Pierre et Marie Curie, icônes de l'histoire des sciences

Les lauréats des Prix Nobel de physique et de chimie se distinguaient par leur discrétion, leur amour du travail et leur courage à toutes épreuves.
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Pierre et Marie Curie font partie de ces couples de légende qui ont, par leur passion commune pour la recherche scientifique, influencé le cours de l'Histoire. De leur rencontre à Paris à leur transfert au Panthéon en 1995, en passant par la pléthore de prix reçus et les Petites Curie de la Grande Guerre, ils ont écrit l'une des plus belles pages du début du XXe siècle.

La chimie de l'amour et l'amour de la chimie

Nous sommes en 1894. Un soir de printemps, Maria Sklodowska, vingt-sept ans, jeune étudiante polonaise fait la rencontre, à Paris, de Pierre Curie, un chercheur en physique de huit ans son aîné. Entre le professeur d'électricité et la brillante diplômée ès-sciences physiques et sciences mathématiques, le courant passe si bien qu'ils se marient le 26 juillet 1895, à Sceaux.

Le mariage est simple. Sans le sou et déjà éloignés des préoccupations d'ordre matériel, Marie a choisi pour ses noces une robe bleue toute simple qui lui servira encore jusque dans son laboratoire et se contente d'un petit voyage en bicyclette pour observer cette nature qui inspire leurs recherches expérimentales.

Pour allier sa réflexion à celle de sa jeune épouse sur l'uranium, Pierre abandonne ses études sur le magnétisme, non sans avoir défini la loi de Curie et le point de Curie . Les deux intelligences, à force d'acharnement et de travail dans un petit hangar transformé en laboratoire, découvrent le polonium (baptisé ainsi en l'honneur du pays natal de Marie) et le radium, obtenu après un traitement de plusieurs tonnes de pechblende. On est en 1898, la radioactivité est née.

Un amour qui brille dans un laboratoire

La recherche, les idées, la science, voilà les atomes crochus d'un couple qui fusionne loin des réceptions mondaines. Aux flashs des photographes, Pierre et Marie Curie préfèrent les rayonnements radioactifs qui illuminent leur laboratoire si peu confortable.

Alors qu'ils travaillent dans des conditions matérielles déplorables, ils reçoivent, en novembre 1903, une médaille de la Royal Society, la plus ancienne société scientifique du Royaume-Uni. La Davy Medal , si elle ne trouve pas sa place dans l'appartement où les meubles sont réduits à portion congrue pour ne pas s'encombrer avec le ménage, fait la joie de la petite Irène, première fille du couple alors âgée de six ans. Devant l'étonnement de leurs amis, Marie qui n'a de fortune que son travail et son foyer soupire: "Laissez-la donc jouer avec sa pièce de monnaie."

Le 10 décembre 1903, Marie est la première femme à recevoir un prix Nobel qu'elle partage avec Pierre et le professeur Henri Becquerel pour leurs recherches sur le phénomène des radiations, dont le grand public s'empare en leur attribuant des vertus thérapeutiques – la médecine consiste alors à les avaler sous forme de pilules – en dépit des protestations de la physicienne: les morts qui s'ensuivront finiront par la faire entendre.

Après sa mort, Marie poursuit l'œuvre de Pierre et devient une nouvelle pionnière

Cette même année, Pierre obtient une chaire de professeur de physique générale à la faculté des sciences de la Sorbonne. Le 19 avril 1906, sur le Pont-Neuf, une voiture à cheval vient couper court à la trajectoire parfaite d'un homme entré dans l'Histoire.

Femme de courage, avec deux jeunes enfants à élever – Eve est née le 6 décembre 1904 – Marie Curie accepte de reprendre la chaire de son défunt mari. Le jour de son premier cours, étudiants, éminents responsables de la Sorbonne et hommes politiques se pressent dans l'amphithéâtre. Dans l'assemblée, une sténographe se tient prête à enregistrer le discours inaugural de la veuve.

Avec sa discrétion légendaire, Marie entre dans la salle alors qu'une salve d'applaudissements ébranle les estrades pour accueillir la première femme à enseigner à la Sorbonne. Une fois le calme revenu, dans un silence de plomb, la physicienne ouvre un cahier et commence son cours. A l'endroit précis où Pierre l'avait interrompu quelques semaines plus tôt.

Deuxième Prix Nobel, les Petites Curies, radiographies: Marie Curie, l'infatigable

Quand elle n'écrit pas à son amour disparu, Marie poursuit, inlassable, ses recherches sur le radium. Là, dans ce laboratoire où elle a passé le plus clair de son temps avec Pierre, elle se sent proche de lui. Son travail titanesque paie. En 1911, elle obtient un nouveau Prix Nobel, de chimie cette fois. Elle est la première personne à décrocher deux Nobel. Comme dans ses études où elle a toujours terminé en tête du classement, Marie Curie enchaîne les "premières". Mais elle déchaîne aussi les foudres lorsque sa liaison avec le physicien Paul Langevin est révélée au grand jour. L'homme est marié et père de famille, on la traite d'étrangère et de briseuse de famille.

La Première Guerre mondiale qui éclate en 1914 ne l'arrête pas dans ses idées novatrices et la création de ses Petites Curies lui rend l'amour et la reconnaissance de la France. L'institut du radium dans lequel elle travaille pour mettre au point un traitement de radiothérapie contre le cancer ferme. Après avoir formé des aides-radiologistes, elle lance sur le front dix-huit voitures qui permettent de radiographier les blessés sans les déplacer. Pour conduire l'un de ces véhicules, elle passe son permis de conduire en 1916 ainsi que sa fille Irène qui n'a alors que 18 ans et qui marche déjà sur les traces de sa mère.

Une passion en héritage

Marie Curie meurt en 1934 de la leucémie provoquée par ses fréquentes manipulations d'éléments radioactifs, un an seulement avant que sa fille Irène ne reçoive le Prix Nobel de Chimie avec son mari Frédéric Joliot pour leur découverte de la radioactivité artificielle. La fille Curie qui planche sur la première bombe atomique succombe à son tour à sa surexposition aux rayonnements radioactifs en 1956: une passion fatale.

Pionnière jusqu'au bout, Marie est la seule femme dont les cendres reposent pour son mérite propre au Panthéon, non loin de Pierre et d'autres grands de l'Histoire.

Sources

Les petites histoires de la grande Histoire, Daniel Lacotte

Il était une fois l'amour : Pierre et Marie Curie, au-delà de la mort, Pascal Pistacio

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