Enquête exclusive stigmatise la population sri lankaise de Paris

Dans le dernier volet de l'émission Enquête exclusive, les reportages semblent montrer une image disproportionnée de la violence dans la capitale française.
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Dans la foulée d'un reportage poignant de l'émission Capital sur les Prédateurs sexuels, la chaine M6 a choisi de diffuser deux reportages sur la violence dans la ville de Paris pour son émission Enquête exclusive. Dès l'introduction, on peut apercevoir les images chocs de ce reportage, qui semble toutefois en faire trop et surtout stigmatiser une partie de la population par son origine ethnique.

Un reportage sur les jeunes de Banlieue

Bernard de La Villardière arrive donc sur le parvis de la Gare du Nord, pour nous présenter le travail des équipes M6. Bizarrement, le montage vidéo met à l'écran des passants, dont trois mendiantes de la population Rom, dont il n'est nullement question dans la suite des débats. A chaque fois que le mot Bandes est prononcé par le journaliste, un plan large est fait, montrant en arrière plan un groupe d'individu qui y est forcément assimilé.

Le sujet montre ensuite une bande de casseur lors d'une manifestation dans Paris. L'identification de ses jeunes par les inspecteurs de police est simplement faite pas leur apparence, avec notamment un blouson estampillé 93. On retrouve ainsi tous les clichés sur les jeunes de banlieue. Suite à une interpellation en masse au forum des Halles, une garde à vue plutôt agitée est filmée. C'est à cette occasion qu'on assiste à une scène plutôt drôle. Alors qu'un des jeunes tente de se soustraire des ses gardiens, trois autres policiers arrivent à l'aide. Mais ceux-ci passent à côté de la scène, assez bruyante et filent tout droit avant de sa raviser et de voir enfin la bagarre.

Dernier point du sujet, les bandes de filles. Le journaliste suit une autre équipe de police qui rencontre un groupe 100% féminin. Bruyantes, elle chantent et dansent dans le métro, puis se regroupent vers un autre point névralgique. En privé, l'une des leaders de la troupe indique qu'elle fait cela afin de s'évader de sa vie privée morose.

Les bandes de Sri Lankais

Le deuxième sujet de la soirée est consacré aux bandes de délinquants issus de la communauté sri lankaise de Paris. Les journalistes suivent une équipe d'inspecteurs du Service de sécurité transversale. Le principal sujet du reportage lance "allez hop, on part à la guerre !" au moment de monter en voiture, voila qui place la barre assez haut avant même de connaitre les problèmes de terrain. A la manière d'un thriller américain, le reportage montre qui sont les membres des gangs, avec des photos floutées sur fond de musique hip-hop. Puis le focus est ensuite fait sur le lieu de résidence des individus, montrant clairement un quartier de Paris, et stigmatisant donc tous les Sri Lankais y résidant.

Le travail de terrain du Lieutenant de police s'avère assez tranquille puisqu'il rencontre les bandes et discute avec elles paisiblement. La notion de danger devient dès ce moment moins palpable, en comparaison avec les gangs précédemment montrés par l'émission à Rio, Ciudad Juarez ou Manille. Un soir, une autre équipe de police se lance à la poursuite d'un groupe de malfaiteur. Leurs deux véhicules sont fouillés, on y trouve un katana, un marteau ou une béquille. Des objets de la vie courante, vendu librement, donc loin de l'arsenal des gangs des précédentes émissions. L'inspecteur annonce alors que ce genre d'armes est "de plus en plus courant dans cette diaspora". L'image du migrant sri lankais est donc profondément ternie dans ce sujet, alors même que la population totale est annoncée à 50.000 personnes, pour seulement quelques délinquants.

Stigmatisation des jeunes et de certains immigrés

On ressort donc de cette émission avec un étrange sentiment. Comme dans les programmes issus des Etats-Unis, le rythme du montage et les musiques utilisées paraissent un ton au-dessus de la réalité montrée. On assiste donc à une surexposition des violences par rapport à ce qu'elles sont réellement. Les phénomènes de bandes en France existaient déjà dans les années 1980, ils ne sont donc pas nouveau. A côté, la stigmatisation raciale des Tamouls, venus du Sri Lanka va peut-être s'avérer néfaste pour ces populations qui vivent déjà un parcours difficile, étant des réfugiés politiques de leur pays.

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