Gunnar Nordahl, le héros de San Siro

Retour sur l'immense carrière de l'avant-centre suédois, star des années 50, première grande vedette du Milan AC.

Natif d'un petit village situé dans le nord de la Suède en 1921, Gunnar Nordahl grandit avec un esprit de compétition au quotidien au sein de sa fratrie. A 15 ans, il effectue ses débuts dans l'équipe première d'Hornefors, qui évolue en 3e division nationale. Auteur d'un but pour sa première titularisation, il récidive lors des semaines suivantes et boucle sa première saison avec 6 buts en 5 rencontres. Entouré des ses frères, Knut et Bertil, il continue sur sa lancée en 1937-38. Il inscrit alors 15 buts en 14 matchs, ce qui amène les grands clubs nationaux a porté un œil très attentif sur les 3 jeunes frères, en particulier Gunnar.

A l'été 1940, alors qu'il a inscrit 68 buts en 3 saisons, l'attaquant est recruté par l'IF Degerfors, pensionnaire de l'élite. Après un mois d'août compliqué, il enfile les buts comme des perles. 17 rencontres de première division à son actif, et 15 buts à son compteur, il termine en tête du classement individuel, à égalité avec Stig Nystrom. Les saisons s'enchainent alors pour le buteur, qui signe 56 réalisations en 4 ans à la pointe de l'attaque de son équipe. Epaulé par son frère Bertil, il ne parvient pas à hisser sa modeste équipe plus haut dans le classement, et choisit de rejoindre Norrköping, le cador du pays !

C'est tout de suite la consécration pour Gunnar qui marque 27 fois en 22 matchs et décroche son premier titre de champion de Suède en 1945. Son grand match a lieu le 12 novembre 1944, les spectateurs de l'Idrottsparken assistent à un véritable récital, 7 buts pour lui et un succès 9-1 face à Landskrona. Nordahl inscrit 25 buts la saison suivante, puis 17 et 18. Il récolte sur son passage 4 titres nationaux. International suédois, il guide son pays jusqu'aux Jeux Olympiques de 1948 à Londres. Au premier tour, les Jaune et Bleu battent l'Autriche 3-1, avec un doublé du buteur de Norrkoping. En quart de finale, les Nordiques étrillent la Corée du Sud (12-0), 4 nouveaux buts à son actif. La demi-finale est bien plus serrée face aux Danois (4-2), mais ouvre la voie de la finale. Le 13 août, dans la mythique enceinte du Stade Wembley, Nordahl inscrit l'un des buts victorieux (3-1), et gagne la médaille d'or du tournoi en compagnie de ses deux frères ! Il remporte également la couronne de meilleur buteur avec ses 7 pions. Cet attaquant pur jus au gabarit de boxeur, 1.80m pour 90 kg, est alors considéré comme le meilleur joueur d'après-guerre.

Départ pour l'Italie

Repéré lors de ce tournoi par les grandes écuries européennes. L'attaquant joue encore jusqu'à la trêve hivernale pour son équipe, mais signe fin décembre en Lombardie. Le 2 Janvier de l'année 1949, Nordahl effectue ses débuts en Serie A au Stade San Siro, pour la réception de Pro Patria. Il inscrit son premier but sous ses nouvelles couleurs à la 50e minute de jeu, et se fait déjà adopter par les tifosi. Un mois plus tard, lors du derby face à l'Inter Milan, il signe un doublé qui permet aux siens d'arracher le nul (4-4) face à l'ennemi. En 15 matchs, le buteur suédois inscrit 16 buts, mais son équipe termine au pied du podium, à 10 longueurs du Torino. Durant l'intersaison, les dirigeants lui adjoignent deux recures qu'il connait bien, Gunnar Gren et Nils Liedholm, ses compatriotes. Le trio, surnommé Gre-No-Li en Italie devient rapidement inaretable. Lors de la 14e journée, les Rossoneri reçoivent le Genoa, doublé de Gren, 1 but pour Liedholm et un doublé pour Nordahl, 5-0 au tableau d'affichage. L'attaquant récidive quelques semaines plus tard lors d'une expédition punitive dans le Piémont. Le Milan AC s'impose 7-1 sur le terrain de la Juventus Turin, avec un hat trick de son artiste venu du froid. Le 5 mars 1950, Nordahl inflige un quadruplé au Torino (décimé depuis le crash de Superga), et l'emporte 7-0. La saison s'achève sur un carton 6-2 face à la Roma, 2 buts signés Nordahl, qui boucle la saison avec 35 réalisations et décroche son premier titre de Capocanoniere !

