Qu'est-ce que le Parler Gaga ?

Aperçu et explications du Parler Gaga, mélange insolite de français, d'argot et de patois propre à la région stéphanoise.
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Pour les non initiés, le Parler Gaga évoquerait plutôt un babillage d’enfant. Certes, ce langage truculent exhale le parfum nostalgique de l’enfance et fleure bon le terroir forézien mais il se transmet aussi de génération en génération dans une démarche de conservation du patrimoine. Dialecte issu du franco-provençal ou arpitan, du gallo-romain et du celte, il est né dans la région stéphanoise ( Saint-Etienne et alentours) où jeunes et moins jeunes emploient encore ses mots hauts en couleurs.

Gaga, pourquoi Gaga?

Point de valeur négative à ce terme choisi pour désigner le patois stéphanois, il faut remonter à certains temps où les documents précis manquent pour attester la véritable étymologie : nous en citerons deux. La première, avancée par Pierre Duplay , rapproche le terme gaga du mot celtique gagad qui signifie : fente, puits de mine. Une proposition qui semble cohérente quand on connait le passé minier de Saint-Etienne.

La seconde pointe la prononciation des stéphanois très appuyée sur le â long et gras ; les populations voisines, notamment celle de la Plaine du Forez, auraient alors malicieusement baptisé le parler stéphanois de "gâgâ" en référence à cet accent.

Poizou, canou, matru, belet, bicaret, pillot : les mots pour désigner les enfants

Autant de sobriquets que l’on se plaît à donner aux visages poupons sur lesquels on s’attendrit. Si les mères appellent leur petite fille « ma belette », les vieilles gens s’exclameront « oh qu’elle est mâtrue » devant la petitesse de son corps.

L’adjectif qui désigne à la base quelque chose de petit ou quelqu’un de chétif est issu de la contraction de male astrutus (né sous un mauvais astre) qui a ensuite donné malotru. Il est dit avec une tendre pitié à la façon de la célèbre exclamation beauseigne (le pauvre!) qui correspond au peuchère des Provençaux.

Beauseigne roi du vocabulaire Stéphanois

D'après le dictionnaire de Louis Dorna et Étienne Lyotard, seigne représente le cas-sujet de seigneur en ancien français tandis que beau se réfère à bon, privé de sa nasale. Il s’agit ici d’un appel à la bonté du Seigneur pour l’objet dont on a pitié. Dans le même esprit d'apitoiement sympathique, on retrouve l'adjectif, toujours en vogue à Saint-Etienne, bichette.

D'un enfant malingre, la stéphanoise s'écriera "Appinche le poizou qu'il est mâtru bichette!" et sa congénère d'acquiescer d'un non moins empathique "Beauseigne!"

Onomatopées, déformations et dérivés construisent ce parler sonore

  • Vois-tu moi le canou qui coulanche à la carcasse! Traduisez : "Regarde l’enfant qui glisse sur le toboggan!" La carcasse est une modification du radical de « accacasser » et qui renvoie à la position de l’enfant qui s’accroupit pour « couler » sur le toboggan telle celle qu'il prend pour aller faire "caca".
  • Viens plutôt faire bâ au lieu de quiner! Traduisez : "Viens m'embrasser au lieu de pleurnicher!"
De même les enfants qui s’amusent à rouler dans l’herbe "débaroulent", ceux qui font la bagarre se "gibattent". Un mâtru qui se traîne sur le plancher le fait "à crapotons" -on entend bien ici l’analogie avec l’adjectif accroupi- mais il devra le faire sans salir son "culasson", vous l’aurez compris il s’agit de la couche-culotte. Et s’il lui prend de la remplir de selles un peu trop liquides, on dira qu’il fait des "riclates dans ses drapeaux".

  • Je me suis couflé un plein cuchon de râpées, je suis benaise ! Traduisez: "J'ai mangé une pleine assiette de criques, je suis repu!" Couflé vient du patois gounfle , lui-même signifiant « gonflé ». Le verbe a une connotation péjorative dans le sens où l’on se gave, de fait un mauvais vin est appelé à Saint-Etienne un coufle-bôt, c'est-à-dire bon à gonfler les crapauds. Quant à la râpée, appelée crique en Ardèche, on en déguste dans toutes les bonnes auberges comme un plat du terroir. Ces pommes de terres râpées, battues avec un œuf, et revenues à la poële dans de l’huile ou du beurre, forment une galette dont vous pourrez trouver la recette ici . Benaise, est-il besoin de le préciser, se compose de "bien" et "aise" et signifie que l’on a bien mangé. A noter que ce bien-être corporel peut aussi s’employer pour le bien-être moral.
Sources:

Louis Dorna et Étienne Lyotard, Le Parler Gaga, Actes Graphiques (éd. originale: Éditions Dumas), 2005, 7e éd.

vieux.saint.etienne.perso.fr

gagaweb.chez.com

Manufacture d'Armes du vieux Saint-Etienne

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