Laibach, le rouleau compresseur slovène

Véritable icône de la musique industrielle, Laibach est un groupe à part, qui flirte avec l'imagerie totalitaire d'où sa réputation sulfureuse.
3

Depuis trente ans, Laibach assène sa musique avant-gardiste aux confluents du rock et de la musique industrielle.

Laibach, monstre industriel

Suivant les pas de groupes mythiques comme Kraftwerk ou Throbbing Gristle, les premiers albums de Laibach sont caractérisés par un son froid et agressif. On y trouve des samples de musique classique et contemporaine, le tout baignant dans une ambiance wagnérienne. Depuis, le groupe oscille entre la vague électronique et une approche plus traditionnelle, agrémentant parfois ses compositions de chants lyriques. Laibach s'est fait connaître par ses reprises de standards rock dans lesquelles les mélodies se mêlent à des rythmiques martiales.

La naissance de la bête

En 1980, année de la mort de Tito, deux militaires de l'armée yougoslave, Tomasz Hostnik et Miran Mohar, fondent à Trbvolje, une petite ville industrielle du centre de la Slovénie, un groupe qu'ils baptisent du nom de la capitale Ljubljana durant l'occupation allemande : Laibach. Le groupe fait partie du collectif NSK, pour « Neue Slowenische Kunst » (Nouvel Art Slovène), regroupant trois sections : musique, théâtre et peinture. En 1983, suite à leur première apparition télévisée dans une émission politique de prime time, ils se voient interdire de concert sur le sol yougoslave et retirer le droit de porter le nom de « Laibach ». Les musiciens avaient fait scandale en apparaissant vêtus d'uniformes d'officiers nazis, avec des brassards frappés de leur icône : la croix noire omniprésente dans l'oeuvre de Kazimir Malevitch (1878-1935), peintre de l'avant-garde cubiste russe.

A l'assaut de l'Europe

Le premier album, Laibach , sur lequel le nom du groupe et le titre n'apparaissent pas sur la pochette, du fait de l'interdiction, sort en 1985. Pour échapper à la censure dans leur pays, ils se font signer sur des labels étrangers. En 1987, l'album Opus Dei marque le début de leur succès en Europe avec notamment la reprise du titre « Life Is Life » d'Opus. L'année suivante, ils enregistrent Let It Be , sur lequel ils reprennent la totalité des titres de l'album des Beatles, suivi de Sympathy For The Devil , en 1989. A l'occasion de leur dixième anniversaire et afin de fêter la naissance de l'Etat slovène, ils reviennent dans leur ville natale de Trbvolje en 1990 à l'occasion d'un concert. Après Kapital en 1992, Laibach prend parti contre la guerre qui déchire l'ex-Yougoslavie en 1994, avec l'album NATO , sur lequel ne figurent que des reprises de chansons sur la guerre, telles « In The Army Now » de Status Quo ou « Dogs Of War » de Pink Floyd. Le groupe clôture sa tournée par deux concerts dans Sarajevo, assiégée par l'armée serbe. A cette occasion, il proclame la création officielle de l'Etat du NSK et délivre des passeports de cette nation fictive aux habitants de la capitale bosniaque. Laibach avait rompu avec son image de groupe nationaliste en prônant l'abolition des frontières, à travers la création d'un Etat global.

La consécration

En 1996, l'album Jesus Christ Superstars , plus orienté « metal », explore une dimension mystique. La même année, le groupe, accompagné par l'Orchestre philharmonique slovène, fait scandale en ouverture des cérémonies du Mois culturel européen à Ljubljana. Leur prestation, très impressionnante, choque les chefs d'Etat européens venus assister à cet évènement. Le 1er juin 2000, à l'occasion de son vingtième anniversaire, Laibach surprend encore en faisant un concert dans la forêt slovène, à l'occasion de la projection en avant-première du film Blair Witch Project . En effet, le titre « God Is God » sur l'album Jesus Christ Superstars figurait sur la bande originale du film. Devenu incontournable dans le domaine de la musique industrielle, le groupe revient sur le devant de la scène en 2003 avec l'album Wat , à travers lequel il explore la techno. En 2006, le groupe sort sur Mute records un nouvel album intitulé Volk , sur lequel chaque titre rend hommage à une nation du monde en particulier, notamment l'Allemagne, la France ou encore Israël.

Après avoir été pourchassé par la censure, le groupe est devenu une institution. En empruntant une imagerie autant communiste que fasciste, le groupe renvoie dos à dos ces deux formes de totalitarismes. En fait, Laibach entend refléter l'histoire trouble de son pays et, par la même occasion, celle de tout le 20e siècle. Malgré la froideur de sa musique, Laibach se révèle être un groupe rempli d'humour, qui se plait à manipuler son public tout en le provoquant.

Sur le même sujet