Censuré, Stéphane Hessel s'indigne au Panthéon

Stéphane Hessel, auteur du best-seller "Indignez-vous", s'est indigné sur la place du Panthéon après s'être vu censuré par la direction de l'ENS.
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Alors que le livre Indignez-vous , paru le 20 octobre 2010 , atteint le chiffre record de 700 000 exemplaires écoulés, son auteur, Stéphane Hessel, ne se cantonne pas à l'oeuvre polémique pour la diffusion de son appel. Lors du meeting de protestation qui s'est tenu ce mardi 18 janvier au soir, sur la place du Panthéon, cet ancien résistant de 93 ans s'est exprimé devant plus de 400 personnes et a martelé : "Il faut encore que l'on s'indigne !"

Intitulé "Solidarité Palestine : contre la censure et la répression, pour la défense des libertés", le colloque s'est voulu une manifestation de soutien contre l'annulation d'une conférence que l'auteur du best-seller, alors coiffé d'un bonnet phrygien, devait animer à Normale Sup ce même jour.

La conférence de Stéphane Hessel interdite à l'École normale supérieure (ENS-ULM)

Présentée par ses organisateurs comme un débat sur la liberté d'expression, la conférence initialement prévue à Normale Sup le 18 janvier 2011, avec la participation de Stéphane Hessel, a été dénoncée par le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA), comme un acte de soutien à la campagne de boycott de produits israéliens, "Boycott, désinvestissement et sanctions", qui avait à maintes reprises reçu l'appui de Stéphane Hessel.

Dans un communiqué publié lundi 17 janvier , la direction de l'ENS-ULM a affirmé que "l'annulation a été décidé indépendamment des démarches entreprises par le président du CRIF auprès de plusieurs personnalités". Richard Prasquier, le président du CRIF, s'est toutefois félicité de l'intervention de personnalités telles que l'écrivain Bernard-Henri Lévy et la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, pour l'annulation de cette conférence, au grand dam de ses organisateurs.

Stéphane Hessel acclamé au Panthéon ce mardi 18 janvier 2011

En réponse à cette annulation, via un appel lancé des organisateurs et relayé par le site mediapart.fr, Stéphane Hessel et sa troupe ont installé leurs quartiers place du Panthéon, mardi 18 janvier à 18h30, pour s'indigner de la "censure". Soutenu par de nombreuses personnalités politiques - notamment Cécile Duflot d'Europe Écologie, Alain Krivine, figure de l'extrême gauche, ou encore Leïla Shahid, déléguée générale de l'Autorité palestinienne auprès de l'Union européenne - Stéphane Hessel en a appelé au refus de la "censure", soutenant que la conférence n'était rien de plus "qu'une réunion pacifique au cours de laquelle on aurait simplement donné la voix à des gens qui sont récemment allés à Gaza et qui peuvent parler d'un territoire et d'un peuple mis à mal".

Le CRIF et son président dans le collimateur

L'événement n'a pas manqué de provoquer un tollé autour du CRIF et de son président, Richard Prasquier. Ainsi, pour Michel Tubiana, président d'honneur de la Ligue des droits de l'Homme, cette interdiction " est la forme la plus imbécile de soutien à l'existence de l'État d'Israël ". Selon lui, en agissant de la sorte "le CRIF prend le risque de laisser croire qu'il y aurait une sorte de signe d'égalité entre les juifs pris collectivement ou individuellement, et la politique des autorités israéliennes". En outre, les professeurs émérites que sont Alain Badiou, Jacques Rancière et Étienne Balibar ont dénoncé un acte de censure : "Ces faits sont inadmissibles. Le droit de critiquer les actes du gouvernement israélien comme de tout autre gouvernement doit être respecté sur notre territoire".

Quant à Stéphane Hessel, dont le livret Indignez-vous ne cesse de faire parler, c'est une pierre de plus qui s'ajoute à la polémique provoquée par son obsession d'Israël...

À lire aussi, l'article publié en date du 21 janvier 2011 : Raphaël Enthoven s'indigne : "Le CRIF n'a pas censuré Stéphane Hessel"

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