Malgré les 118 buts, le Milan échoue à la 2e place du championnat, un erreur à réctifier pour l'avant centre. L'exercice suivant démarre très fort, avec notamment une volée infligée à Novara (9-2), dont 4 buts du colosse suédois. Au cours de la saison, bien emmenés par le trio Gre-No-Li, les Rossoneri signent une série de 21 matchs sans défaite, avec 18 victoires et 3 nuls, prenant le large au classement, le club lombard s'empare du titre, et Nordahl obtient un 2e trophée individuel avec 34 réalisations. Pour sa 4e saison en Serie A, le Suédois livre un duel à distance avec le Danois John Hansen, star de la Juventus, mais au final, c'est le club Turinois qui l'emporte, et Hansen qui devance Nordahl, avec 30 buts contre 26. Milan, défait 3-1 sur la pelouse de son rival, voit le Scudetto lui échapper pour 7 longueurs.

Vexé, le buteur vedette, désormais âgé de 31 ans entame la saison 1952-1953 avec le désir de récupérer sa couronne de roi des cannoniers. Au passage, il ouvre le score lors de la 12e journée au Stadio Communale de Turin et permet à sa formation de venir humilier la Juve 3-0. Trois triplés plus tard, Nordahl termine Capocanoniere pour la 3e fois de sa carrière, et le Milan est 3e de la Serie A. Il réédite sa performance les deux saisons suivantes, avec des totaux de 23 et 27 réalisations, pour arriver à un score de 5 titres de meilleur buteur du Calcio. Il demeure aujourd'hui le seul joueur possédant 5 couronnes dans ce domaine !

La Coupe d'Europe et les records

La saison 1955-1956 marque le début du Milan AC en Coupe d'Europe, le départ de lère moderne du football continental, et la fin d'une époque pour le grand attaquant, qui fête ses 34 ans en Octobre. Champion en titre, le club à l'honneur de représenter l'Italie lors de la toute première Coupe des Clubs Champions. Le programme commence par la modeste équipe allemande de Sarrebruck. Une victoire à l'aller 4-1 en déplacement offre le confort nécessaire au retour (3-4). Le quart de finale oppose les Lombards au Rapid de Vienne, champion d'Autriche. Après un nul 1-1 à l'aller, le Milan AC retrouve sa flamme. Gunnar Nordahl, associé à l'Uruguayen Schiaffino inscrit un doublé et fait voler en éclat l'adversaire du jour (7-2).

Le 19 avril 1956, le Suédois et les siens se déplacent au Stade Santiago Bernabeu pour y défier le Real Madrid. Hector Rial ouvre le score pour les locaux, mais Nordahl égalise peu après, Joseito redonne l'avantage aux Merengues sur Penalty, mais c'est Schiaffino qui remet les pendules à l'heure cette fois. Juste avant le pause, Roque Olsen offre le 3e but au Real, en 2e période, c'est Alfredo Di Stefano qui clot le score à 4-2. Un retard pas encore inespéré pour le Milan. Deux semaines plus tard, les Rossoneri bataillent, tentent de renverser la vapeur, mais à force de pousser, c'est le Real qui profite des espaces pour marquer par Joseito. Dal Monte inscrit 2 penaltys, mais l'aventure de Nordahl s'arrête la en Coupe d'Europe. Usé, le gaillard termine la saison avec 23 en Serie A, et prend la direction de la capitale, pour rejoindre l'AS Roma.

Une usure physque et des regrets

A Rome, il évolue avec deux vedettes en attaque, l'Uruguayen Alcides Ghiggia et le Brésilien Dino Da Costa. Malgré une ligne offensive spectaculaire et efficace, le club de la Louve ne marche pas bien dans le Calcio. Da Costa bénéficie des conseils judicieux de son partenaire suédois et termine Capocanoniere avec 22 buts. De son côté, Nordahl en inscrit 13 en 29 rencontres, un chiffre honorable. Pour sa dernière saison, les blessures et l'âge faisant, il doit se contenter de 4 rencontres, pour seulement 2 réalisations.

Ainsi, il quitte la Serie A en 1958 avec un total étourdissant de 225 buts en 291 matchs, le 2e meilleur total de l'histoire derrière Silvio Piola (274 buts). L'attaquant massif au maillot rouge et noir entre donc dans l'histoire du football italien. Il offre au passage 2 championnats d'Italie et 4 Coupes à son équipe, qu'il lance parfaitement sur l'échiquier européen.

Malgré ce palmarès impressionnant, un détail peut faire nourrir des regrets sur cette époque, il a du tirer un trait sur son équipe nationale en rejoignant l'Italie. La Suède, 3e de la Coupe du Monde 1950, et finaliste à domicile 8 ans plus tard aurait peut-être pu faire mieux avec son buteur vedette !

International suédois : 33 sélections (43 buts)

4 fois champion de Suède

2 fois champion d'Italie

Champion Olympique

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