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MAURICE BOURDON

Publié dans : Les articles Histoire de Maurice Bourdon

Procès de Philippe Pétain : la défense du maréchal

Le 23 juillet 1945 débute à Paris le procès du maréchal Pétain, accusé de trahison envers la France et d'intelligence avec l'ennemi entre 1940 et 1944.

Le 23 juillet 1945 débute le procès du maréchal Pétain, trois mois se sont écoulés depuis son retour en France. Le vieil homme – il va sur ses 90 ans – est accusé « d'attentat contre la sûreté intérieure de l'État et d'intelligence avec l'ennemi, en vue de favoriser ses entreprises en corrélation avec les siennes. » Non loin de là, tandis que la Cour prend place dans l'enceinte de la Haute Cour du Palais de justice, une cérémonie à la mémoire des enfants juifs morts en déportation se tient au Parc des Princes.

Pétain se lève, « aucun tic du visage, aucun tremblement des mains, son impassibilité garde de l'allure » note l'écrivain Jean Schlumberger, il commence la lecture d'une déclaration rédigée.

Le procès Pétain : la déclaration du maréchal

D'une voix ferme, le vainqueur de Verdun commence par s'en prendre au tribunal et à la légitimité de la Cour : « C'est le peuple français qui, par ses représentants réunis en Assemblée nationale le 10 juillet 1940, m'a confié le pouvoir, c'est à lui que je suis venu rendre des comptes. La Haute Cour, telle qu'elle est constituée, ne représente pas le peuple français, et c'est à lui seul que s'adresse le Maréchal de France, chef de l'État » et de préciser : « Je ne ferai pas d'autre déclaration. Je ne répondrai à aucune question. » (déclaration complète au format PDF)

Pétain enchérit ensuite sur un argument qui sera souvent – et des années durant – repris par les défenseurs de sa mémoire : « J'ai répondu à tous les appels [de la France] quels que fussent mon âge et ma fatigue. Le jour le plus tragique de son histoire, c'est encore vers moi qu'elle s'est tournée. Je devenais ainsi l'héritier d'une catastrophe dont je n'étais pas l'auteur. » Pêle-mêle, il ménage dans cette même déclaration les faits qui lui sont reprochés en invoquant la nécessité d'un armistice pour le bien de la Patrie : « Pendant que le général de Gaulle, hors de nos frontières, poursuivait la lutte, j'ai préparé les voies à la libération, en conservant une France douloureuse mais vivante. A quoi en effet eût-il servi de libérer des ruines et des cimetières ? »

La déclaration finie, Pétain regagne son siège. La tension est palpable, le silence assomme la grande salle. C'est au tour de maître Isorni, avocat de la défense, de prendre la parole.

Du Palais de justice à Paris, le procès de Pétain

La salle est bondée, la chaleur accablante. On ne dénombre plus les journalistes ni les photographes. Le tribunal est présidé par trois magistrats, Mongibeaux, Darrat-Grigne et Picard – comme presque tous les magistrats, ils avaient tous trois prêté serment de fidélité à Pétain en 1941. Le procureur général, André Mornet, rendu célèbre dans des affaires de trahison tel le procès Mata Hari en 1917, réclame la peine maximale pour l'accusé : la condamnation à mort.

Derrière Pétain, la défense est constituée du jeune – et non moins talentueux – Jacques Isorni, Jean Lemaire et du bâtonnier Fernand Payen, ancien collaborateur de Poincaré. Le jury est quant à lui composé de vingt-quatre personnes : douze parlementaires et douze non-parlementaires issus de la Résistance, tel Pierre Meunier, compagnon de Jean Moulin.

Isorni, avocat de Pétain, dénonce l'impartialité du procès

L'un des trois avocats de la défense, Jacques Isorni, prend donc la parole. Comme Pétain, il met en cause la légitimité du tribunal et, plus exactement, celle du Président Mongibeaux qui, deux jours avant l'ouverture du procès, déclare à la presse que « pour satisfaire ses ambitions personnelles et ses visées politiques, [Pétain] s'est vautré dans l'abjection jusqu'à la trahison. » De même, Isorni dénonce « une véritable atteinte aux droits de la défense » : des caisses entières de documents non ouvertes, la copie intégrale du dossier d'accusation non remise au principal intéressé – Philippe Pétain – « sous des prétextes abominables d'économie et d'absence de papier ». La couleur du procès est annoncée, un vent de conspiration insufflé par la défense s'empare de l'auditoire.

Jacques Isorni : « Autant dire qu'il n'y a pas eu d'instruction »

Les yeux plantés dans l'œil du jury, l'index martelant la table, l'avocat de Pétain reprend : « Mais autant dire qu'il n'y a pas eu d'instruction. Il [Pétain] n'a pas été entendu sur la politique en Afrique, [...] en Syrie, [...] en Indochine. Eh bien, messieurs, nous nous sommes demandé à un moment donné si on voulait nous conduire à un jugement ou à une exécution. » Le jeune orateur termine son intervention : « Venant aujourd'hui devant vous défendre les droits sacrés de l'accusé, nous avons le sentiment de défendre d'abord la liberté. »

À la défense succèdent les nombreux témoins à charge ou à décharge du vieux maréchal. Le procès va durer vingt-quatre jours.

Notes :

Philippe Pétain à son procès
Philippe Pétain à son procès

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