Les Illuminatis, entre mythe et réalité

Les Illuminatis, à l'origine une obscure société secrète allemande de la fin du XVIIIe siècle, sont devenus l'objet de tous les fantasmes complotistes.

En dépit d'une durée de vie relativement courte, l'Ordre des Illuminés de Bavière n'a pas fini de faire couler de l'encre et de susciter les fantasmes, inspirant notamment écrivains, cinéastes, dessinateurs de bande dessinée et même concepteurs de jeux vidéos.

Naissance et philosophie de l'Ordre des illuminés de Bavière

Le 1er mai 1776, Adam Weishaupt , théologien et philosophe allemand, juif ashkénaze converti au catholicisme, fonda à Ingolstadt la société secrète des Perfectibilistes, laquelle devint par la suite les Illuminés de Bavière. Cette société se présentait comme une école se proposant d'enseigner tout ce qui était interdit par l’Église et l’État. Se réclamant des Lumières et résolument anticléricale, la finalité de cette société était d'atteindre le progrès de l'humanité. Comme dans la franc-maçonnerie dont elle s'inspire, la société des illuminés de Bavière se caractérisait par une organisation pyramidale, son fondateur portant le titre de « Général ». Ce dernier, appelé aussi « Spartacus », était assisté par un conseil suprême formé par ses premiers compagnons, seuls à connaître les véritables objectifs de la société. L'Ordre ne compta qu'une dizaine de membres jusqu'en 1780, date à laquelle Weishaupt décida d'intensifier le recrutement en infiltrant d'autres loges maçonniques.

Une chute rapide et sans doute définitive des Illuminatis

L'année 1780 va donc représenter une date charnière dans l'histoire de la société des Illuminés de Bavière. C'est en effet à ce moment qu'intervint l'entrée en son sein du baron Adolf Von Knigge , franc maçon de son état, qui réorganisa l'Ordre en s'efforçant de lui donner une philosophie plus rousseauiste et moins anticléricale. Alors que son recrutement était à l'origine circonscrit à la Bavière, l'Ordre va s'étendre à la Rhénanie, l'Autriche et la Suisse à partir de 1782 et rapidement atteindre son apogée. En 1784, l'ordre des Illuminés, par ailleurs infiltré par des agents de l'administration bavaroise, fut secoué par des divisions internes jusqu'à l'édit du 22 juin 1784 qui, interdisant toutes les sociétés secrètes, signa l'arrêt de mort des Illuminés de Bavière. Adam Weishaupt, destitué de sa chaire universitaire et banni de Bavière, trouva alors refuge et protection à Gotha, auprès du duc de Saxe, où il mourut en 1830. Traqués, les Illuminés de Bavière disparurent totalement du sud de l'Allemagne en 1786.

Les Illuminés de Bavière au centre d'innombrables théories du complot

Dès sa dissolution, l'Ordre des Illuminés de Bavière fut accusé par ses adversaires de fomenter coups d'état et révolutions de par le monde afin d'imposer sa vision du monde. Selon certains conspirationnistes, les Illuminatis seraient même responsables, avec les francs maçons, d'avoir organisé la révolution française de 1789. L'un des propagateurs les plus connus de ces théories fumeuses fut en France l'abbé Augustin Barruel qui dans un livre (1) publié en 1798, présenta l'hypothèse d'un complot visant l’Église catholique et regroupant templiers, rosicruciens, francs-maçons, jacobins et Illuminatis. C'est ce travail qui posera les bases de ce qu'on appellera au XXe siècle le « complot judéo-maçonnique » et inspirera un autre livre, celui du maçon anglais John Robison . Intitulé « Les preuves d'une conspiration contre l'ensemble des religions et des gouvernements d'Europe », cet ouvrage s'appuyait sur la croyance absolue en une conspiration des Illuminatis afin de remplacer toutes les religions par l'humanisme et toutes les nations par un gouvernement mondial unique. C'est de cette idée qu'est né le concept de « Nouvel ordre mondial » qui est au centre de toutes les théories du complot contemporaines. Par ailleurs, certaines théories prétendent que les Illuminatis auraient joué un rôle clé dans la révolution américaine, s'appuyant notamment sur les symboles maçonniques qui figurent sur les billets d'un dollar, en particulier le Grand Sceau des Etats-Unis.

La subsistance des Illuminés de Bavière dans l'imaginaire collectif

Bien que dissous à la fin du XVIIIe siècle, les Illuminatis restent présents dans l'imaginaire collectif, accusés par les conspirationnistes de tous bords d'œuvrer dans l'ombre. Qui n'est jamais tombé au hasard sur une vidéo sur youtube dénonçant une intervention occulte des Illuminatis derrière les attentats du 11 septembre 2001? Qui n'a jamais entendu parler du best-seller de Dan Brown, « Anges et démons », traitant du complot des Illuminés de Bavière contre le Vatican, qui fit l'objet d'une adaptation cinématographique en 2009 par le réalisateur Ron Howard avec Tom Hanks dans le rôle principal? Force est de constater que l'Ordre des Illuminés de Bavière, malgré un poids relatif sur le cours de l'histoire, a durablement investi la culture populaire.

1 : Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, Augustin Barruel

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