Participation, remède au conflit politique vs. citoyen? (théorie)

On reproche souvent à la politique de se déconnecter des citoyens. De nombreux auteurs plaident pour plus de participation comme moyen de réconciliation.

Pétitions, grèves, abstention... les symptômes de la crise politique (et démocratique) que traversent nos sociétés modernes sont nombreux. Nos élus ne prendraient plus en compte les intérêts des citoyens et l'écart entre les attentes et les décisions politiques semblent s'accroître toujours plus.

Les derniers mouvements de protestation dans le monde occidental vont d'ailleurs dans ce sens (Occupy Wall Street , mouvements des Indignés , Stuttgart 21 ...).

Alors comment réconcilier dirigeants politiques et citoyens? Comment donner plus de légitimité aux décisions politiques?

Pourquoi la participation?

La participation, c'est à dire l'introduction du citoyen au coeur du processus de décision politique, est un des moyens avancés par de nombreux auteurs. Elle a pour but d'intégrer les connaissances et les valeurs des différents participants, des représentants de la société civile aux acteurs économiques, politiques et aux experts.

Les tenants de la participation partent du principe que toutes les personnes concernées par une décision politique (au niveau local comme national) ont quelque chose à apporter au débat afin d'améliorer la qualité de la décision.

On retrouve principalement six approches théoriques de la participation :

L'approche fonctionnaliste

- Point de départ?

Nous vivons dans des sociétés complexes où chaque interaction sociale a pour fonction d'assurer la survie de la société. La participation est une de ces fonctions.

- But de la participation?

Elle livre les informations nécessaires aux intéressés pour plus de transparence et une amélioration du cadre de délibération.

- Principes?

L'intégration de tous les experts et de tous les points de vue.

L'approche néo-libérale

- Point de départ?

Les intérêts des individus sont parfois contradictoires, c'est pourquoi des moyens de régulation politique doivent être mis en place pour éviter les conflits d'intérêt.

- But de la participation?

L'introduire de mécanismes de dialogue et l'élaboration du consensus capable de satisfaire les intéressés.

- Principes?

Chaque intéressé doit être parfaitement informé pour que l'accord final soit le plus juste possible.

Des mécanismes de compensation sont indispensables afin que chacun trouve un avantage à accepter une décision politique.

L'approche délibérative

- Point de départ?

La société a besoin de cohésion morale. L'inclusion de différents acteurs dans le processus de décision politique doit permettre la légitimité et la soutenabilité des mesures prises.

- But de la participation?

La recherche de l'intérêt général, le développement de la compréhension entre les acteurs et la définition du compromis normatif le plus souhaitable sont les grands enjeux de cette approche. Celle-ci repose sur la notion de "vérité" développée par Jürgen Habermas : la vérité absolue n'existe pas, elle correspond simplement au consensus le plus sain entre les différentes parties.

- Principes?

L'argumentation rationnelle et la diversité des participants au processus de participation sont des conditions nécessaires à la réussite politique et démocratique.

L'approche anthropologique

- Point de départ?

Cette approche se base sur la philosophie pragmatique anglaise. Le "bon sens" reconnu dans une société détermine quelle est la meilleure décision à prendre.

- But de la participation?

La mise en lumière du "bon sens". Une idée est bonne ou mauvaise selon les conséquences qu'elle engendre.

- Principes?

La présence d'un jury est nécessaire : neutre et varié, il prend la décision la plus juste.

L'approche émancipative

- Point de départ?

Liée au (neo-) marxisme, cette approche part du principe que la société est divisée entre ceux qui ont le pouvoir d'imposer leurs décisions et les autres.

- But de la participation?

Elle donne une chance de s'exprimer et une capacité décisionnelle à ceux qui sont les plus démunis en matière de pouvoir. A long terme, une évolution (voire une révolution) des structures du pouvoir est souhaitée.

- Principes?

Le renforcement des ressources et des valeurs des moins favorisés permet cette évolution.

L'approche postmoderne

- Point de départ?

Les discours sont basés sur les notions de savoir, pouvoir et éthique qui sont étroitement liées entre elles. Aucune société n'est obligée de subir la structure dans laquelle elle évolue (elle a le pouvoir de modifier cette structure).

- But de la participation?

La participation permet l'expression de la diversité des opinions et connaissances.

Elle force les autorités publiques à prendre en considération la volonté des différents groupes d'intérêt.

Ici, l'atténuation, plus que la solution des problèmes entre politique et citoyen est privilégiée.

- Principes?

Tous les points de vue et toutes les minorités doivent être représentées.

Et plus concrètement?

Ces approches théoriques ont permis le développement, surtout depuis les années 1990, de nombreuses formes de participation citoyenne, allant de la simple consultation (sondages, référendum...) à la délibération et prise de décision citoyenne (budgets participatifs permettant aux citoyens de gérer une partie du budget d'une commune...).

Il semblerait qu'aujourd'hui, on se tourne de plus en plus vers une démocratie participative (voire délibérative), comme le montre par exemple le dialogue national lancé par la chancelière allemande Angela Merkel il y a quelques jours, mélangeant débats entre citoyens, entre experts et analyse politique pour déterminer les futures grandes politiques à mener dans le but d'améliorer le futur du pays...

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