L'Uchronie, un genre littéraire méconnu

A la croisée des chemins entre le roman historique et la science fiction, l'uchronie est un genre littéraire original assez peu connu du grand public.
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Terme forgé au XIXe siècle sur le modèle du mot « utopie », l' uchronie désigne un genre littéraire qui repose sur un principe simple: Imaginer ce qu'il aurait pu advenir si le cours de l'histoire avait été différent. A la fois distinct du roman historique et de la science fiction puisque les événements qu'il décrit ne s'inscrivent ni dans le passé ni dans le futur, l'uchronie propose aux lecteurs de se perdre dans les couloirs du temps.

L'utopie dans l'histoire

Le terme d'uchronie est né sous la plume du philosophe français Charles Renouvier en 1857 qui s'en servit pour intituler son livre « Uchronie, l'utopie dans l'histoire ». Il s'agit d'un néologisme forgé sur le modèle du mot « utopie ». De la même manière que l'utopie désignait dans le livre de Thomas More « Utopia » (1516) un monde idéal qui n'existait pas, l'uchronie désigne un temps qui n'existe pas. Le principe est simple : Introduire un point de divergence dans l'histoire et imaginer ce qui aurait pu advenir alors. Le point de divergence est le point de départ de l'uchronie, l'événement à partir duquel le récit uchronique diverge de l'histoire officielle.

Un genre littéraire intemporel

Appelée aussi « histoire alternative » ou « histoire contrefactuelle », l'uchronie a surgi de fait bien avant l'apparition du mot lui même. En effet, dans l'Antiquité, Tite-Live avait déjà réfléchi dans son livre « L'histoire de Rome depuis sa fondation » aux événements qui auraient pu advenir dans l'éventualité où Alexandre le Grand aurait lancé ses conquêtes à l'ouest plutôt qu'à l'est et attaqué Rome au IVe siècle. Le premier roman uchronique fut écrit par Louis Napoléon Geoffroy-Château en 1836. Dans « Napoléon et la conquête du monde, 1812-1813 », il imagine que Napoléon aurait fui Moscou avant l'hiver 1812 et qu'il aurait eu l'opportunité de conquérir le monde entier.

Voyages dans le labyrinthe du temps

Qui ne s'est jamais pris à imaginer ce qu'aurait pu être notre vie si nous n'avions pas choisi telle ou telle voie, si nous n'avions pas commis certaines erreurs ou rencontré certaines personnes ? Les auteurs d'uchronie procèdent de la même manière. Par exemple, dans son roman « Rêve de fer » (1972), Norman Spinrad imagine qu'Adolf Hitler aurait émigré aux Etats-Unis en 1919 où il aurait suivi une carrière d'écrivain d'Heroïc Fantasy. A l'intérieur du roman, l'auteur nous propose de lire un récit sensé avoir été écrit par ce dernier et reflétant ses positions racistes. Ainsi, Norman Spinrad en profite pour critiquer l'arrière-plan idéologique sous-jacent chez les auteurs d'heroïc fantasy. De même, dans « Roma Aeterna », Robert Silverberg part du postulat que les juifs ne seraient pas parvenu à fuir en Egypte, que le christianisme ne serait pas apparu et que l'Empire romain aurait subsisté et serait resté une grande puissance jusqu'au XXe siècle.

Des mondes parallèles

A mi-chemin entre l'histoire et la fiction, l'uchronie offre aux auteurs de romans une liberté infinie. Ainsi affranchi de la contrainte de se conformer à l'histoire officielle, ils ont la possibilité d'imaginer des mondes parallèles. Par exemple, dans le roman « De peur que les ténèbres » (1939) de Lyon Sprague De Camp , un archéologue américain projeté dans la Rome Antique par un coup de foudre va tout mettre en œuvre pour changer le cours de l'histoire. De même, dans son roman « Le maître du haut château », l'écrivain de science fiction Philip K. Dick imagine un monde dans lequel les forces de l'Axe auraient gagné la deuxième guerre mondiale et dans lequel l'Amérique serait divisé en deux : une zone occupée par l'Allemagne à l'Est et une autre par le Japon à l'Ouest.

Steampunk, vous avez dit steampunk ?

Né dans les années 80, le steampunk (néologisme forgé sous forme de clin d’œil au « cyber-punk ») est un sous-genre de la science fiction uchronique lointainement inspiré des écrits de Jules Verne, que l'on qualifie couramment de « rétro-futuriste » et dont l'esthétique s'inspire de la révolution industrielle et de l'époque victorienne. Les récits de steampunk imaginent un monde dans lequel les machines à vapeur se seraient développé au delà de ce que nous connaissons, d'où l'absence de moteurs à combustion interne et au delà un retard dans les domaines de l'électricité et de l'informatique.

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