Pourquoi les hommes aiment-ils tant le football?

Il était une fois une balle, des joueurs courant derrière elle, des hommes les regardant courir. Et des femmes observant le tout en se demandant : pourquoi?
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Le verdict est sans appel : en Europe, selon une étude du Social Issues Research Center , 60% des hommes préfèrent regarder un match de foot plutôt que faire l'amour à leur compagne.

Le football est le sport le plus pratiqué dans l'héxagone avec plus de deux millions de licenciés en 2010 (dont seulement 3,2% de femmes). Alors qu'il peut devenir un sujet récurrent de conflit dans le couple, il est temps de comprendre, mesdames, pourquoi nos hommes sont accros...

Un pour tous, tous pour un!

En s'identifiant à une équipe, ou en en intégrant une, les hommes affirment leur appartenance à un groupe qui partage les mêmes rêves et vibre au même rythme. Ils découvrent la valeur de la force et de la solidarité qu'ils exposent volontiers quand arrive l'heure de la confrontation avec les équipes adverses. Qui n'a d'ailleurs jamais entendu parler des affrontements entre supporters du PSG et de l'OM?

Certains sociologues n'hésitent pas à affirmer que le football est aujourd'hui un facteur d'identifcation au même titre que la religion, la famille ou encore le patriotisme.

Selon le SIRC, 60% des supporters européens affirment que le foot est comme une religion. Après tout, ici aussi on prie pour un résultat, on adore des icônes et on observe des rituels : en Espagne, 70% des supporters déclarent avoir un rituel d'avant match!

Ce sentiment d'appartenance est aussi fort dans une tribune que derrière le poste de télévision. Pour 70% des supporters, l'émotion collective dégagée par une rencontre est au moins aussi importante que le match lui-même.

Moi homme, toi femme

Ce n'est pas un secret : le foot est considéré comme un "sport d'hommes" transmis de père en fils. Selon le sociologue Patrick Mignon, il constitue un des éléments fondamentaux du statut d'homme et de l'expression de la virilité.

La fracture footballistique entre hommes et femmes est accentuée par le fait, selon Mignon, que les femmes sont moins enclines à partager les valeurs de force et de solidarité quasi-guerrière véhiculées par le foot.

Les hommes excluent volontiers les femmes de ce monde qu'elles "ne peuvent pas comprendre" (après tout, Freud a certainement raison : la possession d'un pénis est unificateur pour les hommes, et facteur d'exclusion pour les femmes).

Quel homme n'a jamais eu de compassion pour José, personnage de la série Scènes de ménage, dépité face à sa femme qui ne comprend pas les règles du hors-jeu?

Les émotifs anonymes

67% des supporters affirment avoir déjà pleuré devant un match.

Si le foot est synonyme de masculinité, il est également un moment d'explosion émotionnelle : cris, ola, insultes, embrassades, sauts, pleurs... Le supporter ne cesse de s'agiter comme jamais il ne le ferait ailleurs : être supporter, c'est un exutoire!

Selon Alain Ehrenberg, "le football n'est d'ailleurs qu'un des terrains d'élection de cette passion d'être soi-même". On ne lui donnera pas tort.

D'autant plus que les qualités dramatiques du football viennent exacerber cette passion, entre enjeux cruciaux (Coupe du monde etc.) et épreuves symboliques ("but en or", "mort subite" etc.).

Messi, tu es mon Dieu!

La surmédiatisation des joueurs et entraîneurs contribue largement à renforcer l'émotion que procure le football. Si l'on peut comprendre qu'une femme ait du mal à s'identifier aux rois du petit pont, les hommes aiment s'inspirer de leurs joueurs favoris.

Entre représentant d'un club et figure publicitaire, le joueur est objet de fantasme : pendant que les femmes rêvent de la vie d'Angelina Jolie, des tenues de Sarah Jessica Parker ou de la classe de Catherine Deneuve, les hommes rêvent d'avoir le jeu de jambes de "Zizou", l'adresse de Messi, ou le charisme de David Beckham.

Une autre façon de confronter la réalité sociale

Pour Christian Bromberger, le football concentre la plupart des phénomènes sociaux : problème identitaire, méritocratie, statuts (capitaine, entraîneur) division du travail, égalité des chances, justice (arbitre) et sanctions (carton rouge, relégation) etc.

En se confrontant au monde du foot, c'est à la réalité sociale que l'homme se frotte. Il y apprend les joies et les peines de la "vraie vie" en quelque sorte : le football est une école de la vie pouvant donner des espoirs face aux situations difficiles.

Langage universel

Et bien sûr, le football est un sport pratiqué aux quatre coins du globe. Il est accessible au plus grand nombre car on peut y jouer partout grâce à la simplicité de ses règles, de ses dispositifs spatial et instrumenal, contrairement à des sports comme le rugby ou le tennis : pas forcément besoin d'un ballon ou d'une pelouse, une canette vide et une rue déserte suffisent!

Sans parler du fait que tout le monde peut le pratiquer quelque soit sa taille ou ses compétences physiques : il y a forcément un poste à prendre, des buts à l'attaque.

Les femmes n'ont donc pas fini d'entendre parler de football, et il faudra encore ruser pour garder le contrôle de la télécommande, comme l'illustre avec beaucoup d'humour une publicité Canal Digital ...

Pour en savoir plus : Christian Bromberger, Alain Hayot et Jean-Marc Mariottini, « Allez l'O.M. ! Forza Juve ! »

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