Où est passée la bague de Louis XVI ?

Le bijou appelé aussi "bague de Fersen" a connu moult rebondissements au gré de la grande Histoire. On perd sa trace après la Première guerre mondiale
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On connaît l'affaire du collier de la Reine qui compromit à tort la réputation de Marie-Antoinette. On connaît moins en revanche le mystère de la "bague de Fersen" appelée aussi "bague de Naundorff" qui passa du doigt de Louis XVI à celui de son rival lors de la fuite royale et qui, de rebondissement en illustre propriétaire, acheva sa course sur le papier officiel du traité de Versailles en 1919. L'objet depuis s'est volatilisé.

Axel de Fersen : premier dépositaire de la bague

Si l'Histoire ne recèle aucune preuve de l'adultère de Marie-Antoinette avec le comte de Fersen, les historiens en s'appuyant sur des extraits de leur correspondance s'accordent sur la véracité de leurs sentiments amoureux. Passionnément liés, le Suédois et l'Autrichienne alimentent malgré eux la rumeur qui, on le devine, en vient naturellement aux oreilles de Louis XVI.

Ce qui n'empêche pas le monarque d'adouber le militaire suédois, à son retour de la guerre d'indépendance américaine, du grade de colonel et de le doter d'une pension pour le plus grand plaisir de Marie-Antoinette. C'est cette même intégrité, affranchie de tout sentiment de jalousie, qui le pousse le soir du 21 juin 1791 à récompenser le comte de Fersen de sa vaillante fidélité.

Hommage royal avant l'arrestation à Varennes

La Révolution gronde aux portes des Tuileries où la famille royale vit sous surveillance depuis que les émeutiers les y ont conduits en octobre 1789. Fort de son expérience militaire et de son dévouement sans faille à la Reine, Fersen échafaude un plan d'évasion qui doit conduire les fugitifs royaux auprès du comte de Provence, frère du roi, à Mons dans l'actuelle Belgique.

Déguisé en cocher, le comte conduit la berline de voyage dans laquelle siègent les pseudo domestiques de la baronne de Korff et les dépose au premier relais à Bondy. Alors que l'on renouvelle l'attelage, le zélé Fersen demande à escorter le convoi jusqu'à Montmédy où ils doivent retrouver les troupes de Bouillé. Louis XVI refuse et lui remet en signe de gratitude la précieuse intaille en grenat, estampillée d'une Diane chasseresse, qu'il porte à l'annulaire.

L'héritage de Louis XVII : de la Monarchie à la République

Loyal jusqu'au bout, le comte de Fersen ne se sépare du bijou qu'en 1794 au profit du duc de Brunswick, commandant de l'armée autrichienne et allemande censé écraser la Révolution française, finalement vaincu à Valmy en 1792.

L'espoir commun des deux hommes était de restituer la bague royale à l'orphelin du Temple dont la disparition en 1795 fait courir les plus folles rumeurs. De fait, Fersen et Brunswick meurent sans pouvoir concrétiser leur ambitieux projet. Il faut attendre un énième rebondissement avec l'apparition de Charles-Guillaume Naundorff , qui prétend être Louis XVII, pour que la bague échoit à de nouvelles mains.

Convaincus d'avoir affaire au véritable Dauphin de France, les héritiers de Brunswick lui confient l'intaille de grenat. Toutefois Naundorff décède en 1845 sans avoir pu faire attester ses dires. Ses descendants engagent en 1850 l'avocat Jules Favre pour poursuivre l'affaire en justice. Bien que perdant le procès, la famille Naundorff, reconnaissante du travail accompli, lui offre la fameuse bague.

Le bijou fait office de sceau officiel pour deux traités de paix

En 1870, Jules Favre devient ministre des Affaires étrangères. Le 26 janvier 1871, tandis qu'il s'apprête à signer l'armistice franco-allemand avec le chancelier Bismarck, il découvre - ô stupeur - qu'il a oublié de s'armer des sceaux de France. C'est Bismarck lui-même qui l'invite alors à se servir de la bague comme sceau officiel et le précieux grenat d'être copieusement enfoncé dans la cire chaude pour sceller l'accord. (1)

En 1919, un autre traité de paix attend l'empreinte de Diane la chasseresse. Fait étrange, en dépit du sceau avéré, Clémenceau réfutera en avoir utilisé le cachet pour signer le célèbre traité de Versailles et confiera même avoir offert en 1924 au maire de Versailles pour le musée Houdon une "bague de formé ovale allongée, représentant une Diane chasseresse." (2)

Depuis lors, nulle trace du bijou. Une pie voleuse est-elle passée par là ? Si les archives du ministère des Affaires étrangères détiennent bien un dossier sur l'écarlate intaille, cette dernière a été remplacée par une imitation gravée à l'effigie de la déesse guerrière Bellone. Et d'aucuns de prétendre que la fameuse "bague de Fersen" aurait été vendue aux enchères, acquise depuis lors par une princesse chez Christie's.

1) Franck Ferrand, Arts Enchère, magazine de la Gazette n°10, octobre 2001

2) Secrets d'Histoire , Stéphane Bern

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