Stuttgart 21 : un projet ferroviaire vivement contesté

D'enjeu économique, Stuttgart 21 est devenu un enjeu démocratique, au point de faire l'objet d'un référendum. Retour sur ce projet qui divise les Allemands.
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L'ambitieux projet ferroviaire de la ligne Stuttgart-Ulm (Bade-Wurtemberg), bien que perçu comme innovateur, a suscité une opposition politique et populaire qui a rapidement dépassé les frontières de cette prospère région d'Allemagne. Impulsées dans les années 1990, les négociations entre les acteurs du dossier (la Deutsche Bahn, l'Etat, la région, la ville et l'aéroport de Stuttgart) ont abouti en 2009. Mais les travaux débutés en février 2010 furent rapidement perturbés par la contestation de plus en plus d'habitants estimant ce projet inutile et trop coûteux. Cette opposition a tellement gagné en importance qu'un référendum s'est tenu le 27 novembre dernier pour décider de la suite à donner au dossier.

Quelles sont les grandes lignes du projet?

Stuttgart 21 veut faire de la ville un point névralgique du rail européen : elle se trouve en effet au coeur de la "magistrale européenne", un projet de ligne à grande vitesse reliant Paris à Budapest. La modernisation du réseau entre la capitale souabe et Ulm s'inscrit donc dans cette démarche européenne de performance ferroviaire et technologique.

Le projet est plus qu'ambitieux : en plus de la mise en place de lignes à grande vitesse, la création d'une gare à l'aéroport reliée par un tunnel à celle du centre-ville est prévue. C'est d'ailleurs celle-ci qui porte le coeur du projet : la gare principale (Hauptbahnof), qui est actuellement une gare terminus, va être transformée en gare de passage souterraine. Les quais seront donc enfouis sous terre et pivotés de 90°, le tout dans un nouveau décors ultra moderne, voire futuriste.

Ceci engendrera par conséquent la réorganisation d'une partie des transports en commun de l'agglomération et aura un impact sur l'environnement direct de la gare. Grâce au gain de place permis par son enfouissement, les espaces gagnés en surface serviront à la réalisation de projets immobiliers et urbains permettant la création de deux nouveaux quartiers.

La bataille des arguments : pour ou contre Stuttgart 21?

Les arguments en faveur de Stuttgart 21 sont essentiellement économiques : la ville sera d'autant plus attractive qu'elle sera mieux reliée au réseau national et européen et les temps de parcours entre les villes seront réduits. Les espaces gagnés en surface permettront la création de nombreux bureaux et logements. En outre, la réalisation des travaux stimulera l'emploi dans toute la région.

Les opposants, emmenés par les Verts (Die Grünen), dénoncent les coûts exorbitants engendrés par Stuttgart 21. Le projet devait à l'origine coûter trois milliards d'euros, mais plusieurs réévaluations revoient ce chiffre à la hausse : s'il tourne actuellement autour de cinq milliards d'euros, certaines études avancent des montants jusqu'à deux fois plus élevés. Le potentiel de la gare étant déjà important, le projet est perçu comme inutile.

L'impact écologique, avec notamment le forage de tunnels dans des zones protégées, est lui aussi pointé du doigt, tout comme le manque de transparence des autorités sur certains détails du dossier. Enfin, la destruction de la gare, une des seules à ne pas avoir été détruites en 1945, est dénoncée.

Une protestation populaire sans précédent

La contestation à l'encontre de Stuttgart 21 s'est rapidement organisée, au point d'occuper une place importante dans l'espace médiatique et politique. Des manifestations devant la gare ont été organisées tous les lundis (ce sont les "Montagsdemo"), rassemblant parfois jusqu'à 20 000 personnes. Certaines manifestations organisées le week-end ont réuni jusqu'à 150 000 participants.

Le parc longeant la gare, dont une partie sera rasée, a quant à lui été pris d'assaut par des occupants empêchant l'abattement des arbres. Des manifestations eurent également lieu dans d'autres villes, comme Berlin, puisque l'Etat prend en charge une partie des coûts de ce projet controversé.

Un contre-projet (appelé Kopfbahnhof 21 ) a été développé afin de permettre une modernisation de la gare moins coûteuse. Il propose un transfert des coûts initialement prévus pour Stuttgart 21 vers les domaines de l'éducation et du social.

La protestation s'est généralement passée sans incident. Cependant, quelques heurts avec les forces de l'ordre se sont produits, notamment quand celles-ci ont cherché à dissiper la foule avec des lances à eau ou à briser les chaînes humaines se formant le long de la gare.

Le référendum du 27 novembre 2011 : la fin des tensions?

Afin de mettre fin au conflit de manière démocratique, un référendum régional a été organisé le 27 novembre 2011, à la veille de la 101e Montagsdemo. Il a été mis en place par la coalition vert-rouge qui a gagné les élections régionales en mars 2011, mettant ainsi fin au règne de 58 ans de la CDU (parti chrétien-démocrate), le parti d'Angela Merkel.

Les votants ne devaient pas se prononcer pour ou contre Stuttgart 21, mais pour ou contre la loi relative à la résiliation du contrat de financement du projet. Les opposants (qui devaient donc voter "oui") n'ont obtenu que 41,2% des suffrages, laissant donc le champ libre à la poursuite des travaux.

Déçus, et malgré les appels à la fin des manifestations des Verts et des socialistes, une partie des anti-Stuttgart 21 a déclaré vouloir poursuivre la contestation. Une minorité appelle même à la désobéissance civile.

Le référendum n'a donc pas mis fin aux tensions, et les mouvements de protestation, qui furent jusque là rares dans cette région d'Allemagne calme et conservatrice, vont donc perdurer un certain temps.

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