Côte d'Ivoire : 50 morts, l'ONU toujours impuissante

Depuis les élections en Côte d'Ivoire, la question de la démission du président Gbagbo n'a toujours pas été réglée, et la situation devient inquiétante.

Alors que Laurent Gbagbo refuse toujours de laisser le pouvoir à Alassane Ouattara, le crise ivoirienne devient de plus en plus profonde. Les derniers échos de l'ONU font état de 50 décès dans les violences qui ont eu lieu au cours des trois derniers jours dans le pays.

Des élections qui relancent le clash

Grand perdant des élections présidentielles organisées tant bien que mal en Côte d'Ivoire, le 28 novembre dernier, Laurent Gbagbo est toujours en place et refuse tout dialogue, alors même que la Commission électorale indépendante a donné la victoire au camp Ouattara avec 54,1% des suffrages, contre 45,9% au président sortant.

Mais quelques heures après le verdict, le Conseil constitutionnel a annulé les voix de 7 circonscriptions, donnant comme vainqueur le camp Gbagbo avec 51,45% des voix. Le Conseil constitutionnel, proche du président sortant, a ainsi considéré que certaines régions du nord du pays ont effectué des pressions sur les électeurs, les empêchant de voter pour Gbagbo. Suite à cette décision de supprimer des circonscriptions, le Conseil a également fait savoir que les résultats communiqués par la CEI ont été livrés hors-délai, et sont donc illégaux.

Deux présidents, deux gouvernements

Les deux camps se considérant vainqueur des élections, chacun a donc préparé un gouvernement afin de diriger le pays. Le 4 décembre, Gbabo et Ouattara ont prêté serment, et ont nommé un Premier ministre en charge des affaires du pays. Alassane Ouattara a choisi Guillaume Soro qui a accepté, alors qu'il était déjà à ce poste depuis 2007, sous la président de Laurent Gbagbo. Soro a démissionné du gouvernement Gbagbo pour prêter allégeance à celui de Ouattara, tout en déclarant : "Gbagbo est non seulement un tricheur, mais un dictateur. Quiconque n'accepte pas le jeu démocratique, le verdict du peuple et le résultat des élections est un dictateur". Il exhorte également l'ONU à prendre position.

De son côté, refusant de céder le pouvoir, Laurent Gbagbo a nommé Guy Marie Ngbo Aké à la tête de son nouveau gouvernement. Recteur d'université, ce proche du président sortant a donc la charge du pays, alors que celui-ci est en plein chaos.

Gbagbo boucle le pays

Depuis le résultat donné par la CEI, Laurent Gbagbo a bouclé les frontières du pays, et interdit aux médias extérieurs de la Côte d'Ivoire d'émettre. Son ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, bien connu pour avoir allumer la mêche lors des précédentes émeutes dans le pays, appelle ses partisans à la lutte. "Il n'y a qu'une seule bataille: assurer notre dignité et garantir la souveraineté de notre pays. C'est à nous qu'il appartient de choisir notre président" ou encore "Cette bataille, nous l'avons entamée en 2002. Nous sommes prêts à mourir pour elle".

L'ONU renouvelle de son côté son soutien à la CEI, qu'elle a supervisée tout au long des élections, et se place donc du côté de Ouattara. En menaçant le président sortant de "sanctions", les Etats-Unis et l'ONU prennent également position. De son côté, Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères française, est aussi favorable au nouveau président Ouattara. "La seule signature bancaire valable pour l'Etat ivoirien c'est désormais celle de M. Ouattara".

La Côte d'Ivoire bascule dans la violence

Malgré les injonctions internationales à l'encontre de Laurent Gbagbo, celui-ci ne cède pas et exhorte son peuple à lutter. Une situation qui commence déjà à créer des émeutes. Selon l'ONU sur place, plus de 50 Ivoiriens sont déjà morts dans les affrontements entre les deux camps. L'urgence en Côte d'Ivoire est donc présente. Plus de 10 000 casques bleus sont sur le terrain, mais la position toujours délicate des militaires ne leur permet pas juridiquement de s'interposer entre les deux camps dans le cas d'une guerre civile. Après les massacres au Rwanda en 1994, les limites du pouvoir d'intervention de l'ONU sont encore criantes.

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