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MAURICE BOURDON

Publié dans : Les articles Histoire de Maurice Bourdon

Procès de Philippe Pétain : la condamnation à mort du maréchal

Accusé de trahison envers la France entre 1940 et 1944, le maréchal Pétain est condamné à mort puis à la détention à perpétuité sur l'île d'Yeu, en France.

Le 23 juillet 1945 a débuté à Paris le procès du maréchal Pétain. Depuis plusieurs jours déjà, les témoins se succèdent à la barre. L'issue du procès, désormais, est imminente. Maître Isorni, avocat de la défense et excellent orateur, prononce sa plaidoirie.

Procès du maréchal Pétain : la plaidoirie d'Isorni

Tout au long de sa plaidoirie, Jacques Isorni tente de traduire, sinon justifier, la politique menée par son client durant quatre ans, de 1940 à 1944 : « la politique du maréchal était la suivante : sauvegarder, défendre, acquérir des avantages matériels, mais souvent au profit de concessions morales. » Et de préciser : « La Résistance a eu une conception contraire : elle ne cherchait point à éviter les sacrifices immédiats. »

Maître Isorni évoque ainsi plusieurs points : n'y a-t-il pas eu en France, grâce au maréchal Pétain, et en comparaison à d'autres pays comme la Pologne, que peu de Juifs français victimes de massacres ? La collaboration avec les autorités allemandes n'a-t-elle pas permis au régime en place de sauver des résistants voués à une mort certaine ? Il ne s'agit plus aujourd'hui de refaire le débat, non, il faut convaincre.

Jacques Isorni : « Quand cessera-t-elle, la discorde de la nation ? »

Le jeune avocat a compris que dans ce procès, la passion plus que tout peut renverser la situation et, donc, l'issue du procès. Il en use, les bras agités : « Mais, messieurs [...] si c'est la mort que vous prononcez contre le maréchal Pétain, eh bien, nous l'y conduirons [...] Vous serez tous présents et vous verrez, au fond de vos âmes bouleversées, comment meurt ce maréchal de France que vous aurez condamné, cet inhumain spectacle du plus illustre des vieillards lié à la colonne du martyre. » Isorni réclame l'indulgence pour le vainqueur de Verdun : « Depuis quand, à des mains françaises qui se tendent, d'autres mains françaises se sont-elles obstinément refusées ? Quand cessera-t-elle, la discorde de la nation ? »

Le maréchal Pétain est condamné à mort le 15 août 1945

Incarcéré à la prison de Montrouge depuis le début du procès, Pétain attend désormais le verdict, tout comme ces millions de Français qui, il y a quelques mois encore, lui vouaient une véritable fascination. Cette mort qui le nargue, il ne peut s'y résoudre. En effet, à 89 ans, le vieil homme fait encore des projets, « jamais je n'ai vu un homme si proche de la mort songer tant à l'avenir », confiera plus tard son avocat.

Le 15 août 1945, après vingt-quatre jours de procès, la sentence tombe : par 14 voix contre 13, le maréchal Pétain est condamné à mort aux termes des articles 75 et 87. Le réquisitoire du procureur Mornet l'a emporté sur la plaidoirie d'Isorni ; l'ensemble des jurés et les trois présidents de la Chambre ont délibéré. Impassible, le condamné quitte la salle d'audience, il est dépouillé de son uniforme de maréchal de France.

Toutefois, au vu de son âge avancé, la Haute Cour émet le vœu que la peine ne soit pas appliquée et soit, en lieu et place, commuée en détention à perpétuité. Le vote pour la grâce a été remporté par 17 voix contre 13, elle lui sera accordée le 18 août. Pétain est interné au fort de Portalet avant d'être transféré, trois mois plus tard, à l'île d'Yeu.

Pétain : « Un maréchal de France ne sollicite pas sa grâce »

Solliciter sa grâce ? Un déshonneur pour Pétain : « Un maréchal de France ne sollicite pas sa grâce ; je ne demanderai rien. » Tout au plus, la révision du procès et la remise en question de sa légitimité. Mais les avocats butent, les refus sont nombreux, trop nombreux. La guerre est derrière, il y a désormais tout un pays à reconstruire.

Philippé Pétain meurt à l'âge de 95 ans le 23 juillet 1951, soit six ans jour pour jour après le début de son procès. Enterré dans son uniforme à l'île d'Yeu, ses dernières volontés ne seront pas exaucées : être enterré à Verdun parmi ses hommes. Depuis, le sujet n'a cessé d'opposer, et aujourd'hui encore les défenseurs de sa mémoire réclament le transfert de sa dépouille. Son illustre contemporain, Charles de Gaulle, déclarera ainsi en 1966 : « Oui à la gloire du Maréchal, non au transfert de sa dépouille. »

Sources :

  • Marc Ferro, Pétain (Fayard, 1987) ;
  • Jean Plumyène, Pétain (Paris, 1966) ;
  • Jacques Isorni, Philippe Pétain, 2 vol. (La Table Ronde, 1973)

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