoi ne parlerais-je pas franchement? A cette distance-là, il n'y a plus ni violences ni attaques de nerf ; je t'aime, je te sais auprès d'un homme que tu aimes et cependant je suis tranquille [...] Pauvre George! pauvre chère enfant! tu t'étais trompée ; tu t'es crue ma maîtresse, tu n'étais que ma mère ; le ciel nous avait faits l'un pour l'autre ; nos intelligences, dans leur sphère élevée se sont reconnues comme deux oiseaux des montagnes, elles ont volé l'une vers l'autre."

La réponse de George est un présage de leurs futures retrouvailles : "Ne crois pas, ne crois pas, Alfred, que je puisse être heureuse avec la pensée d'avoir perdu ton coeur. Que j'aie été la maîtresse ou ta mère, peu importe. Que je t'aie inspiré de l'amour ou de l'amitié, que j'aie été heureuse ou malheureuse avec toi, tout cela ne change rien à l'état de mon âme à présent. Je sais que je t'aime, et c'est tout..."

Mais les plus lettres d'amour ce sont aussi les vôtres.

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